Cinéma

"Le visiteur du futur" : Rencontre avec François Descraques et Florent Dorin

© Pyramide Productions

06 sept. 2022 à 09:24Temps de lecture5 min
Par Liam Debruel

Le réalisateur et scénariste François Descraques et l’acteur Florent Dorin parlent du passage de leur websérie culte au grand écran.

“Le visiteur du futur” fait partie de ces fictions qui ont explosé sur internet. En quatre saisons, cette websérie de science-fiction a su se développer une communauté passionnée et investie, expliquant ce passage tardif mais attendu en long-métrage. Alors que le réalisateur François Descraques et l’acteur Florent Dorin étaient au BIFFF pour présenter leur film, ils sont revenus sur cette transition de l’écran d’ordinateur à celui du cinéma.

Quelle sensation cela vous procure de voir “Le visiteur du futur” sur grand écran ?

François Descraques : C’est marrant parce que le film, quand on le finissait, je le voyais souvent sur grand écran mais tout seul. C’était d’une tristesse absolue : dans des grandes salles de cinéma, tout seul, à essayer de voir s’il n’y avait pas des erreurs par-ci, par-là. Même pendant la tournée, on ne pouvait pas le voir parce qu’on présentait le film. On disait “Bonjour, vous allez voir le film” avant de partir dans une autre salle. C’est seulement hier que j’ai pu enfin voir le film en public au Grand Rex et c’était fou ! C’était un public de fan qui connaissait bien la série et qui applaudissait à chaque fois qu’il y avait un personnage. (Rires) Il y avait des gens à côté d’eux qui devaient se demander à chaque fois “Mais pourquoi est-ce qu’ils applaudissent ? ”. C’était vraiment, vraiment incroyable.

Florent Dorin : Revenir dans le Visiteur… Il se trouve que c’est sur grand écran mais déjà, revenir avec le Visiteur, c’est incroyable. Ce sont des retrouvailles folles aussi bien sur le personnage en lui-même que sur le projet global puisque vous savez sans doute que c’est une aventure particulière, partie d’une petite histoire de potes qui faisaient leurs trucs dans leur coin avec zéro fric.

Réussir à faire mon premier film au cinéma avec ces gens-là, ça a une saveur particulière.

Après, le scénario est une histoire inédite, où l’on découvre plein de nouveaux personnages. C’est vraiment une expérience renouvelée et non une redite de choses qu’on avait déjà vues dans la série. Donc continuer de faire évoluer ce personnage, c’est incroyable. Effectivement, je me suis rendu compte en mettant le pied sur le plateau le premier jour que le Visiteur était là, qu’il était encore en moi et que le travail qu’on avait fait en amont avec François, entre la découverte du scénario, les répétitions et les essais costumes pour être prêt au moment du tournage, cela avait porté ses fruits. Il n’y avait plus qu’à y aller. Mais c’est vrai que, jusqu’au premier moteur de la caméra, je me disais qu’il allait y avoir un problème et que le film va s’arrêter. Il y a eu tellement d’années d’attente pour que le film puisse se faire et là, on a les retours des gens, aussi bien des fans que des nouveaux spectateurs qui ne connaissaient pas du tout le Visiteur.

C’est un peu bouleversant de voir que tout le monde est encore là et que les gens kiffent vraiment le film.

© Pyramide Productions

Est-ce que c’était important pour vous d’avoir cet ancrage avec la réalité et des sujets contemporains comme l’environnement et le besoin d’action du spectateur par rapport à son quotidien ?

François Descraques : Pour moi, c’est déjà dans l’ADN de la série. Même si à l’époque, on ne prenait pas forcément ça trop au sérieux, on mettait en avant comment les petits gestes de maintenant peuvent avoir des conséquences dans le futur. Donc ça a toujours fait partie du concept de base. Le film est dans cette continuité sauf que, ce que j’ai voulu traiter ici, c’est le conflit générationnel.

Quand on est père ou quand on est jeune, on a une vision des conséquences qui est différente.

