Week-end Première

L’entraide : la clé pour lutter contre l’effondrement de notre civilisation

L'invité : Gauthier Chapelle

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"Papa, c'est quoi cette histoire de fin du monde ?" Entre effondrement du vivant et effondrement possible de notre société, le mot plane comme une ombre au-dessus de notre époque. Mais de quels effondrements s'agit-il ? Peut-on en parler aux enfants sans les angoisser ? Avec quels mots ? Et aussi, pourquoi certains boomers ont-ils tant de mal à comprendre ?

Pablo Servigne et Gauthier Chapelle répondent à ces questions dans leur nouvel ouvrage paru au Seuil : L'Effondrement (et après) expliqué à nos enfants... et à nos parents.

L’effondrement est en cours

Gauthier Chapelle est ingénieur agronome et docteur en biologie, collaborateur scientifique à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Il est aussi collapsologue, c’est-à-dire qu’il s’intéresse à l’effondrement possible de notre civilisation.

Il voit deux niveaux d’effondrement : l’effondrement du système Terre, c’est tout ce qui pourrait être causé par le changement climatique, c’est l’affaiblissement de l’écosystème et du vivant sous les coups de butoir de notre civilisation.

Puis il y a l’effondrement de notre civilisation elle-même. "On a bien senti ces dernières années à travers le Covid et l’Ukraine à quel point cette interdépendance qu’a construite la mondialisation nous rend aussi vulnérables. La dernière qu’on est en train de goûter est celle des sources d’énergie qui nous viennent d’ailleurs. Et donc cette civilisation qui, pour l’instant, vit largement au-dessus de ses moyens – on connaît la notion de jours de dépassement – n’est pas non plus invulnérable."

Cela va être sans doute une succession d’effondrements, des petits et des grands. Cela a sans doute déjà commencé. Cela a commencé pour certains, pour les dominés de notre civilisation. Et puis, pour nous, on verra bien.

Retrouvons la culture de l’entraide

Le livre se présente sous la forme d’une discussion avec un enfant qui entend tout ce qui se passe et qui est inquiet sur le monde à venir. Comment le rassurer ?

Les auteurs s’appuient sur un élément essentiel : l’entraide. "Nous sommes une espèce sociale, extrêmement douée en entraide : on ne sait pas élever un enfant sans entraide."

A condition qu’on soit dans une culture de l’entraide ! Or une autre caractéristique de notre civilisation, c’est qu’elle prône plutôt la compétition et l’individualisme.

La priorité est de redévelopper cette culture de l’entraide, sachant qu’on a de bonnes bases pour le faire. Donc pratiquons-la !

La bonne nouvelle est que, quelle que soit la hauteur des effondrements, nous en sommes capables. L’entraide augmente encore lorsque la situation se durcit. On le vit très souvent, dans des situations de crise, d’attentat ou de tremblement de terre : l’entraide devient alors le réflexe dominant.

Au moment de la crise du Covid, dans un premier temps, l’entraide a été dominante. Puis dans un second temps, on est revenu à une organisation basée sur une hiérarchie pyramidale, qui n’est pas favorable à l’entraide.

© Getty Images

Comment convaincre les plus âgés de l’urgence d’agir ?

"Le dernier chapitre du livre s’adresse vraiment à nos parents, pour ne pas attendre justement que ce soit les jeunes qui prennent les choses en main, parce que pour l’instant, ce sont les vieux qui ont les manettes !"

Gauthier Chapelle n’est pas sûr qu’il faille vraiment essayer de convaincre les plus âgés à coups de discours. Ce qui va les convaincre et les motiver, c’est d’une part ce qui se passe à l’extérieur, les changements météo notamment. D’autre part, le fait qu’ils se soucient de leurs petits-enfants. Beaucoup disent ne pas être inquiets pour eux-mêmes, parce qu’ils sont bientôt partis, mais plutôt pour leurs enfants et leurs petits-enfants.

Et ce n’est pas mauvais de faire ça, de rentrer par le côté émotionnel et par le côté amour, cela reflète à quel point nous sommes une espèce sociale. C’est une façon de les mobiliser.

Rencontrer ses peurs

Il vaut mieux ne pas essayer de convaincre les climatosceptiques, mais tenter plutôt de partager les peurs. Le travail sur les émotions est effectivement la clé.

"Il y a une peur latente, on parle beaucoup d’éco-anxiété depuis plusieurs années : on a peur de la peur. On a peur d’être porteur de mauvaises nouvelles, de regarder la situation en face. On a énormément de peurs, alors que fondamentalement, avoir peur est un sentiment qui est là pour nous protéger de quelque chose qui pourrait nous menacer. De même, être triste, être en colère sont des sentiments mal vus mais qui au départ sont là pour nous dire quelque chose d’important : se mettre en colère contre les injustices, être triste pour ce qu’on perd."

Il faut aller à la rencontre de ses émotions, ouvrir la porte et pouvoir écouter les enfants, plutôt que leur faire un cours sur les énergies renouvelables et la sobriété à la maison.

Comment penser cet effondrement ?

On peut commencer par ralentir, et si on peut se le permettre, sortir des villes et surtout se remettre au contact du vivant. Notre culture est complètement coupée du vivant et ne comprend pas en quoi elle est insérée dans le vivant, pointe Gauthier Chapelle.

On peut, nous, jouer à faire la loi pour le vivant, mais tôt ou tard, le vivant va faire la loi pour nous. Et il commence dès maintenant, notamment à travers les changements climatiques.

On peut revenir vers les plaisirs simples, dont on a grand besoin. Et privilégier la gratitude, bien justifiée dans ce monde qui continue à tourner malgré tout ce qu’il vit.

"Dire merci à la nature semble bizarre dans notre culture, mais on a vraiment intérêt à la retoucher du doigt, pour ensuite prendre les mesures qui s’imposent dans notre vie au quotidien pour être plus léger et pour retrouver une relation de partenariat avec la Terre, plutôt qu’une relation de prédateur."

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