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Les 40 ans d’ABACAB de Genesis

18 sept. 2021 à 03:19Temps de lecture5 min
Par Laurent Rieppi

À l’occasion du 40e anniversaire de cet album pivot de la carrière de Genesis, nous vous proposons de revenir sur sa création et sur certains extraits tels que la plage titre "Abacab", "No Reply At All" ou encore "Man on the Corner"…

La définition du nouveau son Genesis

Abacab est le 11e album studio de Genesis, il est sorti le 18 septembre 1981.
C’est aussi l’album sur lequel l’ingénieur du son/producteur Hugh Padgham fait sa première apparition. Il produira par la suite, les deux albums suivants, deux énormes succès commerciaux : Genesis (en 1983) et Invisible Touch (en 1986).

Abacab suit le chemin choisi par le groupe sur l’album précédent Duke, mais en allant encore ici un peu plus loin. En effet, si Duke était déjà une tentative pour le trio de simplifier son style afin d’évoluer vers des sonorités plus commerciales, Abacab marque encore un autre grand pas en avant dans cette direction.
Tony Banks, le claviériste du groupe, et celui qui généralement composera les titres les plus longs et les plus complexes du groupe expliquera bien plus tard :

Si Ababacab n’est pas mon album préféré, je pense qu’il a eu un effet positif. Tout d’abord, nous nous sommes botté les fesses. Grâce à la spontanéité de nos morceaux, nous avons gagné en popularité et connu un plus grand succès commercial. J’avais souvent tendance à vouloir développer ce que je composais, comme autrefois, mais Mike et Phil m’arrêtaient sur ma lancée en me disant que c’était très bien ainsi. Cela m’a aidé à me concentrer sur les meilleurs passages

 

Tony Banks, claviériste de Genesis, en 1981
Tony Banks, claviériste de Genesis, en 1981 Angelo Deligio/Mondadori via Getty Images

L’arrivée du producteur Hugh Padgham


Le choix d’Hugh Padgham en tant qu’ingénieur du son de l’album se fait très simplement. C’est en effet lui qui vient de produire l’album Face Value, le premier album de Phil Collins qui, à la surprise générale, connaît un énorme succès international.
A la surprise générale, puisqu’à cette époque, Phil Collins n’est encore qu’un illustre inconnu, le batteur et chanteur du groupe Genesis, groupe qui ne bénéficie que d’un statut très underground et culte dans certains pays d’Europe, mais certainement pas encore un groupe vendant des millions d’albums à travers le monde comme ce sera le cas par la suite.

 

L’ascension de Phil Collins


Phil Collins, propulsé par le succès de Face Value, devient rapidement "bankable". On le retrouve invité un peu partout dans les journaux télévisés, dans des émissions, sur la couverture des magazines tendances…


Cette rapide ascension de Collins aurait bien pu détruire Genesis. Phil Collins aurait très bien pu se désintéresser du groupe, les autres auraient très bien pu développer de profonds complexes, de la jalousie… Mais Genesis garde la tête sur les épaules et tient le coup…


Ahmet Ertegun, le patron d’Atlantic Records, qui est alors très proche de Collins lui conseille de rester dans Genesis et de gérer ces deux carrières parallèlement. Collins, de toute façon, ne souhaite pas quitter le navire.


Il veut faire des choses différentes au sein de Genesis, avoir la possibilité de s’exprimer sur deux plans différents, en solo et en groupe… De plus, il a parfaitement le temps de gérer ces deux carrières. En effet, Collins, récemment divorcé, n’a que très rarement la garde de ses enfants, son ex-femme s’étant éloignée géographiquement de lui intentionnellement…

Jill, sa nouvelle compagne de l’époque, accepte ce train de vie et sait que pour Collins, la musique reste une priorité.

Phil Collins en 1981
Phil Collins en 1981 Angelo Deligio/Mondadori via Getty Images

►►► À lire aussi : Les débuts de Phil Collins au sein de Freehold


 

Les débuts des enregistrements… À la ferme

Pour la réalisation de ce nouvel album Abacab, Genesis achète Fisher Lane, une ferme située dans le Surrey en Angleterre, ferme qui ne tardera pas à devenir LE QG de Genesis ainsi que des projets solos des membres du groupe.
Genesis commence rapidement à travailler sur de nouveaux titres pour cet album mais la ferme n’est pas encore tout à fait équipée, les travaux ont du retard et, au début, les conditions de travail sont plutôt particulières pour le groupe…

Le renfort des cuivres d’Earth, Wind & Fire

Comme c’est le cas sur plusieurs extraits de l’album, Genesis bénéficie d’un petit coup de main de la section de cuivres du groupe Earth, Wind & Fire (qui accompagne également Phil Collins sur son album solo Face Value). C’est notamment le cas ici sur ce classique "No Reply At All".

