Belgique

Les autoroutes wallonnes dans le noir : pour la sécurité, "ça a aussi des avantages" avance Benoït Godart

L'invité dans l'actu est Benoit Godart

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20 sept. 2022 à 09:44Temps de lecture5 min
Par L'invité dans l'Actu de Sophie Brems

L’interrupteur a été coupé cette nuit pour une partie des autoroutes wallonnes, de Liège à Verviers jusqu’à Bastogne. Ce mardi soir, ce sera au tour du centre de la Wallonie, et mercredi soir, le Hainaut. Une décision prise par souci d’économie. Gain de l’opération : 400.000€. Mais tous les tronçons ne seront pas concernés. Un compromis à la belge puisque si la berme centrale est un endroit facile à éteindre, le conducteur va en ligne droite, les zones dites de conflit, où l’on tourne, comme les entrées et les sorties, les autorités ont décidé de les laisser allumées.

Eteindre là où c’est rectiligne, et laisser allumé à un niveau minimum là où il y a des entrées et des sorties, suffisamment pour que le conducteur puisse anticiper ce qu’il s’y passe.

Quid du risque

Avoir moins de lumière signifie-t-il moins de sécurité ? Pour Benoît Godart, porte-parole de l’institut Vias, des autoroutes partiellement éteintes la nuit cela représente à la fois des avantages et des inconvénients. "Les études menées à l’étranger montrent que les inconvénients sont assez logiques. Pour certains conducteurs, la conduite est plus pénible. On a un champ de vision qui est plus réduit, donc c’est plus difficile, par exemple, de voir quelqu’un qui freine très fort sur la première bande ou qui est arrêté en cas de panne. Mais par contre, il y a aussi des avantages. Par exemple, certains conducteurs ont tendance à rouler moins vite parce qu’ils se sentent moins à l’aise, ce qui est assez logique puisqu’on n’a pas l’habitude en Belgique de conduire dans la pénombre totale. Il y a aussi une meilleure concentration. Donc, grosso modo, on peut dire que les avantages contrebalancent les inconvénients. On ne s’attend donc pas, dans les mois qui viennent, à une détérioration de la sécurité routière parce qu’on a éteint sur les autoroutes."

Et d’ajouter qu’heureusement les échangeurs, eux, resteront néanmoins éclairés. "Il faut savoir qu’en Belgique, un accident sur autoroute sur trois se passe à proximité d’une entrée, d’une sortie ou d’un échangeur. C’est donc particulièrement important de laisser ces endroits éclairés. Ça présente aussi un double avantage au niveau sécurité, ce qui est logique, mais en plus, en alternant les tronçons non éclairés et éclairés, on maintient un niveau de vigilance accru. C’est donc nettement mieux et c’est assez indispensable sur nos autoroutes. On a un réseau très dense en Belgique, il faut savoir qu’on a 52 kilomètres d’autoroute par 1000 kilomètres carrés alors que la moyenne européenne est de 15. On a donc un réseau qui est trois fois plus dense et c’est la raison pour laquelle c’est particulièrement important de laisser ces endroits éclairés."

L’exemple de la Flandre

Si l’initiative est nouvelle en Wallonie, il faut quand même savoir que la Flandre est passée à éteindre les autoroutes depuis 2011. Et selon les statistiques, entre 2011 et 2021 le taux d’accidents sur autoroute de nuit, a légèrement diminué, passant de 19% à 18%. De là à dire qu’il n’y aurait donc pas de lien entre moins d’éclairage sur les autoroutes et le fait d’avoir plus d’accidents… Il y a un pas que Benoît Godart franchit allègrement : "Non, il n’y a pas de lien à partir du moment où on laisse les endroits dangereux allumés. La nuit, malheureusement, il y a bien d’autres facteurs, tels que la vitesse, l’alcool au volant ou la fatigue, qui jouent un rôle par rapport à la lumière, qui n’est pas un facteur pertinent dans de très nombreux accidents."

Une économie symbolique

Reste la question du gain annoncé par cette mesure. 400.000 euros, une somme dérisoire par rapport aux frais que peut susciter un accident quand il faut appeler ambulance, pompiers ou encore d’autres personnes sur les lieux. Une économie symbolique reconnaît Benoît Godart : "Oui, c’est vrai, on est plutôt dans l’ordre de la symbolique, puisque la Région wallonne avait quand même investi pas mal pour un réseau de lampes qui sont des lampes intelligentes que l’on peut ajuster en fonction de plein d’autres critères. Et aujourd’hui, les lampes LED consomment quatre fois moins que les lampes d’il y a quelques années. Maintenant, oui, c’est clair que nous avons calculé l’an dernier que lorsqu’il y a une vie humaine qui est perdue dans un accident de la route, ça coûte à la société environ sept millions. Et lors d’un accident grave, on est à un million pour divers frais : les frais liés au coût humain, bien entendu, à la perte de revenus pour le travail, etc. Ce sont donc des coûts qui sont conséquents et il faut évidemment mettre ça dans la balance."

Et ensuite ?

Le réseau secondaire pourrait-il emboîter le pas ? Pour le porte-parole de VIAS, la situation est évidemment différente, ne serait-ce qu’en termes de longueur, puisque vous avez 860 kilomètres d’autoroutes en Wallonie, mais 6860 kilomètres de routes régionales : "On n’est donc pas dans les mêmes proportions. Ça, c’est une première chose. Deuxième chose : là où sur les autoroutes vous n’avez aucun risque de rencontrer des usagers vulnérables, sur les routes régionales ou les autres routes également, ce risque existe bel et bien, d’avoir un cycliste qui rentre du travail assez tard le soir ou qui va au contraire travailler très tôt le matin. Et troisième chose : là où vous avez très peu de risques d’avoir des accidents frontaux sur autoroute, à moins d’un conducteur fantôme — ce sont les accidents les plus graves — ce risque existe sur les routes régionales et sur les autres routes. La situation n’est donc pas la même et il faudra vraiment peser le pour et le contre avant de prendre la même décision."

Un éclairage beaucoup plus important et nécessaire sur le réseau secondaire pour justement voir mieux et parce que c’est moins en ligne droite qu’une autoroute.

Et sur la question de la manière d’adapter la conduite à cette réforme de l’éclairage de nuit sur autoroute, Benoît Godart est très clair : "Certainement de ne pas regarder les feux lumineux dans le sens inverse parce que ça peut perturber votre vision. Et idem pour les voitures qui sont derrière, qui pourraient être une source de distraction. Donc, vraiment, il est conseillé de détourner les yeux des lumières dérangeantes. Ça, c’est une première chose. Et deuxième chose, évidemment, ça peut paraître un peu basique, mais il faut garder les phares en bon état. En bon état, ça veut dire les laver de temps en temps, parce qu’on arrive en automne, les routes sont grasses, poussiéreuses et il y a plein de saletés qui peuvent se mettre sous vos phares, et vous avez besoin de phares à 100% en état. Il faut aussi garder le pare-brise bien propre parce que s’il est sale, la nuit, lorsque vous conduisez sans lampe ou que vous avez votre regard attiré sur toutes ces petites saletés, ça peut vous distraire et être dérangeant. Ce sont surtout ça, les conseils que l’on peut donner."

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