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L'actu du Jazz

Le Umlaut Big Band ressuscite le jazz des années 20-30

"Le Umlaut Big Band ressuscite des musiques populaires en ayant une démarche intellectuelle, militante et engagée", déclare Pierre-Antoine Badaroux, créateur en 2011 de cette formation.
02 mars 2022 à 15:16Temps de lecture3 min
Par AFP

En costume d’époque sur scène, petit clin d’œil à la tradition, un orchestre de jeunes talents français, le Umlaut Big Band, rend au swing ses lettres de noblesse en révélant le travail des arrangeurs des années 1920 et 1930, ces "metteurs en scène" du jazz.

L’idée était "de monter un big band festif et dansant sur le modèle de ceux des années 20-30, à une époque où le jazz était une musique extrêmement populaire, avec un gros travail sur le répertoire", confie à l’AFP Pierre-Antoine Badaroux, créateur en 2011 de cette formation.

"Le Umlaut Big Band ressuscite des musiques populaires en ayant une démarche intellectuelle, militante et engagée, l’un n’empêchant pas l’autre", poursuit le fondateur du groupe qui se produira à Paris, au New Morning, vendredi et samedi.

A la tête de cet ensemble né du collectif parisiano-berlinois Umlaut (signe grammatical allemand modifiant le son d’une voyelle), il s’évertue depuis une décennie à révéler le travail des arrangeurs, l’équivalent au jazz du metteur en scène au théâtre ou du monteur au cinéma.

Dans les années 1920-30, les orchestres s’étoffent aux Etats-Unis et en Europe, où le jazz a débarqué avec les soldats américains à la fin de la Grande Guerre.

De là naît la nécessité d’organiser la musique, qui doit désormais être pensée par un individu. Ce sera la tâche de l’arrangeur.

"Les arrangeurs, on ne les cite jamais, à part quelques exceptions comme Gil Evans, Quincy Jones, George Russell ou Thad Jones, pourtant ce sont eux qui font tout", remarque Pierre-Antoine Badaroux, également saxophoniste du Umlaut Big Band.

Son ambition : "mettre en avant le travail" de ces "figures centrales qui façonnent le son d’un orchestre".

Derrière Duke Ellington, Benny Goodman ou Fletcher Henderson se cachent ainsi des noms méconnus comme Mary Lou Williams, Don Redman ou Will Hudson.

Afin de mettre en lumière leur travail, il adopte une méthode quasi-scientifique : en musicologue, il va fouiller dans les archives en Amérique, exhume des partitions parfois inédites, d’autres incomplètes, en réécrit certaines parties…

Transmission

Reste à transmettre au public ce répertoire de manière vivante, ludique, afin que la musique soit récréative et donne une irrépressible envie de taper du pied et de danser. Pour cela, il faut un orchestre à la hauteur : c’est la quinzaine d’interprètes du Umlaut Big Band, une bande de copains animés par une grande complicité.

"On s’est quasiment tous rencontrés au CNSM", Conservatoire national supérieur de musique de Paris, section "Jazz et musiques improvisées, raconte Pierre-Antoine Badaroux. A l’époque, ils étaient dans la jeunesse de leurs vingt ans.

Les Antonin-Tri Hoang, Geoffroy Gesser, Fidel Fourneyron, Bruno Ruder et consorts font revivre ces riches heures du swing, en jouant les partitions retravaillées par leur chef avec une verve, une aisance et un enthousiasme communicatifs.

"Je suis leur travail depuis le tout début, ce qu’ils font est absolument remarquable, dans la qualité, l’implication et la volonté d’offrir une musique à un public", explique Daniel Yvinec, qui avait dirigé certains de ces jeunes pousses du jazz contemporain au sein de l’Orchestre National de Jazz, dont il fut le directeur artistique.

Mais comment des musiciens exprimant par ailleurs leur art dans des directions totalement différentes, à la pointe de l’avant-garde et de l’improvisation, ont-ils pu s’enticher d’une musique qu’écoutaient plutôt leurs grands-parents ?

"Ces musiques abordables par beaucoup de gens sont en réalité extrêmement complexes dans leur structure, leur nature et leur organisation intellectuelle", répond Daniel Yvinec.

"C’est une musique très exigeante à jouer, très difficile, avec beaucoup de difficultés techniques", abonde Pierre-Antoine Badaroux.

De "Mary Lou Williams, comme Don Redman" des arrangeurs dont l’œuvre est mise en avant dans les deux derniers disques du Umlaut, "on peut dire rétrospectivement qu’ils sont précurseurs de beaucoup de choses", ajoute-t-il.

Si l’on tend l’oreille, le swing déborde d’inventivité et de dynamisme, ses arrangements sont parfois très complexes, avec une grande richesse de timbres.

Le Umlaut Big Band en restitue le modernisme, sans le trahir, avec ce parti pris de jouer souvent sans amplification, comme à l’époque.

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