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Belgique

« Le stress post-traumatique engendré par un viol est détectable par IRM », affirme la députée fédérale Sophie Rohonyi

La députée fédérale Défi, Sophie Rohonyi, estime qu’il faut pouvoir diversifier les preuves qui permettent de prouver une agression sexuelle.
30 mars 2022 à 23:49Temps de lecture3 min
Par Maud Wilquin

Les chiffres sont consternants. 70% des violeurs, des "criminels en série" comme les appellerait Danièle Zucker, spécialiste en analyse du comportement criminel, récidivent. "Et ils font beaucoup de victimes", ajoute-t-elle sur le plateau de "QR le débat". "Une recherche montre que 71 violeurs ont fait 439 victimes."

Et il n’existe pas de profil type en matière de victime. Il peut s’agir de femmes et d’hommes de tout âge et de toutes les classes sociales. "Il y a même une catégorie de violeurs qui s’en prend particulièrement à des femmes de plus de 60 ans avec une violence extrême. On a un exemple avec le violeur des hôpitaux qui attaque des femmes grabataires de 90 ans qui sont hospitalisées. Ça peut arriver à tout le monde."

Et ce qui explique principalement ce si haut taux de récidive selon Marie Messiaen, présidente de l’Association syndicale des magistrats, c’est surtout le manque de suivi thérapeutique des délinquants sexuels : "La surpopulation, le manque de moyen et le manque d’obligation et d’accès systématique, même pour des détenus qui le demandent, à un suivi thérapeutique pendant qu’ils sont en prison explique la situation catastrophique", affirme-t-elle. "C’est pour ces raisons que la mise en prison n’est pas toujours la solution idéale, même si on comprend qu’il faut marquer la situation pour des crimes inadmissibles. S’il n’y a pas de suivi psychologique qui accompagne ou remplace, la peine de prison a beaucoup de chances de ne pas aboutir. Si c’est un problème psychologique, ce n’est pas en passant quelques années en prison que ce besoin de domination va disparaître."

Diversifier les preuves

Outre la récidive, le taux d’affaires classées sans suite faute de preuve est également consternant. 53%. Pour la députée fédérale, Sophie Rohonyi (Défi), il existe un moyen plus durable de prouver l’acte criminel : "Il faut avoir recours aux preuves psychologiques comme par exemple le stress post-traumatique. Ce stress que la victime garde en elle des années après les faits est détectable par IRM. Il faut que les magistrats puissent y avoir recours davantage", explique-t-elle. "Aujourd’hui, plus de la moitié des plaintes sont classées sans suite faute de preuve car la drogue n’est plus détectable après quelques heures ou parce que la victime souhaite se débarrasser rapidement des traces ADN."

Selon la députée, la mise en place d’un tribunal spécialement créé pour traiter les cas de violences sexuelles pourrait également aider à rendre justice à davantage de victimes. "Les pays qui les ont institués obtiennent de bonnes condamnations rapidement", affirme-t-elle. "J’ai donc adressé la question au ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne. Mais il considère que ce n’est pas efficace puisqu’en Belgique, il est possible d’instituer des chambres spécialisées. Chaque président de tribunal de première instance peut le faire. Donc selon l’arrondissement dans lequel vous êtes, la victime ne sera pas traitée sur un même pied d’égalité. Et ça, ça ne va pas."

Sarah Schlitz (Ecolo), secrétaire d’État à l’Egalité des genres, confirme pourtant être ouverte à la discussion. "C’est une option qui pourrait être envisagée sur le long terme. Mais là, sur le court terme, on est parti dans la formation de tous les magistrats. Plus de la moitié des magistrats belges ont reçu cette formation depuis le début de la législature", détaille-t-elle. "Nous voulons aussi agir sur d’autres acteurs dans la chaîne, comme l’accueil dans les commissariats. C’est très bien d’avoir les centres de prise en charge des victimes de violences sexuelles, mais on en a peu. Si les policiers qui accueillent les victimes peuvent le faire de manière bienveillante, avec une écoute adéquate, là on a gagné."

La prescription reste fixée à 15 ans

Marie Messiaen enfin revenait sur la question de la prescription. Fixée à 15 ans, la prescription peut ne pas être assez longue dans certains cas. Pour certains, le mieux serait purement et simplement d’abolir ce délai. Mais pour la Justice, il n’est pas envisageable de le supprimer. "Pour nous, ce serait de la poudre aux yeux", déclare-t-elle. "C’est faire croire à la victime que parce qu’elle portera plainte 30 ans plus tard, elle pour qui ce trauma surgit parfois des années après les faits, il y aura une suite. Mais il n’y a plus de preuve. Si on a déjà du mal à constituer un dossier solide parfois semaines voire quelques mois après, 30 ans plus tard, il n’est plus possible de révéler les faits dont on a été témoin. C’est créer un sentiment d’injustice et d’amertume à la victime."

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