Le secteur de l’événementiel en 2021 : retour sur l’incessant cauchemar du monde de la nuit

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29 déc. 2021 à 05:30Temps de lecture4 min
Par Kamel Azzouz

Le secteur de l’événementiel est sans aucun doute l’un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire. Force est de constater que les propriétaires de dancings ne savent plus sur quel pied danser. Les boîtes de nuit ont été les dernières à rouvrir et les premières à devoir fermer à la suite d’une nouvelle décision du Codeco. Les patrons de discothèques sont en colère car, après avoir appliqué les mesures à la lettre, ils ont le sentiment que leur secteur est stigmatisé à tort depuis près de deux ans aujourd’hui.

Les discothèques ont eu leurs portes closes durant 19 mois.
Les discothèques ont eu leurs portes closes durant 19 mois. © RTBF

On a eu des aides du gouvernement mais qui étaient largement insuffisantes

Indéniablement, la crise sanitaire mène la danse et bat la mesure pour de nombreux secteurs. Et de mesure en mesure, le secteur de l’évènementiel souffre lourdement, particulièrement celui du monde la nuit. Emmanuel Alessandro, le propriétaire d’une discothèque située à Manage, nous dresse le constat d’une première et très longue traversée du désert depuis le premier confinement : " Dans un premier temps, cela représentait pour notre secteur 19 mois d’arrêt consécutifs sans aucune réouverture contrairement à d’autres secteurs. Ça représente évidemment un manque à gagner énorme. On a eu des aides du gouvernement mais qui étaient largement insuffisantes. On ne crache pas dans la soupe, mais si on prend une discothèque telle que la mienne, c’est un coût de frais fixes de 5000 à 6000€ par mois. J’ai perdu énormément d’économies personnelles puisqu’il a fallu payer des factures très urgentes. Donc pour garder cet établissement, il fallait mettre la main à la poche. "

Le comité de concertation autorise les boîtes de nuit à ouvrir leurs portes au mois d’octobre.
Le comité de concertation autorise les boîtes de nuit à ouvrir leurs portes au mois d’octobre. © RTBF

On testait notre personnel, et on testait tous les gens qu’ils soient vaccinés ou non vaccinés

Au mois de septembre, c’est enfin la délivrance pour un secteur à l’agonie, et pour tous les sorteurs du pays, puisque le comité de concertation autorise les boîtes de nuit à rouvrir leurs portes en octobre dernier. Après avoir perdu une grande partie du personnel, les patrons doivent non seulement réembaucher mais aussi former dans l’urgence de nouveaux employés. Pour ce secteur au bord de l’asphyxie financière, il s’agit également d’investir dans des tests, un système d’aération performant, etc., pour rouvrir tout en respectant les nouvelles mesures. Soulagé par la réouverture, Emmanuel Alessandro nous livre qu’il a poussé à l’extrême les demandes de contrôles du gouvernement pour que son établissement soit sécurisé : " On s’est dit Waouh, ça y est, ça reprend ! C’est génial, on va pouvoir rouvrir. Nous, on a été beaucoup plus loin que ce qui a été demandé par le Codeco. On testait notre personnel, et on testait tous les gens qu’ils soient vaccinés ou non vaccinés. Donc présence du CST, plus un test antigénique pour tout le monde avant de rentrer dans la discothèque toujours réalisé par un infirmier indépendant. Le secteur s’est retrouvé très bon élève en comparaison avec d’autres secteurs. "

Deux mois plus tard, le comité de concertation décide de fermer à nouveau les discothèques.
Deux mois plus tard, le comité de concertation décide de fermer à nouveau les discothèques. © RTBF

Des lendemains de veille de Codeco difficiles pour les boîtes de nuit

Pour rouvrir les tenanciers de discothèques ont tout mis en œuvre pour respecter les normes dictées par le gouvernement. Un espoir de courte durée car, avec une recrudescence des contaminations, les pouvoirs politiques changent de disque. Deux mois plus tard, le comité de concertation annonce à nouveau la fermeture des discothèques. Cette décision est jugée illogique et non fondée par les différentes fédérations qui représentent le monde de la nuit. Entre incompréhension, colère, et sentiment d’injustice, c’est tout un secteur qui a la gueule de bois. Emmanuel Alessandro ne comprend toujours pas pourquoi : " On ne le voit pas mais je suis en colère. Nous étions les derniers à rouvrir et les premiers à devoir fermer. Alors qu’on était le seul secteur à tester et contrôler tout le monde. Ces décisions ne sont pas toujours prises de façon cohérente. Non seulement, il n’y a pas vraiment d’études qui ont été faites pour démontrer que les boîtes de nuit étaient des endroits où on se contaminait. Mais de plus, il n’y avait pas de contrôles. Il faut savoir que, depuis le premier octobre jusqu’à la fermeture, je n’ai eu aucun contrôle. C’est ce que je déplore un peu. On pourrait arriver à un contrôle des établissements. En nous disant qu’il y a tout un protocole clair à suivre. Et mettre un label " Safe " qui signifie qu’une discothèque est sécurisée. Incompréhension totale, on est quelque part le secteur le plus Safe… Et on nous ferme ! Alors pourquoi nous fermer ? Pourquoi, on est les seuls à être fermés ? Surtout, ce que je demande aujourd’hui au gouvernement, c’est de nous donner une explication, de nous dire pourquoi. A ce jour, nous n’avons jamais obtenu une seule réponse. "

Mon sentiment, c’est de l’injustice. Puisqu’on voit quelque part, d’autres secteurs profiter de ce système. On voit les gens aller danser dans des endroits moins adaptés pour faire la fête. Alors que nous sommes les professionnels de la nuit. On encadre les gens qui veulent danser, et on est dans un milieu sécurisant et sécurisé. Donc, on ne comprend pas que ces gens-là puissent aller s’amuser ailleurs. On sait que l’ADN du belge est très festif et que le Belge s’amusera toujours surtout en période de fin d’année. Ils iront soit à des fêtes clandestines, soit dans des endroits qui sont moins sécurisés que les nôtres. C’est vraiment un sentiment d’incompréhension et d’injustice que je ressens. "

Emmanuel Alessandro, propriétaire d’une discothèque située à Manage, n’entrevoit aucune perspective de reprise.
Emmanuel Alessandro, propriétaire d’une discothèque située à Manage, n’entrevoit aucune perspective de reprise. © RTBF

On a aucune perspective. On est vraiment dans l’inconnu, et on avance dans le flou

Plus un son, plus un pas de danse, seul un silence assourdissant résonne dans le monde de la nuit qui croule sous les dettes et les factures toujours en cours. Autant dire qu’Emmanuel Alessandro, comme les autres gérants de discothèques, a le blues lorsqu’ils évoquent un futur incertain : " Les patrons sont des gens responsables. Mais on a le sentiment que le monde de la nuit est toujours stigmatisé et à tort. On n’est pas richissime, on essaye de faire marcher notre entreprise. Personnellement, même avec les nouvelles aides, je ne pourrai tenir que trois ou quatre mois. Au niveau réouverture, on a aucune perspective. On est vraiment dans l’inconnu, et on avance dans le flou. On ne sait pas si on rouvrira en janvier, en mars, en avril… Je ne sais pas ! On a aucune perspective ! En tout cas, moi, je n’en ai pas ! "

Alors que le mois de décembre et les fêtes de fin d’année représentent la plus grande rentrée d’argent pour les discothèques, le secteur du monde de la nuit a le sentiment d’avoir été le mal aimé et l’un des premiers sacrifiés de la crise sanitaire.

JT du 29/12/21

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