 

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De gauche à droite : Phil Collins, Mike Rutherford et Tony Banks en 1981
De gauche à droite : Phil Collins, Mike Rutherford et Tony Banks en 1981 Angelo Deligio/Mondadori via Getty Images

Genesis vit dans cette ferme pendant plusieurs mois lors de la préparation/composition de l’album ainsi que lors de la période d’enregistrement qui s’étale entre mai et juin 1981.

S’il n’y a plus que 3 musiciens au sein de Genesis à cette époque, l’équipe Genesis est bien plus large que ça. En effet, le groupe a sa propre équipe de roadies et de techniciens qui les accompagnent depuis des années. Au départ, la ferme est prévue pour abriter le groupe ainsi que les roadies. Cependant, ceux-ci, vivant tous en couple, ne souhaitent pas vivre les uns sur les autres en "communauté", comme cela se faisait régulièrement dans les années 60. Les musiciens se retrouvent ainsi tous les 3 avec, de temps en temps, un couple qui loge sur place, mais la plupart du temps, ils sont seuls à vivre dans cette ferme…

Man on the Corner évoque les SDF

"Man on the Corner" est le premier titre de Collins dans lequel il évoque le thème des SDF. Une thématique qu’il abordera à nouveau un peu plus tard sur le superbe "Another Day In Paradise" dans le cadre dans sa carrière solo.

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ABACAB

Cette simplification dans la structure des titres de Genesis, évoquée plus haut, est, pour le groupe, sa tentative d’échapper aux critiques des groupes punks qui s’amusent alors à détruire l’image des groupes de rock plutôt habitués à développer des titres complexes de plus de 10 minutes.

Cependant, sur scène, la réaction de public n’est pas toujours idéale. Ceux, qui, dans le public, sont venus pour écoute "Dance On a Volcano" ou encore "Supper’s Ready", des titres plus anciens du répertoire de Genesis, ne comprennent pas directement cette nouvelle orientation musicale du groupe.


Genesis se fait même huer la première fois qu’il propose des extraits de ce nouvel album sur scène.
Cependant le trio tient le coup et sait qu’il ne peut pas continuer à faire la même musique que dans les 70’s…

Tony Banks précisera bien plus tard

Abacab provoquait souvent une réaction étrange. Mais cet album était absolument nécessaire dans notre carrière. Nous devions évoluer. Nous ne pouvions pas continuer dans la même voie. Cet album a marqué un grand tournant

Si Genesis devient toujours un peu plus pop, moins complexe, on retrouve quand même encore ici la plage titulaire d’une durée de plus de 7 minutes et composée de différentes sections très différentes les unes des autres. Une approche qui peut encore rappeler, d’une certaine façon, la musique progressive.

C’est d’ailleurs ce morceau, "Abacab", qui donnera son nom à l’album. Mais quelle est la signification de ce titre ? Il s’agit simplement de la superposition des différentes sections qui composent ce titre. Genesis avait en effet nommé ces sections suivant l’alphabet, la première section étant a, la seconde b et la troisième c. Pour construire ce morceau ils vont à chaque fois passer d’une section à une autre, la structure finale du morceau formant ainsi le schéma A-B-A-C-A-B… Soit "Abacab"!
 

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Genesis dans sa formule "tournée" en 1981, de gauche à droite : Chester Thompson, Tony Banks, Phil Collins, Daryl Stuermer et Mike Rutherford
Genesis dans sa formule "tournée" en 1981, de gauche à droite : Chester Thompson, Tony Banks, Phil Collins, Daryl Stuermer et Mike Rutherford Angelo Deligio/Mondadori via Getty Images

Cependant, si la réaction des fans à propos de cet album Abacab semble un peu particulière, ceux-ci finiront par s’adapter et la tournée Abacab s’avère être un grand succès.

Des extraits de cette tournée sont même enregistrés et sortent sur l’album live Three Sides Live, le troisième album live de Genesis qui sortira un peu moins d’un an après l’album studio.


Si Abacab a coûté quelques fans à Genesis, le groupe n’en sortira que gagnant puisqu’il va ainsi élargir considérablement sa "fan base".

A sa sortie, l’album se classe à la première place dans charts en Angleterre mais aussi et surtout à la sixième place des charts US. L’album s’écoule à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde et est le premier disque de platine pour Genesis aux Etats-Unis.


 

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