RTBFPasser au contenu
Rechercher

Entrez sans frapper

Les 100 films qui ont marqué les années 2010

Les 100 films des années 2010, un livre de Jürgen Müller
24 mai 2022 à 11:35Temps de lecture5 min
Par RTBF La Première

Les années 2010 ont vu Netflix partir à la conquête de Hollywood, des films indépendants entrer dans l’histoire et Star Wars contre-attaquer. Taschen répertorie les meilleurs films sortis entre 2011 et 2020 dans un nouveau tome qui distille l’esprit cinématographique de la décennie. 

'Les 100 films des années 2010', c'est un livre du critique d'art et professeur Jürgen Müller, publié chez Taschen. C'est le 7e volet d'une collection très richement illustrée, qui existe depuis 20 ans et qui sert d'aide-mémoire de l'histoire du cinéma, avec un regard plutôt grand public. Dick Tomasovic, chargé de cours en histoire et esthétique du cinéma et des arts du spectacle à l'ULg, l'a parcouru pour nous.

______________________

"Le livre s'ouvre avec un discours un peu ambigu sur l'amour des salles de cinéma et le plaisir de la découverte des films sur grand écran. C'est un peu ambigu parce qu'ils appellent sans cesse à revoir les films en DVD ou en streaming, tout au long du volume. Et puis, parce qu'ils ont installé dans leur panthéon une série de films qui ont été diffusé majoritairement, voire exclusivement, sur des plateformes, comme 'Roma' d'Alfonso Cuarón, 'Uncle James' des frères Safdie, 'Les 7 de Chicago' d'Aaron Sorkin,... qui sont tous des films Netflix, curieusement. C'est un peu étonnant et en même temps, ça dit évidemment quelque chose du monde dans lequel on vit", souligne Dick Tomasovic.

Alors, en quoi ces films sont-ils emblématiques de la décennie écoulée ? Quelques exemples.

Once upon a time in Hollywood, de Quentin Tarantino

Le film 'Once upon a time in Hollywood' est placé en ouverture du volume et, pour Dick Tomasovic, c'est un choix assez pertinent. Le film se situe en 1969, année charnière pour l'histoire des Etats-Unis : hippies, contestation de la guerre du Vietnam, élection de Nixon... C'est aussi l'arrivée d'un nouvel Hollywood, la prise de pouvoir par d'autres auteurs...

Le film de Quentin Tarantino met en scène Leonardo di Caprio, en star déclinante d'une série télévisée de western, et Brad Pitt, qui est sa doublure. Ils assistent eux-mêmes à la métamorphose d'Hollywood. Il est question de starification, de la réception des films, de l'importance des salles de cinéma, de la mythologie qui existe à côté d'Hollywood, de la crise d'identité, du pouvoir des images et des histoires. 

"C'est un rêve sur la manière dont la fiction pourrait modifier le réel, c'est une déclaration d'amour au cinéma."

Joker, de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix

"C'est un faux film de superhéros. C'est le contre-point de Marvel. Il y a plusieurs films dans le 'Joker' : c'est à la fois un spin-off des 'Batman' et un film assez hollywoodien", explique Dick Tomasovic. Et en même temps, c'est un film psychologique qui raconte l'histoire d'un jeune homme mentalement malade. C'est aussi un film violemment politique, qui décrit une société occidentale assez violente, individualiste et égoïste. Il est le reflet assez désespéré des tensions politiques qui écartèlent nos sociétés. La résonance avec les Gilets jaunes en France a été maintes fois pointée.

"C'est vraiment l'époque de la fake news et des clowns au pouvoir, on peut le dire aussi."

Le film de de Todd Phillips est assez emblématique des années 2010, il fait d'ailleurs la couverture du livre. Il est porté par l'un des acteurs les plus remarquables de ces dernières années, Joaquin Phoenix, qui est mis à l'honneur trois fois dans le livre, pour 'The Master' de Paul-Thomas Anderson et 'Her' de Spike Jonze, en plus de 'Joker'.

Blockbusters en tous genres

Parmi les éléments remarquables de la décennie, il y a la question des blockbusters et des franchises : 'Hunger Games' qui a ouvert la voie à de nombreuses autres dystopies pour le public adolescent, 'Marvel', 'Star Wars', qui ont envahi les écrans avec grand succès. C'est le retour d'une grande forme feuilletonnesque. 

