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Le seul troupeau de chèvres sauvages de Belgique se trouve à Aywaille

29 sept. 2021 à 05:37Temps de lecture3 min
Par Arnaud Pilet

Depuis des dizaines d’années, le seul troupeau belge de chèvres sauvages participe à l’entretien de la réserve naturelle de la Heid aux gattes. Elles appartiennent désormais, en toute liberté, à la commune d’Aywaille car elles devaient absolument trouver un propriétaire.

Quand un promeneur ou un visiteur se déplace dans l’ancienne carrière de la Heid des gattes, il tombe dessus au détour d’un bosquet. Et si elles lui échappent visuellement, impossible de ne pas les entendre. Un groupe de chèvres circule. Plusieurs boucs, des femelles et des jeunes, parfois sur les montants les plus verticaux de la paroi rocheuse, presque comme une harde de chamois téméraires dans les Alpes.

Si les chèvres qui pâturaient dans ce lieu depuis le Moyen-Age ont donné leur nom à l’endroit (gatte signifie chèvre en Wallon), elles ont disparu "suite à la déprise agricole à la fin du 19e siècle, explique le conservateur de la réserve naturelle Jean-Michel Darcis. Mais il y a un 50-60 ans, 4 chèvres domestiques se seraient échappées et ont trouvé leurs marques dans la carrière".

Et s’il n’y a pas de berger, les chèvres, elles, sont bien là et s'épanouissent sur le site : "Aujourd’hui il y en a même un peu trop Mais personne ne s’en occupe: pas de bergerie, d'abris, pas d’apport d’eau ou de nourriture, ni aucune barrière ! Elles sont redevenues sauvages car elle trouvent de la nourriture en abondance et se débrouillent, quitte à descendre jusqu’à l’Amblève dans la vallée, lorsque l’eau vient à manquer".

© Tous droits réservés

Utiles ! Mais il n’en faut pas trop

Et si aujourd’hui, la réserve naturelle grouille de biodiversité, c’est en bonne partie grâce à ce troupeau qu’elle le doit. Elles s’attaquent aux plantes ligneuses (les arbustes) et empêchent leur croissance.

Ce caractère ouvert de la réserve permet d’avoir un sol rocheux qui chauffe et peut accueillir la Joubarbe d’Aywaille, une plante endémique, des orchidées mais aussi l’Armoise champêtre ou l’Aster linosyris : "Elles sont présentes presque uniquement ici pour la Wallonie. L’Armoise par exemple, est plutôt présente dans la région de Lyon. Ici, elle est exceptionnelle. Et certaines de ces plantes se disséminent dans la réserve en s’accrochant aux poils des chèvres", explique Jean-Michel Darcis.

Aster linosyris, une des espèces de plantes, rares chez nous, qui se plaît dans la réserve naturelle grâce à la présence du troupeau de chèvres sauvages.
Aster linosyris, une des espèces de plantes, rares chez nous, qui se plaît dans la réserve naturelle grâce à la présence du troupeau de chèvres sauvages. © Tous droits réservés

Mais les chèvres se plaisent tellement qu’elles prolifèrent un peu trop. Régulièrement elles s’écartent de la carrière dans les pâtures voisines pour y brouter et mettent un peu trop de pression sur la végétation exceptionnelle de la carrière. L’excès nuit en tout et ça concerne aussi les caprins.

La population doit donc historiquement être contrôlée et puis le troupeau était présent en toute illégalité : "C’est un cas de figure qui n’est pas prévu. Dans la Loi, les chevreuils sont sauvages et n’appartiennent à personne. Les sangliers, les cerfs non plus mais les animaux domestiques doivent avoir un propriétaire et être bouclés, identifiés aussi", détaille l’Echevine de l’Environnement et du Bien-être animal, Laurence Culot.

Les chèvres ont donc posé un problème au niveau de l’AFSCA (Agence Fédérale de Sécurité de la Chaîne Alimentaire) qui a cherché une solution avec la commune de Aywaille et trouvé un compromis : "Nous sommes devenus propriétaires du troupeau mais nous n’avons pas du les capturer une à une pour les boucler. Par contre nous devons aussi contrôler le nombre d’animaux parce qu’il ne faudrait pas qu’il y ait des problèmes sanitaires qui se développent".

Toute fraîche propriétaire, la commune a donc décidé de stériliser tous les boucs, trop nombreux d’ailleurs par rapport aux femelles, afin de faire progressivement diminuer la population à 25 individus au fur et à mesure : "Une chèvre est en gestation, nous verrons s’ils s’agit d’un mâle ou non et à l’avenir nous pourrions en réintroduire un autre pour pérenniser le troupeau".

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Des décennies après son arrivée dans la carrière, le troupeau de la réserve naturelle a donc encore un avenir radieux. Un troupeau auquel les habitants de la commune sont attachés. Des chèvres qui jardinent et entretiennent un ancien site industriel, une réserve naturelle tout comme d’autres troupeaux, bien domestiques ceux-là, en Wallonie et ailleurs en Belgique. Sauf que celui de la Heid des gattes le fait en totale liberté et dans un terrain de jeu calme et singulier. Une tranquillité à préserver.

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