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Les Grenades

Le "sport féminin" : des mots sur nos maux

Le "sport féminin" : des mots sur nos maux
24 janv. 2022 à 11:083 min
Par Agathe Duclos et Lorraine Willocx, une chronique pour Les Grenades

Depuis 2014, la journée internationale du "sport féminin" a lieu tous les 24 janvier. Cette mise à l’honneur a pour but de développer la pratique féminine du sport, et de sensibiliser sur sa faible médiatisation.

 

Mais "le sport féminin existe-t-il ? Si des femmes pratiquent des sports, cela justifie-t-il que l’on qualifie sexuellement le sport ? Existe-t-il par exemple une musique féminine parce que des femmes jouent d’un instrument de musique ? Ou une peinture féminine, une littérature féminine, une science féminine, etc", questionne Pierre Arnaud dans le livre Histoire du sport féminin.

Les hommes font du sport, les femmes du sport féminin

Dans cette citation, Pierre Arnaud pointe du doigt l’absurdité du terme "sport féminin", comme si la pratique sportive des femmes était hiérarchiquement inférieure au sport pratiqué par le reste de la population.

Pour Mélissa Plaza, ex-joueuse de football, "on considère que le football, par essence, est masculin, que le football féminin ne serait qu’une sous-discipline qui n’évoluerait que dans l’ombre des garçons". Pas facile de se faire sa place dans un sport quand son équipe est sans cesse relayée au second plan, derrière les grands et puissants hommes !

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Certes, la binarité présente actuellement dans le sport force à catégoriser les femmes d’un côté et les hommes de l’autre, mais continuer à parler de "sport féminin", c’est maintenir une opposition des genres au sein d’un même sport.

Est-il courant d’entendre les résultats de l’équipe "masculine" de football ? La réponse est non, car quand des hommes jouent, leur genre est rarement précisé. Ils font simplement du "sport", les femmes, elles, font du "sport féminin.

Un terme qui continue à enfermer les sportives dans des stéréotypes de genre dont beaucoup aimeraient se défaire : les femmes feraient du sport uniquement pour leur loisir, sans compétition, dans le but de maigrir, et si possible, vêtues de rose ! 

“Le langage est un lieu de lutte” (Mona Gérardin-Laverge)

Mais pourquoi cette dévalorisation du sport pratiqué par les femmes ? Selon la sociologue Béatrice Barbusse, "le sport est historiquement une activité masculine, faite par les hommes et pour les hommes, afin qu’ils restent des hommes". Et cet univers masculin se ressent jusque dans le vocabulaire : "tenir son homme", "avoir des couilles", "l’homme du match",... Le vocabulaire sportif est ainsi empreint d’expressions masculines et virilistes.

Si on continue à dire entraîneur, défenseur ou sélectionneur, je peux vous dire qu’il y a plein de petites filles qui ne comprendront pas qu’elles peuvent l’être

D'après Monique Wittig, militante féministe, le genre est "l’indice linguistique de l’opposition politique entre les sexes". Dans son livre, La pensée straight, elle postule que le masculin n’est pas réellement un genre dans la linguistique car il représente l’universel, contrairement au féminin, qui illustre réellement le genre féminin. En grammaire, comme sur le terrain, "le masculin l’emporte".

Alors, quand ils doivent commenter un match, les journalistes sont perdus : dit-on une "entraîneure" ou une "entraineuse" ? Une "sélectionneure" ou une "sélectionneuse" ? Ce questionnement montre encore la difficulté du monde sportif à se représenter les femmes dans des postes construits pour les hommes.

Des postes qui demandent de la domination, du jugement, des compétences, de la capacité à diriger, bref, des qualités sans cesse remises en question quand elles concernent les femmes…

Le vocabulaire sportif tient ainsi les femmes à l’écart et engendre une invisibilisation des formes de féminisation dans les sphères sportives. Difficile de se faire sa place en tant que femme et de persévérer dans un espace dans lequel même le vocabulaire te fait comprendre que tu n’es pas à ta place.

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Pour Béatrice Barbusse, "on ne peut pas devenir ce que l’on entend jamais [...] si on continue à dire entraîneur, défenseur ou sélectionneur, je peux vous dire qu’il y a plein de petites filles qui ne comprendront pas qu’elles peuvent l’être". Il est donc important de féminiser un maximum les mots : une judokate, une défenseuse, une vainqueuse. "On peut toujours considérer que ce n’est qu’une histoire de mots et que l’essentiel n’est pas là, mais c’est sous-estimer le poids de la sémantique dans la construction de la réalité sociale", conclut la sociologue.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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