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"L’érotomanie" : quand l’amour tourne littéralement à la folie !

L’érotomanie

Dans le langage commun, "amour" et "folie" se côtoient ; "Je suis "fou amoureux", "Je t’aime à la folie", "Je suis dingue de toi"… S’aimer passionnément est intense. Mais comment faire la différence entre sentiment amoureux et érotomanie ? Comment en arrive-t-on là ? Comment le soigner et se préserver si vous êtes la cible d’un érotomane ? Les réponses de Caroline Depuydt, psychiatre référente dans "La Grande Forme."

On en avait déjà parlé dans la Grande Forme, dans la consultation du Dr Caroline sur le coup de foudre. Les sensations fortes ressenties lorsqu’on tombe amoureux sont souvent question de phéromones et de processus neurochimiques inconscients. Mais il y a deux grandes difficultés à cet amour fou :
  • S’il rend codépendant l’un de l’autre
Vivre des émotions fortes en début de relation est souhaitable ; Cela noue les liens, permet la rencontre et l’échange. L’autre est un peu idéalisé, ses défauts sont cachés et cela permet l’attachement. Néanmoins, plus ou moins rapidement, l’évolution de la relation amoureuse va tendre vers quelque chose de plus permanent et de moins intense. L’amour peut rester très fort, mais chacun doit pouvoir continuer à vivre sa vie en dehors de cette relation.
 
Attention au risque de dépendance de l’un vis-à-vis de l’autre, ou de "codépendance". On a l’impression (fausse) qu’on ne peut pas/plus vivre sans l’autre, qu’il nous est aussi indispensable que l’air qu’on respire. Or, cette dépendance affective peut devenir malaisante ou malsaine. Elle met une pression sur le couple, ôte de la liberté de mouvement. Il est tout à fait possible de s’aimer vraiment très fort, tout en restant autonome affectivement. L’un n’empêche pas l’autre.
  • S’il n’est pas réciproque, mais qu’on est persuadé qu’il l’est
Si l’amour fou n’est pas réciproque, nous risquons de vivre un beau chagrin d’amour et devoir faire le deuil d’une relation qu’on pensait parfaite. Si l’amour fou n’est pas réciproque mais on pense qu’il l’est, ce cas-là est grave. Il relève de la pathologie psychiatrique, il s’agit de l’érotomanie.
 
L’érotomanie est un délire se caractérisant par la conviction chez un individu qu’il est secrètement aimé par un autre. Cette conviction délirante prend une forme obsédante et se traduit chez l’érotomane, par une forme de harcèlement pour provoquer la rencontre et faire avouer à l’autre ses prétendus sentiments. Tous les gestes, paroles, likes sur les réseaux sociaux sont interprétés comme des preuves et des signes (secrets) que l’autre nous aime, alors même que cette personne ne sait absolument rien de cette obsession.
 
L’érotomanie est une forme grave de trouble psychiatrique délirant, qui nécessite un traitement par "des neuroleptiques."
 
Habituellement, l’érotomane attend d’abord que l’autre "qui l’aime en secret" se déclare… Mais il est patient. Il sait que "l’autre " n’ose pas ou ne peut pas se déclarer. L’érotomane retourne à son "bien-aimé" l’affection qu’il lui suppose en lui écrivant, en lui téléphonant et en lui faisant des cadeaux. Même quand ses avances sont rejetées par leur destinataire, l’érotomane ne peut pas comprendre le refus qui lui est opposé. Il imagine ce refus comme un stratagème pour cacher au reste du monde leur "liaison" interdite. Si cet amour fictif n’est pas confirmé par l’autre personne, cela tourne en général assez rapidement à l’agressivité. Il peut s’ensuivre du harcèlement, voire un désir de vengeance ou une volonté d’éliminer des concurrents potentiels.
 
L’érotomanie est une forme grave de trouble psychiatrique délirant, qui nécessite un traitement par "des neuroleptiques." Les neuroleptiques sont des médicaments qui luttent contre la psychose. Une hospitalisation en psychiatrie sera souvent nécessaire, voire une hospitalisation sous contrainte (avec un placement par le juge). C’est heureusement très rare : cela touche 1 cas pour 100.000 personnes. L’érotomanie touche un peu plus les femmes, et quasi toujours des célibataires.

"L’érotomanie" : quand l’amour tourne littéralement à la folie !

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Si vous avez l’impression que quelqu’un fait une fixation amoureuse malsaine sur vous, trois étapes indispensables :
  • Dire à la personne de façon bienveillante, ferme et très claire que vous n’êtes pas intéressé : "Même si tu es quelqu’un de bien, je n’ai pas de sentiment amoureux vis-à-vis de toi et ça n’arrivera pas." Ne vous réfugiez pas derrière des "excuses" pour faire passer la pilule (exemple : "Je suis déjà casé, ce n’est juste pas le moment"). Cela pourrait renforcer la conviction de l’autre que vous l’aimez secrètement. On laisse souvent une petite ambiguïté pour ne pas blesser la personne, mais en règle générale, c’est pire que bien.
  • Si cela n’arrête pas la personne et que le harcèlement se poursuit ou se renforce, le prévenir que vous allez porter plainte à la police : "Si je reçois encore un message, lettre, appel de ta part, je vais porter plainte à la police pour harcèlement, cela doit donc cesser maintenant." Restez très factuel, le plus neutre possible et ne laissez aucune porte ouverte. Garder éventuellement les messages envoyés.
  • Tenir parole. Au moindre message, aller déposer plainte à la police. Souvent, si la personne est convoquée à son tour, cela suffit pour l’arrêter (et aucune poursuite n’est engagée). La police fait tiers et fait prendre conscience à la personne qu’elle doit faire son deuil.

Retrouvez "La Grande Forme" en direct du lundi au vendredi de 13 heures à 14h30 sur VivaCité. Vous avez manqué l’émission ? Nous vous invitons à la revoir sur Auvio ainsi que sur différentes plateformes de Podcast.

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