Patrimoine

Les 8 découvertes archéologiques de 2021

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Par Johan Rennotte

2021 fut une année riche en découvertes et en avancées archéologiques. Petit tour du monde des trouvailles les plus importantes dévoilées cette année.

Des traces de pas dans le désert

C’est une découverte qui semble anodine, et qui a pourtant bouleversé ce que l’on pensait sur l’histoire de l’humanité en Amérique. Ces quelques traces de pas, trouvées dans les sables du désert de White Sands, au Nouveau-Mexique, appartiennent à des hommes ou des femmes qui ont vécu il y a 23.000 ans. D’après les archéologues à l’origine de la découverte, c’est bien plus tôt que ce que l’on pensait. En effet, jusqu’ici les traces des premiers humains sur le continent étaient de 7000 ans plus récentes, remettant en question tout ce que l’on sait sur les mouvements migratoires à la Préhistoire.

Mais pour d’autres paléontologues, il s’agit surtout d’un effet d’annonce, car d’autres traces plus anciennes ont déjà été découvertes ailleurs sur le continent. Ce qui rend surtout la découverte exceptionnelle, c’est l’état de conservation des empreintes.

Les plus vieux dromadaires d’Arabie

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Ils ont plus de 7000 ans. Ces 21 dromadaires et ânes sauvages sculptés directement dans la roche du désert d’Al-Jouf, dans le nord de l’Arabie saoudite, ont en réalité été découverts en 2018. Mais ce n’est que cette année qu’ils ont pu être datés plus précisément, et ils sont de 5000 ans plus anciens que ce que l’on pensait initialement, devenant ainsi les plus vieilles représentations connues d’animaux de taille réelle.

Les êtres humains à l’origine de ces œuvres vivaient donc au néolithique, dans un environnement qui ressemblait plus à une savane arborée qu’à l’actuel désert. On pense qu’ils pratiquaient l’élevage et la chasse, la faune locale aurait donc eu pour eux une importance capitale.

Les artistes préhistoriques ont bâti des échafaudages et ont utilisé des matériaux provenant de plus de 15 km pour confectionner leurs outils. Les archéologues pensent que le site devait avoir une importance certaine pour celles et ceux qui vivaient là, car il a été occupé pendant très longtemps et les sculptures ont été plusieurs fois retravaillées.

Un char en parfait état à Pompei

Des éléments métalliques du char parfaitement conservés
Des éléments métalliques du char parfaitement conservés © AFP or licensors

Pompéi a l’habitude des découvertes retentissantes (mais pas toujours si exceptionnelles qu’annoncé). C’est bien simple, il y en a presque toutes les semaines. Entre un fast-food antique, une chambre d’esclaves, des corps de victimes, des fresques préservées, le choix est grand.

Le char de Pompéi

Alors nous avons choisi, et le gagnant est ce char de cérémonie, trouvé en février, qui est dans un état de conservation rare pour un tel objet. Car cette fois, la trouvaille est bel et bien extraordinaire, puisqu’aucun char de la sorte n’avait encore été mis au jour. Avec ses quatre roues et une décoration fine en bronze et en étain, il était utilisé pour les cérémonies uniquement, il ne servait ni aux courses ni au transport ni à la guerre.

Le trésor gaulois de Thuin

Les pièces du trésor de Thuin
Les pièces du trésor de Thuin © ULB

À Thuin, la présence d’une forteresse gauloise (un "oppidum") est connue depuis longtemps. Peut-être un peu trop connue même. Le site archéologique du bois du Grand Bon Dieu est, depuis des années, victime d’un pillage en règle. De nombreux objets signifiant la présence gauloise ont été extraits sans autorisation, et ont probablement fini illégalement dans des collections privées.

C’est pour enrayer le phénomène que des fouilles officielles sont en cours dans le bois, et l’équipe d’archéologues a fait part, cette année, des fabuleuses découvertes qui ont été faites. Parmi elles, la plus spectaculaire est sans doute ce vrai petit trésor de pièces nerviennes en or. Une trouvaille comme il en est rarement fait en Europe.

Une carte de l’âge de bronze

La dalle de Saint-Bélec
La dalle de Saint-Bélec © INRAP

Cette découverte est plutôt une redécouverte. Sorti d’un tumulus en 1900, cet objet mystérieux a été remisé dans une cave durant plus de 100 ans. Retrouvée fortuitement, des scientifiques ont publié les résultats de leur recherche cette année, et sont parvenus à une conclusion : cette pierre est une carte, et probablement la plus vieille d’Europe.