Oui, ça traite de l’écologie et l’environnement mais pour moi, le plus important était la confrontation entre le père et la fille car tout le monde a vécu ça au moins une fois dans un repas de famille, quand la politique rentre tout à coup comme sujet à table entre le plat et le dessert. Ça m’a toujours fasciné en fait de voir que, non seulement certaines générations ont une opinion différente sur l’avenir et la responsabilisation, mais aussi qu’on peut nous-même avoir un changement pendant notre vie. Quand on est jeunes ou moins jeunes, nos opinions changent et le film traite de ça.

"On avait l’impression de tourner chaque jour un film différent."

Quelle a été la plus grande leçon que vous avez retenue de votre passage sur internet ?

Florent Dorin : La débrouille. À chaque fois qu’on se rend compte qu’on a plus de budgets, on n’en a jamais assez. Je pense que c’est très dangereux de faire un film où l’on se dit “J’ai trop de thunes, je ne sais pas quoi en faire ! ”. (Rires) En vrai, ça n’arrive pas, ça va soit dans la poche des acteurs soit celle des producteurs. Nous, ça n’a jamais été notre cas et je ne souhaite pas que ça le devienne un jour.

On a trouvé une façon de faire sur internet et on l’a exporté au cinéma mais on ne s’est jamais dit que maintenant qu’on passait au cinéma, tout allait nous tomber tout cuit dans le bec, pas du tout.

On a eu de la chance de tomber sur des producteurs, Pyramide Productions, Robin et Stéphane, qui ont compris ça et qui ont accompagné Stéphane dans cette démarche-là. Et toutes les personnes qui ont rejoint l’aventure, aussi bien en technique que les comédiens comme Arnaud (Ducret) et Enya (Baroux), ont compris ce truc-là et l’ont parfaitement intégré. Ils ont rejoint la bande comme s’ils en avaient toujours fait partie. C’est super positif car on nous a fermé la porte pendant quand même un bon moment donc c’est une bonne façon de débarquer dans la salle en disant “Notre film est bien et en plus, la façon dont on l’a fait est possible, ça marche”. Mais ça, c’est aussi grâce au génie de François. Il a fallu d’abord qu’il dévore des rayons entiers de location de VHS, des heures et des heures de séance de ciné pour se faire une culture et ensuite de savoir ce qu’il voulait raconter en fait. Qu’est-ce qu’il a dans la tête, quelles sont ses préoccupations, qu’est-ce qui lui semble important de transmettre comme émotions aux gens, … Et puis après, on arrive avec Internet, qui est un peu l’école de la vie. On débarque comme ça, on fait nos premières armes là-dessus et ensuite on va travailler sur des projets qui sont différents du Visiteur et on voit dans quelle mesure notre méthode nous appartient tout en comparant avec la façon de faire sur d’autres projets. On voit le positif et le négatif avant d’en tirer une synthèse dans le film.

© Pyramide Productions

Quel a été la plus grande difficulté avec le long-métrage ?

François Descraques : La difficulté était quotidienne, chaque journée était hyper dense. Au début du tournage, on avait l’impression de tourner chaque jour un film différent. Première journée, on était sur une colline Post Apo. Deuxième journée, c’était la première guerre mondiale. Troisième journée, on était dans un hôpital avec du drame.

Je me demandais “Mais qu’est-ce qu’on tourne ? Est-ce que c’est un film ou quinze films ? ”. C’était vraiment ça le challenge pour moi.

Oui, j’aime bien mélanger les tons mais il fallait que ça soit cohérent. C’était le challenge principal, d’arriver à faire tout ça dans un temps limité. On avait un budget de 4,5 millions, ce qui est un bon budget pour une comédie française mais pas un bon budget de film de science-fiction avec de l’action. Je suis très content que du point de vue de l’image, ce soit très impressionnant, même si je vois toutes les astuces. Ici, je me dis “là, on a triché, là, on n’avait pas assez de figurants, on a déplacé ceux-là et multiplié ceux-ci”. Il y a plein d’astuces dans chaque scène.

“Le visiteur du futur”, ce mercredi 7 septembre au cinéma

Merci à l’équipe du Bifff et à Laure Froidecoeur de Film&Com pour l’entretien.

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