Le secteur forestier wallon au bord de l'implosion ! Trop d'arbres scolytés envahissent le marché

La filière wallonne du bois complétement débordées par la scolyte.

© tvn

05 sept. 2020 à 10:28Temps de lecture3 min
Par Thierry Vangulick

Des vastes étendues rasées au milieu de la forêt ! Dans ce domaine de 800 hectares près de Naninne, le scolyte, un insecte qui ronge les arbres de l’intérieur, fait des ravages et les propriétaires ont dû se résoudre à faire abattre tous les arbres contaminés.

"A mon avis, on devra prélever au moins une centaine d’hectares ici", prédit Nicolas Rossion. Cet exploitant forestier n’a jamais vu ça ! "Mon téléphone n’arrête pas de chauffer. J’en ai au moins pour un an de travail assuré et ce n’est pas fini. Le seul moyen de combattre le scolyte, c’est d’abattre les arbres malades et surtout de les évacuer le plus vite possible loin des parcelles à épicéa. On peut les stocker dans des zones où il y a des arbres feuillus car eux ne sont pas attaqués par l’insecte. Mais la plus grande partie reste sur le bord des routes faute de trouver preneur. Les arbres scolytés, on n’en tire pas grand-chose. On pourra au mieux en faire des panneaux ou du pellet. Mais il y a déjà trop de bois dans les scieries et les usines et on n’arrive plus à suivre."

A première vue, Nicolas Rossion devrait se réjouir d’avoir du travail assuré mais il est plutôt inquiet, comme son collègue Miguel Grandjenet qui ne sait plus, lui non plus, où donner de la tête. "On est obligé de couper les bois très vite parce que le scolyte se répand lui aussi très vite. Ça fait un an que je travaille dans ce secteur et j’ai déjà abattu 70 ha d’épicéas. Et tout ce qui entoure ce terrain sera à abattre très bientôt. C’est inquiétant parce que dans deux ans, quand on aura tout abattu, on fera quoi ?" A cette inquiétude s’ajoute la chute des prix. Nicolas Rossion a fait ses comptes. "Il y a encore deux mois, ces troncs valaient encore 60 ou 70 euros du mètre cube. Aujourd’hui, avec le scolyte, ils ne valent que de 5 à 10 euros. C’est une catastrophe pour tout le secteur. Les propriétaires, et surtout les communes vont trinquer. Avec les prix actuels, elles vont avoir des finances dans le rouge !"

Des propriétaires aux abois

Des propriétaires qui sont soumis à une triple pression, explique Frédéric Petit, président du NTF, le syndicat des propriétaires forestiers : "Il y a d’abord cet arrêté pris par Céline Tellier, la ministre wallonne de l’Environnement. Sans aucune concertation avec le secteur, elle a décidé que les propriétaires d’arbres scolytés doivent les abattre et les évacuer dans les 15 jours. L’intention est louable mais cela nous pose d’énormes problèmes. Les exploitants forestiers ne sont pas assez nombreux et pas assez équipés pour faire face à cette obligation. Imaginez que rien que l’an dernier, ce sont 2500 ha de bois qui ont été abattus en Wallonie. Ça représente un quart de la ressource exploitable ! Et en plus de ça, la DNF, la Division Nature et Forêt, nous menace d’amendes si nous ne respectons pas ces obligations ou de confier le travail à des entrepreneurs choisis par elle, à nous ensuite de régler la facture ! C’est d’autant plus inacceptable que la DNF elle-même, (elle gère la forêt publique pour le compte des communes) va se retrouver devant la même pénurie de moyens."

Un plan d’urgence

Alors Frédéric Petit demande à la ministre de mettre en œuvre un plan d’urgence pour sauver la filière bois. "Il faut soutenir les propriétaires qui n’auront pas les moyens de replanter. Sans reboisement, c’est le poumon vert et un gigantesque capteur de Co2 qui va disparaître mais ce sont aussi 17.000 emplois qui seront menacés !". Céline Tellier n’entend pas gérer cette crise avec des mesures d’urgence.

Certes elle a bien décidé d’aider financièrement les communes qui seront en difficulté. Elle a aussi décidé d’accorder des moyens matériels aux professionnels pour faire face à la surabondance de travail mais ce qu’elle veut d’abord, c’est élaborer un véritable plan de reboisement durable avec des essences qui seront moins fragiles face aux maladies et à la sécheresse. Mais la filière bois wallonne, complètement paralysée, s’impatiente. A quand un plan d’urgence pour la forêt wallonne ?

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