Ceci n'est pas un selfie

"Le rêve de la personne sans chez-soi n’est pas une douche, c’est un logement", selon le cofondateur de DoucheFLUX

Ceci n'est pas un selfie

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Formé à l’économie et à la philosophie, Laurent d’Ursel est un touche à tout ! Il a co-fondé il y a 10 ans le projet DoucheFLUX, qui est aujourd’hui devenu un centre de jour à Bruxelles offrant une multitude de services aux sans-abri, à commencer par la possibilité de prendre une douche. Artiste dans l’âme et dans les faits, agitateur d’idées, il met, depuis de nombreuses années déjà, son énergie au service des plus démunis, au nom, dit-il, de la dignité à laquelle nous avons toutes et tous droit. Portrait d’une personnalité inspirante.

Laurent d’Ursel, cofondateur de DoucheFLUX est l’invité de Fabrice Lambert -
Laurent d’Ursel, cofondateur de DoucheFLUX est l’invité de Fabrice Lambert - RTBF

Son moteur ? L’enthousiasme !

"Je dois bien constater que j’ai, par rapport à la moyenne nationale, une capacité d’enthousiasme au-dessus de la moyenne."

"Je dois vous rappeler l’étymologie d’enthousiasme, le th, c’est theos, qui veut dire Dieu. Donc enthousiasme, ça veut dire inspiré par un dieu, précise Laurent d’Ursel. J’ai même créé le concept d’enthousiasmocratie. Dans ma vie d’artiste, j’ai notamment créé le collectif 'Manifestement', qui est en train de mourir, après 20 ans, mais dont une des manifestations a provoqué la création de DoucheFLUX. Et à l’intérieur de ce collectif, ce n’était pas du tout démocratique ni horizontal, c’était une enthousiasmocratie."

Ne dites plus sans-abri, mais sans-chez-soi

Laurent d’Ursel n’aime pas le terme sans-abri, il préfère appeler ces personnes des Immenses (Individus dans une Merde Matérielle Enorme mais Non Sans Exigences). Son combat principal depuis 3 ans et demi, il le mène comme secrétaire dévoué du syndicat des Immenses, qui se réunit à DoucheFLUX et "fait des choses totalement dingues".

Quand vous dites sans-abri, vous ne rappelez pas que c’est une personne, vous la définissez de manière négative, stigmatisante, réductrice. Vous la réduisez à un problème. De plus, c’est une personne particulièrement vulnérable qui aurait, plus que vous et moi, tendance à se déconsidérer. Donc, c’est remettre une couche sur le stigmate.

 

Le mot sans-abri devrait être interdit, souligne Laurent d’Ursel, parce qu’il est faux. Lorsqu’on dit personne sans-abri, on pense à une personne qui est sur un carton, sans abri.

"En réalité, quand on dit le sans-abrisme, très mal nommé, et les sans-abri, il y a 7 catégories de personnes dont on parle : les personnes strictement sans abri, les personnes qui sont au Samu social, qui sont en maison d’accueil, qui sont dans un hôtel, qui sont chez un parent, qui sont dans un squat, qui sont dans une occupation. Toutes ces personnes ont un seul point commun, c’est d’être sans chez-soi. Et donc, c’est de sans-chez-soirisme dont il faut parler. "

Le rêve : un logement

Laurent d’Ursel regrette maintenant le nom DoucheFLUX, "parce qu’on pourrait croire qu’on fait essentiellement des douches, et on fait beaucoup, beaucoup, beaucoup plus d’autres choses. Mais on nous colle toujours cette image de douche."

Le rêve de la personne n’est pas d’accéder à une douche dans un espace communautaire, où on a une promiscuité obligatoire. Son rêve n’est pas d’avoir toute une série de services plus ou moins gratuits. Son rêve est un logement.

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- AFP - ALAIN JOCARD / Belga Image

Il faut revoir la manière de penser le problème du logement

D’après le dernier dénombrement, il y a, à Bruxelles, 730 personnes sans abri au sens strict et 5313 sans chez-soi, dont ces 730 sans-abri.

On prend le problème par le mauvais bout, affirme Laurent d’Ursel. Il faut comprendre qu’être sans logement est un problème de logement, pas de social-santé. Pourquoi ne fait-on pas tout pour que les personnes ne tombent pas à la rue et, si elles sont tombées à la rue, pourquoi ne fait-on pas tout pour qu’elles récupèrent un logement ?

"L’unique cause du sans-chez-soirisme est la conviction que nous avons tous qu’il y a aura toujours des personnes sans chez-soi. Si cette conviction est ancrée en vous, il est fondamental de savoir s’ils peuvent accéder à une douche, manger, dormir… Ces questions sont intéressantes à ultra-court terme. Mais si on ne remet pas ça en question, on va continuer à ne pas voir dans le non-accès à un logement un problème de logement, on va continuer à dire que c’est un problème social-santé."

Peut-être ces chiffres tellement alarmants, qui ne vont pas baisser demain, sont-ils l’occasion de revoir la manière de penser ? espère Laurent d’Ursel.

Le syndicat des Immenses a d’ailleurs commandé une étude à l’ULB, qui sortira le 28 septembre. Elle pose des questions très claires sur le coût qu’a le fait de maintenir des personnes dans la survie plutôt que de les sortir de la survie.

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