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Lecture : « Pour ou contre : les grands débats de la petite enfance à la lumière des connaissances scientifiques »

Lecture

"Pour ou contre s’attacher aux enfants ?" ; "Pour ou contre les laisser commencer leur repas par le dessert ?", "Pour ou contre leur parler de vos propres émotions ?", voici quelques exemples de questions que pose Héloïse Junier, psychologue spécialiste du jeune enfant et docteure en psychologie à l’Université de Paris dans son livre : "Pour ou contre ? : Les grands débats de la petite enfance à la lumière des connaissances scientifiques." Rencontre avec l’auteure, au micro d’Adrien Devyver.

Rencontre avec Héloïse Junier, auteure du livre

A.D. : Vous avez écrit ce livre qui se découpe en 6 grandes parties : le repas, le sommeil, le jeu, les émotions, les relations entre enfants et les relations avec les familles aussi. Ce livre est destiné aux parents ou grands-parents, mais également aux personnes qui travaillent dans la petite enfance on est bien d’accord là-dessus. Dans chaque partie, il y a des chapitres et ces chapitres sont chaque fois articulés par des questions, des grands classiques de la petite enfance. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous plonger dans l’univers des connaissances scientifiques par rapport aux stéréotypes classiques des bébés et de la petite enfance ?

H.J. : Dans le cadre de ma pratique en crèche, mais aussi dans les diverses conférences avec les familles, j’ai remarqué qu’il y avait des idées reçues qui perduraient de génération en génération. D’où cette idée de faire le pont entre deux univers pour qu’ils communiquent ensemble.

A. D. : C’est un livre très rythmé. Vous y expliquez les tenants et aboutissants des différentes questions que se posent les parents/les grands-parents, les personnels de santé de la petite enfance aussi. Et puis vous y répondez, vous argumentez, avec les différentes thèses scientifiques que vous avez pu trouver dans vos recherches et vous donnez des petits conseils. Tout ça, de manière très graphique avec beaucoup d’humour. On va commencer par un premier chapitre que vous abordez dans votre livre et qui est évidemment un grand débat de société. Est-ce qu’on berce un bébé pour l’endormir ? Il y a des gens qui sont contre car ils ne veulent pas habituer l’enfant à ces fameux bras, ces fameux bercements. Mais vous, vous n’êtes pas du même avis, Héloïse ?

H. J. : Non. Quand on regarde un peu les recherches en anthropologie et en psychologie du développement, on voit que le bébé humain est le mammifère le plus immature de tout le règne animal. Cette immaturité crée une dépendance, qui fait qu’il est programmé pour le corps à corps avec l’adulte pendant les premiers mois de sa vie. Le fait de bercer un enfant pour l’endormir est une pratique ancestrale, traditionnelle, qui relève du personnage proximal. On va avoir tendance à penser que l’enfant s’habitue aux bras. Or le bercement permet de créer des mouvements rythmés et langoureux qui permettent de diminuer le rythme cardiaque de l’enfant, mais aussi, par le contact peau à peau avec l’adulte, de sécréter de la cytosine qui est l’hormone de l’attachement et qui va venir décélérer le système de stress de l’enfant. Ça a beaucoup de bienfaits aussi pour la mémoire et différentes compétences chez l’enfant.

A. D. : Vous parlez du système vestibulaire de l’enfant aussi, qui est situé dans l’oreille interne et qui peut être hyper efficace. Dans votre livre, vous faites un petit bond dans l’histoire. Vous expliquez que le bercement n’a plus la cote depuis que des religieux et des psychanalystes ont mis leur grain de sel. C’est quand même assez incroyable de se dire qu’ils ont eu une influence sur la manière dont on peut penser les choses.

H. J. : Oui complètement, c’est vrai que beaucoup de gens sont encore amoureux de la psychanalyse et que certains psychanalystes aujourd’hui peuvent déconseiller le corps à corps avec l’enfant. On va penser que l’enfant est animé de pulsions sexuelles et la proximité corps à corps peut mettre mal à l’aise pour cette raison-là. Aussi, on pense que l’enfant va s’habituer aux bras. Et la religion aussi a eu une influence par rapport à la distance entre le corps de l’enfant et le corps de l’adulte, qui pouvait être jugée immorale selon les époques. Toutes les religions ne sont pas psychanalystes mais ce sont des courant culturels de pensées qui sont venus un peu teinter l’éducation

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A.D. : Vous parlez aussi de la lumière dans les chambres. Elle est primordiale dans la chambre de l’enfant… Si on peut éviter cette petite veilleuse c’est quand même mieux ?

