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Les arbres, boucliers de nos villes pour faire face aux pics de chaleur et à la pollution

Un Œil sur demain

Climat : Planter des arbres en ville pour limiter la chaleur

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Pollution, épisodes de canicules récurrentes, les habitants des villes ne savent plus où se réfugier l’été lorsqu’il fait chaud, voire étouffant. Pour l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, ces deux facteurs sont à l’origine du décès prématuré de 7 millions de personnes dans le monde. Nos villes belges ne sont pas à l’abri de ce phénomène. Depuis quelques années, elles déploient de gros efforts pour rendre leur environnement plus respirable, particulièrement l’été.

Bruxelles et ses 19 communes apparaissent très vertes, en comparaison avec Paris, grâce à la présence de la forêt de Soignes notamment. Mais ses nombreux parcs, bois de la Cambre, de la Woluwe, Wolvendael, Josaphat sont essentiellement présents dans les communes de la deuxième couronne du centre urbain. A l’intérieur, le centre-ville, son pentagone mais aussi Saint-Gilles, Molenbeek et Anderlecht restent des communes denses et minérales.

Une différence de 5° entre le centre-ville de Bruxelles et ses communes de la 2e couronne un soir de canicule.

Bruxelles Environnement

Un soir de canicule, il peut faire une différence de 5° entre les températures du centre-ville et celle des communes de la 2e couronne. Ce sont les îlots de chaleur qui provoquent ces écarts de température. Julien Ruelle nous a donné rendez-vous Porte de Hal pour nous en parler. Ce chef de service Développement Nature de Bruxelles Environnement, s’attaque, depuis plusieurs années, avec les équipes de Bruxelles environnement à endiguer ce phénomène.

Il nous explique : "Les îlots de chaleurs en ville proviennent du béton, de l’asphalte, et du bitume qui stockent la chaleur pendant la journée et la dégagent pendant la soirée. Ça provoque des problèmes pendant les grands pics de chaleur parce qu’il n’y a plus suffisamment de contrastes entre la nuit et le jour. Les personnes plus sensibles et plus vulnérables subissent, en premier, ces nuits très chaudes car elles ne parviennent plus à se reposer suffisamment."

Les îlots de chaleur se concentrent dans le centre-ville là où les arbres et les parcs sont peu présents. Grâce à la couleur de leur couronne de feuilles, les arbres, eux, réfléchissent une partie de la lumière et procurent de l’ombre. Mieux encore, enchaîne Julien Ruelle : "les arbres vont avoir la capacité d’aller chercher l’eau dans le sol et la relarguer dans l’atmosphère. C’est un phénomène que nous appelons l’évapotranspiration qui permet de réduire la température."

Selon de dernières études scientifiques, le phénomène d’évapotranspiration des forêts aide à maintenir la terre globalement un demi-degré plus fraîche. C’est dire l’importance de ce phénomène.

Croquis Bruxelles Environnement pour la Porte de Ninove

Les pocket parks, les petits parcs pour lutter contre les îlots de chaleur

Plan d’aménagement cour de l’école 1&2 de Saint-Gilles
Plan d’aménagement cour de l’école 1&2 de Saint-Gilles © Tous droits réservés

Revenons aux arbres dans la ville. Des parcs comme celui de la porte de Hal restent des exceptions dans le centre-ville. On compte sur les doigts d’une main, les parcs à l’intérieur du Pentagone de Bruxelles : le Parc royal entre le Parlement et le Château royal, le Botanique et puis rien d’autre. Pour Julien Ruelle, impossible, pour l’instant d’envisager de créer des parcs de grande dimension dans le centre urbain. Mais Bruxelles Environnement pense à d’autres tactiques qu’il nous expose : "Nous comptons multiplier les ‘pocket parks', c’est-à-dire des petits aménagements dans des intérieurs d’îlots ou dans des coins de rue. Ces petits parcs facilement accessibles à la population vont améliorer le cadre de vie et rafraîchir localement l’atmosphère. Une autre option, serait de végétaliser plus systématiquement les toitures plates du centre-ville et de végétaliser les façades. Cette dernière option est moins efficace mais contribue à l’impression d’être dans le vert, dans la nature alors qu’on se trouve en plein cœur de la ville."

