Coronavirus

Le vaccin par voie nasale contre le coronavirus : une technique prometteuse, mais pas pour tout de suite

Image d’illustration

© Getty Images

Être protégé contre le coronavirus à l’aide d’un coup de spray ? C’est désormais possible en Inde et en Chine, deux pays qui viennent d’approuver des vaccins de type intranasal. Une technique prometteuse selon l’OMS, mais dont les résultats des essais sur l’homme se font encore attendre.

La vaccination intranasale "pourrait nous donner davantage de chances de contrôler le covid à long terme" déclare ce mercredi le directeur de gestion des situations d’urgence de l’OMS, le Dr Mike Ryan. Dans la même veine, la revue scientifique Nature estime que cette technique pourrait bien "stopper le coronavirus dans son élan”. Les espoirs sont donc grands autour de ces vaccins inhalés par la bouche ou par le nez.

Bloquer le virus "à la porte d’entrée"

Il faut dire que ce type de vaccin présente certains avantages. Outre son administration moins invasive que celle des vaccins intramusculaires – le spray plutôt que la piqûre – la vaccination intranasale induit une réaction immunitaire préférentielle au niveau de la porte d’entrée du virus. Dans ce cas-ci : la muqueuse du nez.

En effet, "le vaccin par voie nasale expose la substance au niveau d’une muqueuse plutôt que d’un tissu sous la peau”, explique Sophie Lucas, immunologue et présidente de l’Institut de Duve de l’UCLouvain. Par conséquent, "la substance va déclencher l’activation de toute une série de cellules immunitaires qui sont généralement spécialisées pour fonctionner au niveau de la muqueuse elle-même.

Plutôt que d’attendre que le virus pénètre un peu plus dans l’organisme, on peut carrément bloquer la porte d’entrée de l’organisme

Ce type de vaccin crée donc une protection immédiate lorsqu’on est exposé au virus, ce qui permet de limiter la transmission. "Plutôt que d’attendre que le virus pénètre un peu plus dans l’organisme avant de l’éliminer et de nous protéger contre une forme grave de la maladie, on peut carrément bloquer la porte d’entrée de l’organisme”, explique Sophie Lucas.

A noter qu’outre cette réaction localisée, le vaccin muqueux peut susciter une réponse immunitaire de l’ensemble du corps.

En comparaison, les vaccins contre le Covid-19 que nous utilisons actuellement "ne bloquent pas aussi bien la maladie légère ou la transmission", peut-on lire sur le site de Nature, même s’ils "permettent de réduire la gravité de la maladie et d’éviter l’hospitalisation". Et cela s’explique en partie parce qu’ils sont injectés dans le muscle. Ce faisant, "ils ne sont pas présents à des niveaux suffisamment élevés dans le nez et les poumons pour assurer une protection rapide”, poursuit la revue.

Rendez-vous dans un an ou deux

Si l’OMS encourage la mise au point de ce type de vaccins, elle précise attendre d’avoir suffisamment de données. Et pour cause : si plus de 100 vaccins oraux et nasaux seraient actuellement en cours de développement dans le monde, comme le précise Nature, “les essais sur l’homme n’ont pas encore donné beaucoup de résultats.” Seule une vingtaine d’entre eux aurait atteint le stade des essais cliniques sur l’homme.

"Il faudra encore un an ou deux pour obtenir des données sur les essais à grande échelle sur les vaccins muqueux aux États-Unis et en Europe”, estime la revue.

Déjà parce que le sentiment d’urgence n’est plus le même que lors de la première vague. "Nous sommes dans une situation d’abondance de vaccins”, explique à Nature Louise Blair, responsable des vaccins chez Airfinity. "Pour l’instant, les pays semblent se satisfaire d’une protection contre l’hospitalisation plutôt que contre l’infection. Le financement et les ressources sont donc très différents, et je ne pense pas que nous verrons la même vitesse de développement."

Par ailleurs, ce délai s’explique aussi parce que les vaccins de ce type ne sont pas nombreux sur le marché (celui pour la grippe est peu utilisé chez nous) et qu’ils ne sont pas simples à développer. "C’est aussi pour cela qu’on n’en a pas encore. S’ils avaient été aussi faciles à développer que les autres, ça aurait été fait immédiatement”, conclut Sophie Lucas.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous