Coronavirus

Le traditionnel festival de viande de chien en Chine s’est ouvert : "Il y a un réel risque sanitaire"

Une vendeuse préparant de la viande de chien à son étal à Yulin en Chine. Le festival de la viande de chien fait depuis longtemps l’objet de critiques en Chine et dans le reste du monde.

© AFP – 20 juin 2018

23 juin 2020 à 04:00 - mise à jour 23 juin 2020 à 09:59Temps de lecture4 min
Par Aurélie Didier

Note de la rédaction : la rédaction de la RTBF fait le choix de diffuser ces images car elles montrent la réalité du commerce alimentaire canin en Chine. Attention, ces images peuvent dès lors, dans leur globalité ou à travers certains passages, heurter votre sensibilité.

Capture d’écran d’une vidéo de la HUMAN SOCIETY INTERNATIONAL lors du festival de la viande de chien de Yulin. Ce festival fait depuis longtemps l’objet de critiques internationales, des milliers de chiens étant traditionnellement tués pendant l’événement
Capture d’écran d’une vidéo de la HUMAN SOCIETY INTERNATIONAL lors du festival de la viande de chien de Yulin. Ce festival fait depuis longtemps l’objet de critiques internationales, des milliers de chiens étant traditionnellement tués pendant l’événement 15 juin 2020 – HUMAN SOCIETY INTERNATIONAL

Le célèbre annuel festival chinois de la viande de chien de Yulin, au sud-ouest de la Chine, s’est ouvert malgré une campagne gouvernementale visant à améliorer le bien-être des animaux et à réduire les risques pour la santé mis en évidence par l’apparition du Covid-19.

Ce festival annuel de dix jours attire généralement des milliers de visiteurs friands de cuisine à base de viande canine. Les animaux sont soit exposés vivants dans des cages soit proposés morts sur des étals à l’air libre.

Dans ce genre de marchés, comme le souligne le Professeur de virologie de l’UCLouvain Jean Ruelle, "Si l’animal est infecté par un virus et est abattu ou découpé à proximité du public, il y a un réel risque de transmission. Et ce risque est plus élevé que quand un animal est abattu dans un abattoir."

Si l’animal est infecté par un virus et est abattu ou découpé à proximité du public, il y a un réel risque de transmission.

La différence avec un abattoir, ce sont bien sûr les règles d’hygiène : "Quand la viande est découpée dans un abattoir, le boucher est censé porter des équipements de protection et le consommateur ne reçoit ensuite que la viande, qui est moins contaminante que d’autres parties du corps. De plus, il y a un certain temps qui passe et donc le risque potentiel d’infection virale diminue."

Alors que si les humains sont en contact sans protection avec l’animal en entier, le risque est plus élevé. "Si c’est un virus respiratoire, les personnes qui manipulent par exemple la tête de l’animal sont très exposées, parce que c’est là que le virus est le plus concentré au niveau des tissus. De plus, une concentration élevée de microbes peut se trouver dans certains organes comme les intestins."

Festival de la viande de chien à Yulin - Chine (1)

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Les chiens sont des porteurs potentiels de coronavirus

Les chiens, comme les chats, le pangolin, les chauves-souris d’autres espèces, peuvent être potentiellement porteurs de différents coronavirus. Mais comme le nuance Jean-Luc Gala, professeur et chef de clinique aux Cliniques universitaires Saint-Luc de l’UCLouvain : "Pour la situation spécifique du Covid-19, il n’y a aucun cas de transmission avéré des chiens et des chats vers l’homme. Dans la petite dizaine de cas des chiens et chats contaminés au Covid-19 rapportés dans le monde, à chaque fois, c’est l’homme qui a transmis le virus à l’animal, et pas le contraire." Les chiens et les chats peuvent donc porter d’autres types de coronavirus, mais pas le Covid-19.

Pour Jean-Luc Gala, si les chiens du festival de Yulin ne risquent pas de transmettre le Covid-19, ce sont plutôt les pratiques culturelles alimentaires chinoises dans leur ensemble qui posent problème. "Il y a un risque de transmission à chaque fois que les humains manipulent des espèces porteuses comme les chauves-souris. Même s’il reste un doute sur l’origine du Covid-19, le risque est sérieux. Et ce n’est pas la première fois que des épidémies se développent à partir de ce type de marchés".

Ce n’est pas la première fois que des épidémies se développent à partir de ce type de marchés.

De plus, ces rassemblements populaires sont toujours risqués à l’heure d’aujourd’hui selon le professeur Gala. "On sait que le Covid-19 circule toujours en Chine. Les gens peuvent être vecteurs asymptomatiques". A cela, sur ce genre de marchés, s’ajoutent les problèmes d’hygiène, de conservation et de développement de bactéries.


►►► À lire aussi : Coronavirus: "la Chine trompe la communauté internationale" selon Thierry Kellner


 

Festival de la viande de chien à Yulin - Chine (2)

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Le gouvernement chinois prend des mesures

Le coronavirus, dont on pense qu’il est apparu chez les chauves-souris avant de se transmettre aux humains dans un marché de la ville de Wuhan, a obligé la Chine à réévaluer sa relation avec les animaux et elle a promis d’interdire le commerce des animaux sauvages.

En avril, Shenzhen est devenue la première ville de Chine à interdire la consommation de chiens, et d’autres devraient suivre. Le gouvernement est en train d’élaborer de nouvelles lois pour interdire le commerce des animaux sauvages.

Des membres de l’ONG HUMAN SOCIETY INTERNATIONAL et des employés d’un hôpital tenant des chiens sauvés du festival de viande de chiens de Yulin, en Chine.
Des membres de l’ONG HUMAN SOCIETY INTERNATIONAL et des employés d’un hôpital tenant des chiens sauvés du festival de viande de chiens de Yulin, en Chine. 17 juin 2020 HUMAN SOCIETY INTERNATIONAL

Le bien-être animal évolue en Chine

Le ministère de l’Agriculture a également décidé de classer les chiens comme des animaux de compagnie plutôt que comme du bétail, bien que l’on ne sache pas encore très bien comment ce reclassement affectera le commerce de Yulin.

Des militants espèrent que cette année sera la dernière fois que le festival aura lieu. "J’espère que Yulin changera non seulement pour le bien des animaux mais aussi pour la santé et la sécurité de ses habitants", a déclaré Peter Li, spécialiste des politiques chinoises de la Humane Society International, un groupe de défense des droits des animaux.

Zhang Qianqian, un activiste des droits des animaux qui était à Yulin ce samedi 20 juin, a déclaré que ce n’était qu’une question de temps avant que le festival de la viande de chien soit interdit.

"D’après ce que nous avons compris de nos conversations avec les vendeurs de viande, les dirigeants ont déclaré que la consommation de viande de chien ne sera plus autorisée à l’avenir, a-t-elle déclaré. Mais l’interdiction de la consommation de viande de chien va être difficile et prendra un certain temps."

Une pétition sur Change.org qui demande l’annulation du festival de la viande de chien de Yulin a déjà recueilli plus de 2,7 millions de signatures.

Sauvetage de chiens au festival de la viande de chien de Yulin

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