 

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Parmi les pocket parks en projet, ceux aménagés dans les cours de récréation des écoles du centre-ville sont les plus ambitieux. À la place d’une cour de récréation dallée ou bitumée cernée par les murs de classes, une série d’écoles du centre-ville de Bruxelles en partenariat avec Bruxelles-Environnement projettent d’installer des mares d’eau, des arbres et du gazon. L’opération baptisée Ré-création a déjà bien avancé à l’école 1-2 de Saint-Gilles. Sa directrice, Alizée Streibel est très fière de nous exposer ce que va devenir la cour de récréation de ses classes de fondamentales : "On est parti des idées des enfants, de leurs envies, de leur besoin pour apporter énormément de verdure. D’ici un an et demi, dans cette cour de récréation sans verdure, on va voir apparaître une petite rivière grâce à deux citernes d’eau de pluie qui se trouvent, sous la cour, des espaces verts, des arbres mais aussi un petit espace ballon parce que les enfants adorent jouer au ballon."

© Tous droits réservés

Des radeaux végétalisés pour réaménager les berges du canal de Bruxelles

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Bruxelles Environnement a également inauguré, il y a quelques semaines dans le port de Bruxelles, des radeaux végétalisés. 224 m² de modules créés à base de fibres de coco et recouverts de plantes d’eau qui vont rendre plus vertes les berges du canal de Bruxelles. L’idée ici est de recréer une biodiversité là où le béton a tout recouvert. Ces radeaux arrimés au ponton du yacht-club de Bruxelles pourraient s’égrener un peu partout le long du canal au centre de Bruxelles et créer des havres de vert le long de l’eau.

Moins de marronniers et plus d’essences d’arbres résistantes à la sécheresse en ville

Bruxelles Environnement travaille main dans la main avec Bruxelles Mobilité pour rendre les boulevards et les espaces urbains plus verts. Pascal Fostier est facilitateur nature et eau de Bruxelles Mobilité. Il nous a fixé rendez-vous Porte de Ninove. Pendant longtemps, cette zone était une friche occupée par des entrepôts d’usine abandonnée. Depuis quelques années, l’endroit a pris un coup de vert. Replantation d’arbres, un parc gazonné, un espace vert au cœur d’une zone complètement bétonnée. Le choix des essences d’arbres n’a pas été de tout repos pour Pascal Fostier : "Nous devons faire un mélange entre des essences d’arbre indigène qui sont particulièrement tolérantes à ces conditions de croissance et des essences d’arbres qui viennent d’ailleurs du sud de l’Europe, des Balkans et qui peuvent tolérer un degré de sécheresse relativement important."

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Les arbres de ville que l’on retrouve porte de Ninove sont les érables, les frênes à fleurs, les tilleuls à grande feuille et le sorbier. Tous ont une tolérance relativement bonne à la sécheresse. Pas de marronniers parmi tous ces arbres alors qu’il était omniprésent en ville depuis plus d’un siècle. Pascal Fostier nous explique pourquoi : " Historiquement, Bruxelles a été plantée d’énormément de marronniers dans les grands boulevards sous l’impulsion de Leopold II. Le marronnier est un arbre qui vient des Balkans. Malheureusement, il a une résistance relativement restreinte à la sécheresse et à d’autres facteurs de croissance en ville comme la pollution. Il ne résiste pas très bien non plus aux élagages nécessaires pour permettre le passage des voitures ou des camions. Il souffre de plusieurs maladies dont la présence de champignons microscopiques qui ont attaqué ses racines ainsi qu’une larve de lépidoptère appelée mineuse du marronnier qui lui mange les feuilles. "

Le travail combiné de Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité est très loin d’être terminé. Mais on en voit déjà les résultats en différents endroits de notre pentagone.

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