H. J. : Vers deux ans, l’enfant commence à avoir peur du noir, mais il ne faut évidemment pas le laisser avoir peur. Mais on remarque que les veilleuses du commerce ne sont pas adaptées. Il faut essayer d’en trouver une qui ne soit pas trop forte, qui n’émette pas une lumière blanche, et qui reste allumée toute la nuit et c’est très compliqué. Une veilleuse idéale ce serait une veilleuse avec le plus faible signal lumineux, de couleur orangée, située loin de la tête de l’enfant, si possible dans le couloir ou plus loin

A. D. : Dans votre livre vous expliquez aussi l’importance de ne pas mettre un enfant dans le noir complet quand c’est la sieste. Sinon, il a un rapport qui se fait avec la nuit et ce n’est vraiment pas une bonne idée. Il y a d’autres grands classiques, pour ou contre laisser un enfant se salir dans le jardin ?

H. J. : Le rapport à la terre est très sensoriel, très riche, c’est aussi le terreau de la créativité. Et le rapport à l’immunité bien évidemment. Alors si, le fait que l’enfant a les mains pleines de terre et mette les mains à la bouche, c’est super. On a une culture hygiénique très importante

A. D. : Vous expliquez qu’à force de protéger les enfants des maladies, on les rend malade. Il faut les laisser se salir, être en contact avec des crasses pour qu’ils fondent leur système immunitaire.

H. J. : Effectivement à force de les protéger de toutes agressions, de tout microbe, on va venir affaiblir le système immunitaire et du coup ne pas les préserver par ailleurs des maladies.

A. D. Vous parlez aussi du portage qui va diminuer leur quantité de pleurs.

H. J. Oui c’est vraiment intéressant. Quand on regarde les recherches anthropologiques interculturelles, on voit que les bébés occidentaux pleurent plus souvent et plus longtemps que les bébés des sociétés traditionnelles qui pratiquent le maternage proximal. Quand on regarde dans une société traditionnelle où on va porter le bébé 90% du temps, ce qui est naturel comme on l’a vu tout à l’heure. On voit que les pleurs sont nettement réduits par rapport au bébé occidental. On trouve donc un lien entre la proximité corps à corps de l’adulte et avec la quantité des pleurs tout simplement.

A. D. : On parle aussi beaucoup des émotions des enfants, notamment avec tous les outils qui existent maintenant pour les enfants pour qu’ils expriment leurs émotions. Alors parfois on rentre dans des extrêmes aussi où on traumatise l’enfant. On lui dit "Mais quoi, tu n’es pas heureux en ce moment ?" alors que cet enfant n’a peut-être pas encore toutes les notions du bonheur. Par contre ce qui est intéressant c’est aussi que vous abordez le fait que les parents doivent aussi exprimer leurs émotions auprès des enfants. Et ça, on sait que c’est un sujet qui est fort débattu.

H. J. : Oui, c’est très tabou. Souvent, on passe notre temps à demander à nos enfants de mettre des mots sur leurs sentiments à eux, mais nous-même avons du mal. Si vous avez des enfants qui régulent mieux leurs émotions à eux, ils ont plus de chance de réussir scolairement. Une des qualités dans le système scolaire est la régulation émotionnelle et comportementale. Plus les parents mettent des mots sur leurs émotions, plus les enfants arrivent mieux à se réguler. C’est vraiment très important on est un outil pour l’enfant. Il faut leur montrer la voie, être leur modèle sous tous les plans.

Ce qui est marrant dans ce livre c’est que vous vous adressez au personnel qui travaille dans la petite enfance et vous posez cette question pour ou contre appeler les parents par leur prénom ?

A. D. : Dernière petite question, pour ou contre leur demander de dire merci, s’il-te-plaît, bonjour, les règles de politesse ?

H. J. : Contre ! Là, on rentre dans la psychologie du développement collectivo-social. On voit qu’avant 4-5 ans, l’enfant n’a pas la théorie de l’esprit. Il a du mal à comprendre les états mentaux de l’interlocuteur. Du coup, demander à un enfant de 2-3 ans qui est en âge de parler, de dire ces mots abstraits n’est que du conditionnement, ça n’a aucun impact pour lui. Le mieux est de lui dire merci, s’il-te-plaît à chaque fois qu’on en a l’occasion et par imitation sociale, il le fera naturellement. Ça ne va pas le rendre plus poli que lui demander d’être poli.

A. D. : En tout cas ce livre est passionnant, félicitations ! C’est un livre à remettre dans les mains de tous les parents, grands-parents, tous les gens qui ont envie de s’intéresser un petit peu à la petite enfance.

Retrouvez "La Grande Forme" en direct du lundi au vendredi de 13 heures à 14h30 sur VivaCité. Vous avez manqué l’émission ? Nous vous invitons à la revoir sur Auvio ainsi que sur différentes plateformes de Podcast.

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