Racheté par The Walt Disney Company en 2009, Marvel Studio est le grand roi des années 2010, avec la série 'Avengers'. Disney rachète aussi Lucasfilm en 2012, pour aller vers un public adolescent, avec les épisodes 7, 8 et 9 de 'Star Wars'. Des grands films sur la question de la filiation, de la transmission, de la mémoire du cinéma.

C'est donc le grand retour gagnant de Disney, pour l'animation également, avec 'Raiponce', 'Zootopia', et puis surtout avec 'La Reine des Neiges', le plus grand succès de tous les temps du film d'animation et 11e film plus important au box office mondial de tous les temps.

Le boom de l’infographie

Les années 2010, et un certain cinéma en particulier, ont été marquées par les révolutions numériques : 'Hugo Cabret' de Martin Scorsese, 'The Tree of Life' de Terrence Malick, 'L'Odyssée de Pi' d'Ang Lee, 'Gravity' d'Alfonso Cuarón, 'The Revenant' d'Iñárritu.

Ces films ont en commun d'être des films d'auteur de grands cinéastes qui vont recourir au numérique pour en faire des moments visuels absolument virtuoses.

"On sent que l'infographie devient un partenaire de création, au-delà de la simple question des effets spéciaux. Ce sont des films qui témoignent d'un changement de paradigme dans la création cinématographique : on voit bien que la caméra n'est plus l'outil majeur dans le fond, (...). C'est finalement l'image de synthèse qui se substitue à l'idée de la prise de vue, de la captation spatio-temporelle."

'Birdman', d'Iñárritu, est l'un des films majeurs en ce sens, c'est l'idée d'un long plan séquence avec des ellipses qui sont intégrées de façon totalement invisible. Un film baroque et passionnant, avec une caméra omnisciente, omnipotente, qui s'infiltre partout, souligne Dick Tomasovic.

Reflets de la société, reflets de l'histoire

Les mouvements Black Lives Matter ou #MeToo se reflètent aussi dans ce cinéma des années 2010 et en filigrane dans ce livre. On a par exemple 'Twelve years a slave' de Steve MacQueen, 'Moonlight' de Barry Jenkins, 'La couleur des sentiments' de Tate Taylor. Ce phénomène a même touché des films de genre, comme le film d'horreur 'Get out' de Jordan Peele.

Pour Dick Tomasovic, le livre taille un peu trop la part du lion au cinéma américain. Parmi les auteurs hors USA, on peut toutefois pointer 'Une séparation' d'Asghar Farhadi, qui l'impose enfin sur la scène internationale ; le polar 'A Touch of Sin' de Jia Zhangke, du côté du cinéma chinois ; 'Ida' et 'Cold War' du Polonais Pawel Pawlikowski ; 'Timbuktu' de Sissako...

Du côté féminin, on relève 'Portrait de la jeune fille en feu' de Céline Sciamma, qui place le regard féminin au centre de son film ; deux films de Greta Gerwig, cinéaste indépendante américaine ; et, tout à la fin de la décennie, Chloé Zhao avec 'Nomadland'.

On n'oublie pas les très jeunes cinéastes, qui se consacrent entièrement à l'intime, comme Xavier Dolan, qui a fait 7 films en 10 ans et dont l'ouvrage retient 'Mommy'.

Enfin, Dick Tomasovic est frappé par le nombre de films qui parlent du cinéma et qui permettent un coup d'oeil dans le rétro : Tarantino bien sûr, 'The Artist' de Michel Hazanavicius, 'La forme de l'eau' de Guillermo del Toro, 'La La Land' de Damien Chazelle, entre autres.

Ecoutez cet entretien ici

Entrez sans frapper 19/05/2022

Les 100 films des années 2010/Sébastien Ministru/Dick Tomasovic/Nicolas Herman

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

"La Ruche", le film belge coup de cœur de Cathy Immelen

Le 8/9

Patrick Dewaere, itinéraire d’un acteur prodige…

Le temps d'une histoire

Articles recommandés pour vous