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Les Barons (Nabil Ben Yadir), cette comédie qui a marqué le cinéma belge sans avoir l'air d'y toucher

Les 4 barons de Nabil Ben Yadir
25 mars 2022 à 09:00Temps de lecture3 min
Par Margot Dubuisson

Le nouveau film du réalisateur Nabil Ben Yadir vient de sortir. Animals s’inspire du meurtre d’Ihsane Jarfi, un acte homophobe commis à Liège en 2012. Un film d’ores et déjà qualifié de dérangeant voire d’insoutenable. Loin des scènes ultra-violentes d’Animals, le premier film de Nabil Ben Yadir, Les Barons (2009), avait déjà reçu une pluie de belles critiques lors de sa sortie et marqué le cinéma belge de son empreinte.

Dans Les barons, on fait la rencontre de 4 jeunes de Molenbeek-saint-Jean, l’une des 19 communes de Bruxelles. Hassan, Mounir, Aziz et Franck passent leurs journées à glander (pour ne pas le dire autrement), et à arranger des petites combines. Et cela semble leur convenir plutôt bien. Tout cela sous les regards désapprobateurs de leurs aînés, dont la génération est habituée à travailler depuis toujours.

Parmi nos 4 acolytes, Hassan se plaît à imaginer un autre futur, un quotidien fait d’humour et de one-man-show comique. Il aimerait beaucoup monter sur les planches du cabaret du coin, mais il anticipe déjà l’hostilité de son paternel vis-à-vis de cette idée bien saugrenue pour un jeune de son quartier.

Dès sa sortie au cinéma en 2009, le film Les Barons est acclamé. Au-delà du caractère belge du film, ce qui est souligné et salué, c’est son ancrage bruxellois. Les 4 acteurs principaux se fondent dans les rues de Molenbeek et Bruxelles comme s’ils y avaient vécu toute leur vie. Ce qui, soit dit en passant, est le cas pour plusieurs des acteurs présents au casting. 

Les références à la Belgique et sa capitale sont nombreuses. Le casting est d’ailleurs largement belge : Mourade Zeguendi, Mounir Ait Hamou, Virginie Eifira, Jan Decleir (connu pour son rôle dans le film Daens) s'y sont, entre autres, donné la réplique.

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Utiliser le réel comme terrain de jeu

Également salué par la critique, le très grand réalisme des Barons. Loin d’être romancé, le film, qui se veut comique, nous fait voir des scènes qui pourraient tout à fait se produire à Molenbeek. Les acteurs sont terriblement bons – Mounir Ait Hamou avait d’ailleurs été nommé dans la catégorie Meilleur acteur des Magritte du cinéma 2010 pour sa remarquable performance.

On sent dans les films de Nadil Ben Yadir une volonté marquée d’utiliser le réel comme terrain de jeu. Le réalisateur expliquait d’ailleurs, dans une interview accordée en 2016, qu’il ne "voulait pas faire de film gratuit". "Je veux faire des films qui racontent la société dans laquelle on vit", expliquait-il alors.

Avant d’être réalisateur, Nabil Ben Yadir a connu la vie d’ouvrier et ce qu’elle impliquait, notamment le travail à la chaîne. Ainsi, il est important pour lui de ne pas "refaire la même pièce". Comprenez par là : jamais deux fois le même film. Pas étonnant donc que dans la filmographie de Ben Yadir, une comédie comme Les barons côtoie un film beaucoup plus sombre, tel Animals qui vient tout juste de sortir.

Certes, le film Les barons n'est pas celui qui nous vient directement en tête lorsqu'on pense au cinéma belge. À côté des monuments comme "C’est arrivé près de chez vous" ou "Rosetta", il peut être difficile de rivaliser. Il n’empêche… C’est bien ce film qui, en 2017, avait été projeté lors de la soirée d’ouverture des "50 ans de cinéma belge", à Flagey. Et son réalisateur qui avait été invité pour en parler. Une année entière consacrée au cinéma belge, inaugurée par Nabil ben Yadir et ses "Barons".

Rien d’étonnant à cela : son film rassemble tous les ingrédients d’un film viscéralement belge. On découvre Bruxelles et ses différents quartiers sous un angle rarement visité ou connu, très loin de la capitale touristique qu’on nous dépeint généralement. Exit la Grand Place, l’Atomium ou encore le Palais royal. Ben Yadir nous propose une magnifique fresque bruxelloise, dans laquelle Molenbeek se défait de ces images qui lui collent trop souvent à la peau : celle du racisme, des contrôles de police, ou du terrorisme.

Le réalisateur, qui souhaitait avec son film faire "parler de Molenbeek dans les pages Culture des quotidiens", a très certainement réussi son pari.

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