Le théâtre de la Monnaie se met au "vert" et durablement

Le théâtre royal de La Monnaie s'inscrit dans le développement durable

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04 déc. 2021 à 12:00Temps de lecture3 min
Par Françoise Berlaimont

Mozart, Verdi, Wagner, ne s’inquiétaient guère du coût de la mise en scène de leurs oeuvres, encore moins du coût environnemental qui n’existait pas à leur époque. Aujourd’hui, le monde culturel veut s’inscrire dans le développement durable. En phase avec la société, le théâtre royal de la Monnaie mène depuis plusieurs années une politique de gestion qui favorise les projets innovants.

Papier recyclé, cantine bio et bien plus

Sophie Cornet est "Madame Green Opera". C’est elle qui dirige, sans baguette, les différents projets pour amener la vénérable maison à une gestion durable, organisée autour de deux axes de réflexion. "L’un est intitulé 'Green Opera House' et l’autre,,, 'Green Opera Production'. Le premier inclut la gestion du bâtiment, la consommation énergétique, le tri des déchets mais aussi les publications ou encore la mobilité du personnel. La production concerne le cycle d’un spectacle de sa conception à sa fin de vie", explique Sophie Cornet.

La réflexion est menée jusque dans les moindres détails. Par exemple, "les brochures du programme de la saison et toutes les publications de la Monnaie sont imprimées avec de l’encre écologique, sur du papier recyclé labellisé FSC ou PEFC", précise Sophie Cornet. "La cantine pour le personnel a été confiée à une entreprise qui a la durabilité intégrée dans son ADN".

La dimension sociale est également un critère important : "une partie du personnel qui travaille dans notre cantine est en réinsertion professionnelle". Les produits sont principalement bio et locaux.

Sophie Cornet, responsable du projet "Green Opera" à La Monnaie
Sophie Cornet, responsable du projet "Green Opera" à La Monnaie © rtbf

Un défi pour chaque artisan

Pénétrer dans les ateliers de la Monnaie, situés juste derrière le théâtre, c’est découvrir un monde d’artisans. Menuisiers, ferrailleurs, soudeurs, peintres et sculpteurs façonnent les matériaux, futurs décors qui habiteront la scène.

Etienne Andreys est le chef des ateliers Décors : "On travaille dans la récupération et l’esprit du recyclage. Avant, les matériaux partaient à la poubelle ou à la refonte, dans le cas de l’acier".

En ce moment, l’équipe travaille les barres métalliques d’un ancien décor. "Les barres sont redécoupées et assemblées pour le futur décor d'Il Triticco", précise le responsable des ateliers. Cet opéra de Puccini est programmé pour mars prochain. "Non seulement on récupère les matériaux, mais aussi la valeur du travail qui a été effectué", complète Etienne Andreys.

A l’étage supérieur, on découvre un monde d’étoffes et de couleurs. C’est ici que l’équipe des couturières crée les innombrables costumes des personnages de l’opéra. A sa tête : Régine Becker, dotée d’une expérience solide et qui s’intéresse depuis longtemps à la gestion écologique des tissus.

"Il y a au moins 20 ans que nous avons banni les teintures chimiques", raconte Régine Becker. Mais elle reconnaît aussi que se passer du coton est impossible, alors que cette plante est gourmande en eau. "Nous exigeons des tissus avec un label et c’est moins compliqué aujourd’hui qu’il y a quelques années."

Même la lessive est pratiquée avec des produits écologiques, les poudres classiques ayant été bannies depuis longtemps. "La blanchisserie a même fait l’acquisition d’une machine à ozone qui désodorise et élimine les odeurs", explique Régine Becker.

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Réfléchir et investir autrement

Amener le théâtre royal de la Monnaie vers une neutralité carbone est aussi la mission d’Agathe Chamboredon, la directrice financière. Cette Française, passée par les opéras de Bordeaux et d’Aix-en-Provence, apporte notamment la dimension internationale du projet.

Ces structures ne devraient plus être transportées par la route

"Nous travaillons en coproduction avec l’Opéra Bastille et le théâtre du Châtelet à Paris, l’Opéra d’Aix-en-Provence et l’Opéra de Lyon. Avec nos partenaires, nous réfléchissons à des structures standards, sur lesquelles viennent s’accrocher les décors, qui pourraient rester sur place et être utilisée également pour les spectacles invités. Ces structures ne devraient plus être transportées par la route."

"Je suis convaincue que l’on peut faire de bons choix qui nous amèneront vers des pratiques 'vertes' sans avoir des conséquences budgétaires effrayantes", estime Agathe Chamboredon. "C’est une question d’anticiper et de bien préparer. Le but est de dépenser intelligemment pour préparer cet avenir, pas de faire des économies."

L’argent économisé d’un côté est réinvesti ailleurs, notamment dans des plans de formation et d’accompagnement des équipes. La Monnaie a mis en place tout un travail de mise en compétences avec des experts et des universités. L’avenir de l’Opéra se veut vert et durable.

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