La dalle de Saint-Bélec vient de Bretagne, et a 4000 ans. La pierre est gravée de lignes et de points étranges, qui ont déjà intrigué en 1900. Il ne s’agit ni d’une écriture, ni de décoration, mais bien de tracés de cours d’eau de l’ouest de la Bretagne à l’âge de bronze. Le plus étonnant, c’est que la pierre a également été gravée pour figurer le relief de la région. Elle est donc en 3D ! La cartographie de la terre et du ciel est donc bien une science très ancienne, comme le témoigne aussi le disque de Nebra, contemporain de la dalle de Saint-Bélec, plus ancienne représentation connue du ciel.

Des Vikings et des arbres en Amérique

Les reconstitutions des implantations vikings de Terre-Neuve
Les reconstitutions des implantations vikings de Terre-Neuve © Wolfgang Kaehler/LightRocket via Getty Images

On savait que Christophe Colomb était loin d’être le premier européen à poser le pied sur le continent américain. Les Vikings l’ont précédé bien avant cela, et se sont installés sur les côtes de Terre-Neuve. L’emplacement de leur camp, au lieu-dit L’Anse aux Meadows, est connu depuis des archéologues depuis des années. Ce que l’on savait moins, c’est quand exactement ce campement a été installé. Les estimations dataient l’arrivée des Vikings en Amérique vers l’an mil, à 250 ans près.

Mais grâce aux nouvelles découvertes faites par les scientifiques, on sait désormais très précisément quand ont été bâties les habitations de L’Anse aux Meadows : en 1021. Comment a-t-on fait ? En analysant les rondins de bois utilisés pour la construction. Les rayonnements cosmiques émis par le soleil se marquent en effet dans les cernes des arbres. On sait qu’un rayonnement a eu lieu en 993. Il a donc suffi d’en retrouver la trace dans les échantillons de bois, et compter le nombre de cernes (un cerne = un an) entre la marque de cet événement et l’écorce qui marque la date de coupe de l’arbre. Et le tour est joué. La nature nous indique donc une fois de plus de précieux éléments pour retracer l’histoire humaine.

La plus vieille peinture rupestre au monde

Le sanglier de la grotte de Leang Tedongnge, à Sulawesi
Le sanglier de la grotte de Leang Tedongnge, à Sulawesi © Tous droits réservés

Dans une grotte de l’île de Sulawesi, en Indonésie, un sanglier décore les murs depuis maintenant 45.000 ans. Il s’agit tout simplement de la plus vieille peinture rupestre au monde trouvée à ce jour. Repéré en 2017 par un étudiant en archéologie, l’animal était bien caché. Au beau milieu de la jungle, la cavité qui l’abrite est à une heure de marche de la piste la plus proche, et inaccessible en période de mousson.

Ce n’est qu’en 2021 que les analyses faites sur l’animal en peinture ont été publiées. En étudiant les dépôts présents sur le dessin, les scientifiques ont pu déterminer l’âge minimum du porcin. Mais il se pourrait bien qu’il soit en réalité bien plus vieux qu’il n’y paraît. On espère trouver des fragments d’ADN appartenant aux artistes, hommes ou femmes, pour ainsi dater plus précisément l’exécution de l’œuvre pariétale.

La cité perdue du dieu Aton

Les murs très bien conservés d’Aton
Les murs très bien conservés d’Aton © AFP or licensors

En Égypte, Louxor et ses environs sont souvent sujets à des découvertes retentissantes. Cœur de l’Egypte antique durant des siècles, le site révèle chaque année son lot de surprise. Cette fois, c’est en cherchant le temple funéraire de Toutânkhamon qu’une équipe d’archéologue, menée par le célèbre égyptologue Zahi Hawass, a déterré une ville entière.

Elle aurait été bâtie sous le règne du pharaon Amenhotep III, soit entre -1391 et -1353 avant notre ère, et a donc environ 3500 ans. Elle est également la plus grande agglomération antique jamais trouvée dans le pays. La cité, baptisée Aton, a connu les règnes d’Akhenaton et Toutânkhamon, et s’est donc développée lors de la période qui a vu la prédominance du culte du dieu Aton, dont des mentions ont été retrouvées.

L’excavation a commencé en septembre 2020, et la découverte entière annoncée en avril dernier. Les bâtiments ainsi déterrés sont dans un très bon état de conservation, ce qui fait dire à certains experts qu’Aton n’est ni plus ni moins que l’équivalent de Pompei en Egypte. Les archéologues ont mis au jour des rues entières, trois palais royaux, des quartiers administratifs, des sépultures d’humains et d’animaux, des ateliers et même une boulangerie. Dans maisons contiennent encore des objets usuels en bon état, comme de la vaisselle, des jeux et des poupées d’enfants. Si la découverte est importante (d’aucuns disent même qu’il s’agit de la plus importante depuis l’ouverture de la tombe de Toutânkhamon), c’est surtout parce qu’elle donne un tas de renseignements sur la vie quotidienne à l’époque.

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