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Matin Première

"Le voyage est un devoir humain profond et vital"

La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit
15 juil. 2020 à 08:06 - mise à jour 15 juil. 2020 à 08:15Temps de lecture2 min
Par Josef Schovanec

J’aurais une devinette : pouvez-vous me dire quand pour la dernière fois quelque chose de positif s’est passé en Russie, même à toute petite échelle ?

 

En Russie, ne surviennent que des faits sinistres

En fait, cela n’existe pas : en Russie, ne surviennent que des faits sinistres : sombres complots du despote, répression, effondrement économique, même la météo est apocalyptique. C’est simple : vous pouvez suivre avec la plus grande assiduité l’ensemble des actualités occidentales sur la Russie que vous n’apprendrez rien de tangible sur ce pays, sa culture, son histoire. Tout au plus apprendra-t-on qu’il y a un despote très, très méchant. Beaucoup d’occidentaux sont choqués qu’on leur dise même des choses extrêmement factuelles, par exemple que Moscou est la plus grande ville d’Europe, de loin même, ou encore que Bruxelles est plus près de Moscou que, mettons, d’Athènes.

D’ordinaire, quand j’évoque ces choses, on me répond que je suis agent russe. Pas sûr. J’ai grandi dans un environnement de réfugiés politiques où la haine du Russe était dans toutes les conversations et j’ai fréquenté des gens qui se plaisaient à raconter avec quelle joie ils abattaient à la mitrailleuse les jeunes femmes russes.

Ceci pour dire quelque chose de plus grave encore, au-delà du cas russe.

Contrairement à une croyance répandue, ni internet, ni les médias ne peuvent donner à connaître un pays étranger, hormis peut-être des voisins immédiats ou de même langue.

Pour donner un autre exemple : aujourd’hui, un occidental moyen connaît moins bien la culture perse qu’un occidental moyen d’il y a un siècle ou deux. Idem pour la russe ou la hongroise, bien sûr. De grandes cultures sont quasi-totalement absentes d’internet (des médias n’en parlons même pas), comme la culture baloutche.

 

Les restrictions de voyage auront des conséquences dramatiques dont nul ne parle

 

Là où je voulais en venir : les restrictions de voyage auront des conséquences dramatiques dont nul ne parle.

Systématiquement, quand il est question de voyages, cela est associé à un luxe de riches oisifs qui veulent être allongés sur la plage, quitte à tuer des millions de gens par leur égoïsme.

Le voyage est un devoir humain bien plus profond et vital.

Comme le verrouillage soviétique des frontières durera sans doute plusieurs décennies, et sera d’autant plus durci que le virus aura disparu (cf par exemple le cas de la Norvège, qui est sur liste rouge belge alors même que ses chiffres sont excellents), nous préparons un cadeau empoisonné aux jeunes générations : celui d’une ignorance moyenâgeuse du reste du monde. Une réduction de l’autre à quelques stéréotypes ineptes : en Iran on lapide les femmes, en Afrique on crève de faim et dans le Pacifique… euh, c’est quoi ça au juste.

La connaissance de l’autre n’est pas qu’un caprice romantique.

Il s’agit d’une nécessité économique et surtout humaine, car la connaissance directe de l’autre est la seule façon d’éviter les guerres. Faire croire qu’il est vertueux de rester chez soi est donc criminel à long terme. C’est le résultat de siècles d’efforts de découverte du monde que nous sommes en train de sacrifier.

 

 

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