Leffe contre Leff : AB InBev veut faire changer de nom une petite brasserie bretonne

Leff contre Leffe, le pot de terre contre le pot de fer

© RTBF/Belga B. Doppagne/Brasserie du Leff

30 déc. 2021 à 15:01Temps de lecture2 min
Par Jean-François Herbecq

En France, une micro-brasserie bretonne se voit intimer l’ordre de changer de nom. Le géant brassicole AB InBev lui met la pression avec un courrier d’avocat pour lui demander de ne plus utiliser le nom de "Leff". C’est le nom de la rivière qui coule au pied de la brasserie. Mais cela ressemble trop à la marque protégée d’AB InBev pour sa bière d’abbaye, selon le groupe louvaniste.

Pot de fer contre pot de terre

AB InBev craint la confusion chez les consommateurs, ce qui pourrait les induire en erreur. Le brasseur Philippe Le Saux ne se laisse pas impressionner : "Quel droit ont-ils pour donner des ordres aux autres ? Je ne sais pas. Je trouve cela anormal. Ma brasserie se trouve dans la commune de Lanleff, au bord du Leff, et utilise l’eau de cette rivière pour faire cette bière".

AB InBev regrette cette affaire car la prononciation est la même et de plus, le logo en lettres gothiques est fort similaire… Ce n’est pas l’avis du brasseur breton. En effet, le choix des caractères gothiques est légèrement différent. En outre, d’un côté le nom désigne une bière, de l’autre une brasserie, dont les bières portent des noms beaucoup plus exotiques : Bolec’h, Buzhug Coz et Boet Ar Hy.

Dans la brasserie du Leff, Philippe Le Saux produit un peu plus de 1500 bouteilles par mois, soit 60 hectolitres par an.

AB InBev en produit 9 millions de fois plus, soit 530 millions d’hectolitres, et a enregistré sur les neuf premiers mois de l’année 2021 un bénéfice net de 3,4 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 35,4 milliards d’euros.

Un brasseur breton à la tête dure

AB InBev espère une solution et l’évaluation de l’administration française des marques déposées. En attendant, dans son petit village gaulois, l’irréductible Philippe Le Saux résiste encore et toujours : "J’ai commencé il y a quelques années dans mon garage et c’est devenu une passion. Aujourd’hui, je continue ma passion avec cette appellation-là. Je ne fais concurrence à personne. J’ai déposé ma marque. Je n’ai pas l’intention de changer quoi que ce soit."

Philippe Le Saux va revoir sa typographie mais pas le nom de sa brasserie. Il continue donc à produire ses bières "un peu riches", des blondes et une ambrée d’inspiration belge, avec du malt qu’il achète en Belgique à la malterie du Château et du houblon qu’il espère bientôt trouver chez lui en Bretagne.

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