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Chroniques Culture

Le saviez-vous : le vin jouait un rôle clé pour les Poilus pendant la Grande Guerre

Soldats français, Verdun (1916).

En France, l’étude de la consommation de vin chez les Poilus continue à susciter l’intérêt des chercheur·euse·s et a donné lieu à de nombreuses publications et colloques.

Dès les premiers mois de la guerre, en effet, chaque soldat français reçoit un quart de litre de vin et 6,25 centilitres d’eau-de-vie. Bien qu’il soit curieux d’associer la vie quotidienne au front avec le fameux "pinard", la consommation de ce dernier était bien encouragée pour trois raisons.

Le pinard est d’abord considéré comme un alcool-aliment, quand on sait qu’un litre de vin permet de fournir au soldat un apport de 600 calories sur les 3.500 à 4.000 dépensées sur une journée. Sans compter le transport, bien plus facile que pour la matière solide.

Le vin revêt aussi une fonction hygiénique. Les soldats y trouvent une alternative à l’eau souillée par les corps en décomposition et par les résidus chimiques des obus.

La troisième raison – et non des moindres – est de l’ordre psychologique. Sur le front, le "pinard" marque un moment de convivialité, un instant d’humanité dans les entrailles de l’Enfer. Un véritable "soleil liquide" aux qualités organoleptiques et psychoactives qui permettent de remonter le moral des troupes.

"L’histoire militaire, et surtout celle de la campagne 1914-1918, nous prouve qu’il ne suffit pas au combattant de savoir se servir de ses armes, il faut encore qu’une grande force morale le soutienne pour qu’il puisse triompher des maux et des effrois de la guerre, et qu’un cœur vaillant ainsi qu’un esprit patriote l’animent pour le pousser vers la Victoire", affirmait le capitaine-commandant Danneels dans "Le 'moral' du soldat" en 1926.

Le vin est aussi un moyen, comme l’explique l’historien français Stéphane Le Bras, "de lutter contre le cafard, l’ennui, la perte d’un camarade, l’éloignement…".

La consommation du front, prioritaire

Soldats français du 87e régiment dans les tranchées, Verdun 1916.

Pour ces raisons, de larges quantités de vin sont offertes aux Poilus par les vignobles locaux. Pendant la Grande Guerre, en France, le pinard devient le symbole de la civilisation française contre la barbarie germanique.

Pour s’assurer de son approvisionnement, l’intendance militaire se charge de toutes les étapes logistiques. Certains viticulteurs mobilisés reçoivent même, dans certains cas, une permission pour la saison viticole.

La mauvaise production des années 1915 et 1916 pousse à importer de vin du Portugal, d’Espagne, voire du Chili ou encore de l’Algérie française.

Une véritable "ivresse de guerre"

Bien que ce "soleil liquide" puisse consolider l’identité commune des Poilus, et construire cette solidarité dans la tourmente, cette consommation excessive entraîne son lot de dérives : outrages envers le supérieur, bagarres et même, parfois, des vols dans des maisons de particuliers.

Partagées entre les bienfaits de cette potion de courage et les risques d’affaiblissement tactique, les autorités adoptent et maintiennent une attitude ambivalente.

La consommation de vin sur le front aura incontestablement changé ces soldats français, qui rendent hommage à cette boisson dite "patriotique". Celle-ci sera d’ailleurs ramenée du front dans les régions, en France, pourtant habituées à la consommation de bière ou de cidre.

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