Santé physique

Les anticorps thérapeutiques : la médecine de l'avenir ?

Les anticorps thérapeutiques sont la médecine de l'avenir.

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28 juin 2022 à 07:00Temps de lecture2 min
Par RTBF avec AFP

Les anticorps thérapeutiques sont la médecine de l'avenir, mais encore faut-il les produire en Europe, estime Jacques Volckmann, responsable de la recherche et développement France du laboratoire Sanofi.

  • Sanofi, comme beaucoup de laboratoires, a parmi ses traitements commercialisés ou en développement des anticorps thérapeutiques. De quoi s'agit-il?

Pour comprendre l'origine des anticorps, il faut revenir sur la manière dont notre organisme fonctionne. Le système immunitaire possède des cellules spécialisées qui produisent ces grosses molécules : nos anticorps, qui sont des protéines. C'est l'un des moyens de l'organisme pour se défendre contre des agressions, bactériennes ou virales par exemple. Le corps envoie ces petits 'missiles' qui vont bloquer et éviter la propagation d'un virus par exemple.

Depuis une trentaine d'années, on a réussi à fabriquer en laboratoire des anticorps spécifiques. On prend l'ADN de l'anticorps recherché et on le clone dans une cellule de mammifère qui va le produire. L'amélioration des technologies de biologie moléculaire a accompagné le développement de ces techniques. Il y a de nombreuses applications en immunothérapie, en oncologie et en infectiologie.

Depuis quelques années, on peut aussi faire des anticorps multispécifiques: ils peuvent s'accrocher simultanément à plusieurs antigènes impliqués dans la maladie qu'on veut combattre.

Sans oublier les anticorps dits "ADC" (Antibody Drug Conjugates), les anticorps "armés". Dans ce cas, on développe un anticorps qui reconnaît un antigène spécifique d'une cellule tumorale, on lui accroche une molécule anticancéreuse, et l'anticorps va l'amener uniquement là où est la tumeur. Les champs d'application sont immenses.

  • Les anticorps thérapeutiques ont un coût élevé, comment s'explique-t-il?

La production d'une protéine est complexe. On part d'une séquence d'ADN, c'est-à-dire du code génétique de la protéine de l'anticorps. Cette séquence est intégrée dans une cellule de mammifère, on la cultive et les cellules multipliées produiront alors l'anticorps. Ensuite, on purifie cet anticorps, cela donne la matière première active.

Ce sont des processus longs, chers et compliqués, qui utilisent des équipements très spécifiques et onéreux, des milieux de culture chers. Tout cela pour des rendements relativement faibles. Les premières productions avaient un rendement de l'ordre de 0,1 gramme d'anticorps par litre de culture. Maintenant, le rendement est de l'ordre de 1 g, voire 10 g par litre. Avec la même usine, on produit 100 fois plus qu'avant. Dans les dix années qui viennent, il y aura forcément des améliorations sur les rendements.

  • Une très faible proportion des anticorps utilisés en France sont produits dans l'Hexagone. Est-ce un enjeu important?

Dans notre portefeuille de recherche et développement, 70% des projets sont des molécules biologiques, dont une partie significative d'anticorps. Ce n'est pas seulement chez Sanofi. Nous sommes passés en quelques années d'un portefeuille de médicaments produits par la chimie à des molécules biologiques.

Il faut les produire, et donc avoir les capacités de production. C'est un enjeu fort pour la France. Beaucoup des médicaments futurs seront des produits biologiques, or notre maillage de sites de bio-production est moins développé que dans d'autres pays. Si on n'arrive pas à produire ces bio-médicaments, en tout cas au niveau européen, il sera plus compliqué d'avoir accès à eux en cas de crise notamment.

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