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'Le Songe d’une Nuit d’été' comme vous ne l’avez jamais vu, au Théâtre de Poche

16 mars 2022 à 11:17Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première

Le Songe d’une Nuit d’été, de William Shakespeare, transposé dans un vaudeville féerique mené par des marionnettes géantes, qui explorent la fluidité des genres, le sentiment amoureux, le désir, à partir d’un texte qui a plus de 400 ans. C’est le pari audacieux relevé par la compagnie Point Zéro. Explications avec le metteur en scène Jean-Michel d’Hoop, qui en est le fondateur.

Un spectacle à découvrir au Théâtre de Poche jusqu’au 2 avril 2022
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Pour la première fois de son histoire – entamée en 1951-, le Théâtre de Poche propose un classique. Du Shakespeare. Mais à sa façon. Le Songe va rassembler une quinzaine de marionnettes géantes autour de 8 comédien.nes.

Un classique, pourquoi ?

Jean-Michel d’Hoop a décidé d’adapter Le Songe d’une nuit d’été avec des thématiques actuelles. Ce texte d’il y a 400 ans peut-il encore raconter des choses sur la société d’aujourd’hui ?

"Je pense que Shakespeare reste universel. On sent tellement de plaisir de jeu, c’est tellement une matière d’acteurs. Après, ça parle d’amour. C’est une sorte de vaudeville. La marionnette permet aussi justement d’explorer toute cette fluidité de genres, de parler de l’amour aujourd’hui, c’est un chassé-croisé amoureux. On est dans une forêt magique aussi, donc qui dit forêt magique, forêt shakespearienne, dit toute licence. C’est un endroit où tout devient permis, où il n’y a plus de frontières."

L’adaptation déconstruit les stéréotypes de genre, avec des fées trans, des genres non binaires…

Dans l’oeuvre de Shakespeare, "il y avait déjà cela par la force des choses, puisqu’il n’y avait que des hommes qui étaient censés jouer. Donc déjà, les hommes jouaient des rôles féminins. Donc il y avait certainement toutes ces ambiguïtés-là qui pouvaient être présentes à l’époque."

"Une palette de jeu comique incroyable"

L’histoire se déroule en Grèce.

Les protagonistes sont des ados, amoureux. Et quand on est amoureux pour la première fois, tout est possible, explique la comédienne et, à cette occasion, marionnettiste Amber Kemp, qui interprète Lysandre, l’amoureux transi.

"En tant que comédienne, de pouvoir revivre ça, mais du côté masculin, c’est incroyable. Parce qu’il y a quand même des choses différentes dans les rapports de force entre les hommes et les femmes. Ils sont amoureux, bêtement amoureux, et ça offre une palette de jeu comique incroyable, mais c’est très touchant aussi, parce que c’est très innocent comme premiers amours."

Le bazar !

On part alors dans un vaudeville féerique et ça devient le bazar, notamment avec une chorégraphie inspirée d’un mélange de codes SM, new wave, queer, gothique,…

"On pourrait plutôt dire le bordel, sourit Jean-Michel d’Hoop. On a voulu explorer cette folie amoureuse, ça devient une sorte de carrousel, de cercle vicieux. Ils sont dépassés eux-mêmes par leurs pulsions. Qu’est-ce qui se passe si on entre dans cette forêt magique et qu’on est adolescent, plein de sève, et de sentiments sans doute aussi ? Tout devient possible. On a voulu le montrer par opposition à cette cour d’Athènes, très machiste, un univers patriarcal […]".

Il faut quand même dire qu’on parle de marionnettes aussi, il ne faut pas l’oublier, précise-t-il. Donc tout ça est mis en abîme, ça reste très ludique, c’est un jeu, on est toujours dans des jeux de rôles.

"Cela m’a semblé intéressant d’aborder ce monde-là, car il y a quelque chose de fantasque dans ce monde queer, dans ce monde de drags. Qu’est-ce qui se passerait si les marionnettes allaient vers ce monde-là ?"

Théâtre de Poche

Un travail d’acteur exigeant

Amber Kemp n’a pas trouvé la langue difficile, d’autant plus que les comédiens ont pu mettre beaucoup d’eux-mêmes et la faire évoluer.

"C’était très ludique de mélanger la traduction avec ce qui nous venait, avec les mots du quotidien. […] Je pense que Shakespeare n’aurait aucun problème avec ça, parce que c’est aussi une langue qui était très familière, il y avait plusieurs niveaux de langue dans son écriture."

Elle a dû apprendre à joindre le travail très physique et exigeant de manipulation de la marionnette à son jeu d’actrice. "C’est un peu magique, ce parcours."

C’est une technique qu’il faut acquérir pour, après, s’en libérer, souligne Jean-Michel d’Hoop.

Dans l’univers fascinant des marionnettes

Ce n’est pas la première fois que Jean-Michel d’Hoop utilise les marionnettes dans ses spectacles, comme dans L’errance de l’hippocampe, L’Herbe de l’oubli…

"Quand cela fonctionne, peu importe le registre, on touche à quelque chose de sacré, à ce miracle de la vie, à mettre en mouvement quelque chose, à donner un simulacre de la vie. Ça interroge notre condition. A la base, on sait qu’on finira inerte comme ce corps de marionnette. […] Je pense qu’on a presque tous ce désir de voir ce miracle se produire devant nous en instantané."

La marionnette permet aussi de raconter deux histoires en même temps, sans qu’on ait besoin de mots. On a à la fois le trajet du personnage marionnette et en même temps le trajet des personnes qui les manipulent. Et c’est assez troublant.

La conception des marionnettes a demandé un gros travail de 6 mois à Loïc Nebreda, ainsi qu’à Camille Collin aux costumes. L’équipe a travaillé à partir d’une fiche d’identité par marionnette, inspirée par des personnalités iconiques, comme le chanteur Prince pour le roi des fées, Madonna pour la reine des fées, et par de multiples autres sources, comme la série Sex Education.

Ce n’est évidemment pas de la marionnette pour enfants, précise Jean-Michel d’Hoop, mais ça marche à partir de 13 ans sans problème.

Il y a quelque chose d’un bonheur jouissif, il n’y a rien de pervers, il n’y a rien de lourd, ça reste du plaisir de jeu. On sent que ce sont des acteurs et des actrices qui ont créé ça, c’est une matière de troupe !

Découvrez l’entretien ici

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