Belgique

Le Scan : les sondages influencent-ils nos opinions plutôt que d’en être une photographie ?

15 nov. 2021 à 18:30 - mise à jour 15 nov. 2021 à 19:19Temps de lecture3 min
Par Alisson Delpierre

Ouest France ne publiera plus aucun sondage jusqu’à la présidentielle. C’est ce qu’a annoncé, il y a quelques semaines, le rédacteur en chef du premier quotidien français, tiré à 600.000 exemplaires. François-Xavier Lefranc accuse les sondages de nuire à la démocratie. Dans un tweet, il a déclaré que "Ouest France ne participera pas à la grande manip, ne réalisera aucun sondage politique avant la présidentielle et évitera de perdre du temps à commenter ceux des autres." Une décision qui peut étonner.

La base : comment est réalisé un sondage ?

Un sondage est un exercice statistique qui répond à des règles rigoureuses. D’abord, l’échantillon doit être suffisant. Il doit être composé d’environ 1000 personnes (et ce, peu importe la taille du pays ou du nombre d’habitants) et représentatif de la population. Ensuite, les questions doivent être posées de la manière la plus neutre possible pour éviter les biais. "Le questionnaire est le deuxième élément primordial puisque c’est lui qui va diriger l’enquête et donc, il y a travail qui est réalisé entre le commanditaire et l’institut de sondage" explique Nicolas Becuwe, directeur senior chez Kantar Public. Enfin, il y a une analyse des données qui est faite et qui est présentée. Il faut préciser que les sondages sont commandés par les médias eux-mêmes.

La marge d’erreur, " le détail " qui peut tout changer

Lorsque les résultats d’un sondage sont présentés et analysés, la marge d’erreur (souvent écrite en tout petit) est déterminante. Mal interprétée, cela peut donner l’impression qu’un sondage n’est pas fiable. "Une mauvaise compréhension de cette marge d’erreur peut mener à une surinterprétation des fluctuations mineures. Par exemple si la marge d’erreur est de 3, cela signifie qu’elle n’est pas d’environ 3% autour du chiffre donné mais de plus 3% ou de moins 3% soit une fourchette de 6 points de pourcent." Lorsque deux candidats ont des résultats très proches, cela peut donc tout changer. C’est ce qu’il s’est passé en 2002 en France quand Jean-Marie Le Pen accède au second tour à la surprise générale. Et pourtant… "Lorsque l’on lit les résultats avec les marges d’erreur et l’arsenal méthodologique, on se rend compte qu’un Jean-Marie Le Pen au second tour était parfaitement prévu par les sondages. Il y a donc un travail d’éducation à faire auprès des journalistes et de discipline pour résister à l’envie de surinterpréter des résultats" prévient François Hendrickx, professeur de communication politique à l’ULB.

Des sondages avec quel intérêt pour les médias ?

Les sondages sont culturels. Les médias français sont beaucoup plus adeptes que la Belgique. Mais il n’empêche que chez nous aussi, des sondages sont régulièrement réalisés. "Cela permet de comprendre l’état de l’opinion, de prendre le pouls de la population à un moment donné" explique Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’Information à la RTBF." C’est aussi une base première pour informer le public, réaliser des séquences. Nous ne faisons pas comme certains partis politiques ou gouvernement, des sondages à titre interne. Notre rôle est d’informer l’opinion de ce que l’on a appris. "Mais il est important de ne pas sonder en permanence. "Cela finit par ne plus représenter grand-chose et devient un bruit de fond permanent"

Alors quel impact ont les sondages sur l’opinion ?

La question a régulièrement été posée au cours de l’histoire. "Il y a des réflexions constantes sur la façon de faire puisque c’est un travail scientifique. Il y a donc des améliorations qui sont faites d’année en année puisqu’il y a des phénomènes qu’on découvre et qui nous permettent de corriger nos outils. Il n’y a pas de sondage parfait même si on cherche à tendre vers la perfection" reconnaît Nicolas Becuwe.

Un sondage n’a pas pour vocation d’être prédictif, il analyse les rapports de force à un moment donné. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’a pas d’influence. "Les sondages peuvent influencer certains électeurs mais dans un sens comme dans l’autre. On peut, par exemple, voir certains candidats qui rattrapent leur retard grâce à un sondage qui les met plus bas puisque certains vont alors avoir le réflexe de voter pour eux."

C’est l’une des raisons pour lesquelles, "à la RTBF, on ne publie plus de sondage un mois avant les élections" précise Jean-Pierre Jacqmin. "Même si quand les gens sont dans l’isoloir, je suis persuadé qu’ils font un choix posé. Ils sont conscients de leur vote."

Un monde sans sondage ?

Mais il n’empêche que la question des effets des sondages sur l’opinion s’est toujours posée. "Cela a donné lieu à des interdictions de sondages dans de nombreux pays au siècle passé et au début de ce siècle. Et puis, ne sachant prouver ces effets, on s’est dit que privé le public de la publication des sondages alors qu’ils se faisaient était une entrave au processus démocratique" explique François Hendrickx. Les sondages apporteraient donc un éclairage par rapport à une campagne électorale et participeraient, à défaut d’une réelle alternative fiable, à un équilibre démocratique.

Les sondages sont-ils antidémocratiques ?

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