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Législatives en France, futur Premier ministre, avenir du PS : quatre questions à Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille

Dossier de la rédaction

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L’investiture d’Emmanuel Macron pour son second mandat en tant que président français se déroulera ce samedi. Quels défis attendent Emmanuel Macron ? Qu’attendre des législatives en juin ? Le ralliement du parti socialiste à l’Union de la gauche (qui rassemble la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, les écologistes et les communistes) va-t-il changer quelque chose ? Eclairage avec Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille.

Comment analyser l’accord entre les socialistes et la France insoumise ?

Pierre Mathiot : "C’est un accord improbable parce qu’il y a une dizaine de jours, ils ne se parlaient pas beaucoup. C’est donc déjà une évolution assez spectaculaire en très peu de temps. Je pense que c’est un accord qui vise à limiter la casse et permettre à ces différents partis d’avoir un peu plus d’élus que la dernière fois. C’est une sorte d’alliance de raison entre des alliances politiques qui considèrent que, à quatre, elles ont peut-être un peu plus de chance. La dernière fois, même si Mélenchon avait fait 19% (à la présidentielle) il n’avait eu que 17 députés. Donc actuellement, ces quatre partis de gauche n’ont que 60 députés sur 577. Donc déjà en 2017, la situation pour la gauche était assez dramatique. C’est pour moi un accord de raison, mais je ne pense pas qu’ils considèrent avoir des chances d’obtenir la majorité à l’assemblée nationale."

L’objectif de la cohabitation (avoir un Premier ministre de gauche) est-il réaliste ?

"C’est compliqué. En 2017, les électeurs de la gauche s’étaient très peu déplacés aux élections législatives parce qu’ils étaient un peu déprimés par l’échec de Mélenchon au premier tour de la présidentielle. Ou alors ceux qui s’étaient déplacés avaient voté pour les candidats de Macron. Cette fois-ci, je pense que Mélenchon a eu peur que ses électeurs, déçus à nouveau, n’aillent pas voter aux législatives et que les insoumis aient à nouveau très peu d’élus. Il a donc fait un choix complètement différent. Il essaie de motiver les électeurs de gauche en disant qu’il y a une chance qu’il devienne Premier ministre si la gauche obtient la majorité à l’assemblée nationale."

Pour motiver les électeurs, ils disent que Mélenchon a des chances de devenir Premier ministre. Mais au fond d'eux-mêmes, ils espèrent surtout monter à 120 députés

"Je pense qu’il peut y avoir une dynamique de gauche grâce à cet accord. Mais j’ai du mal à imaginer qu’ils puissent passer de 60 à 289 députés cette fois-ci. Je pense que pour motiver les électeurs, ils disent que Mélenchon a des chances de devenir Premier ministre, mais qu’au fond d’eux-mêmes ils espèrent surtout monter à 110 ou 120 députés. La gauche aurait peut-être eu des chances de l’emporter si la coalition présidentielle s’était divisée, mais ce n’est pas le cas. Il y aura très peu de dissidents de ce côté-là. Maintenant c’est clair que les électeurs ont un peu marre de voter, donc que vont-ils vraiment faire ? Il n’est pas impossible qu’un certain nombre ne se déplace pas et cela peut avoir des conséquences sur les législatives."

AFP or licensors

Cet accord signifie-t-il la mort du PS français ?

"C’est en tout cas le dépassement du PS tel qu’il existait jusque-là. Il y a un dépassement générationnel car la plupart de ceux qu’on appelle les "éléphants" – sauf Martine Aubry – sont contre cet accord. Beaucoup d’élus locaux ne disent rien, parce qu’ils ont peur que cet accord fasse entrer le loup insoumis dans le poulailler socialiste. Il faut rappeler ce paradoxe : le parti socialiste a fait 1,7% à la présidentielle mais il est le second parti de France au niveau local. Avec cet accord, les élus locaux socialistes ont un peu peur de se faire zigouiller aux élections locales. C’est un moment de bascule. Mais il est clair que le parti socialiste risque de devenir un parti d’appui de la France insoumise alors que les socialistes ont eu l’habitude de l'inverse, d’être le parti central avec des petits partis qui les soutenaient. Culturellement, c’est aussi une transformation qui est très importante."

De son côté, Macron n’a toujours pas choisi de Premier ministre ?

"Certains disent qu’il joue le suspense mais moi j’ai tendance à croire qu’il a du mal à trouver le mouton à cinq pattes. Il a annoncé qu’il voulait une femme donc il est un peu coincé pour trouver quelqu’un en même temps social, libéral, écolo etc. Il n’y a pas tant de monde que ça. Il a vraiment un problème de casting pour trouver un candidat miracle pour devenir Premier ministre. C’est donc aussi pour ça que pour la première fois depuis le début de la cinquième république en France, le Premier ministre sortant (Jean Castex) est toujours Premier ministre."

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