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Belgique

Les cabinets de consultance prennent-ils le contrôle de l’état ?

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"Les infiltrés - Comment les cabinets de conseil ont pris le contrôle de l'État"

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Les sociétés de consultances sont omniprésentes dans le secteur privé mais aussi, de plus en plus, dans le secteur public. En viennent-elles pour autant à modeler les décisions politiques, tout en ne devant rendre aucun compte démocratique ? Déclic s’est penché sur la question.

" Les infiltrés "

Au départ, un livre réalisé par 2 journalistes français Caroline Michel-Aguirre et Matthieu Aron qui s’intitule " les infiltrés " avec un sous-titre interpelant : " comment les cabinets de conseil ont pris le contrôle de l’état ". Caroline Michel-Aguirre explique le point de départ de cette enquête menée en France : " à l’occasion de la pandémie, on a découvert que le cabinet Mc Kinsey avait conseillé l’Etat français pour sa politique vaccinale… ça nous a interpelé. Du coup on a voulu savoir combien l’Etat français dépensait chaque année en cabinet de conseil et on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de chiffre ". En compilant les chiffres de plusieurs sources, les deux journalistes aboutissent au chiffre estimé d’un milliard et demi d’euros dans le périmètre le plus restreint… mais estiment que l’on peut monter à plus de 3 milliards si l’on englobe aussi toute la fonction publique et les collectivités territoriales.

Ces chiffres, ne sont compilés officiellement nulle part. " La ministre française de la fonction publique n’avait aucune idée du montant octroyé à ces sociétés de consultance, explique encore Caroline Michel-Aguirre et elle sous-évaluait largement le phénomène, parlant de 140 millions € ". En Belgique, il n’y a pas non plus de données agrégées sur le sujet. La cour des comptes, consultée pour Déclic, n’a jamais fait d’étude spécifique et complète sur le sujet.

Un putsch rampant ?

Pour Matthieu Aron, il y a dans ce recours de plus en plus large aux consultants une menace pour la démocratie. " Lors des élections, aucun électeur n’est amené à voter pour un cabinet de conseil. Or, dans notre enquête nous nous sommes rendu compte que leur travail était extraordinairement stratégique. Il s’est agi, pour des dizaines de millions, de donner des conseils pour la réorganisation des hôpitaux français, des bases militaires…ou d’accompagner les Etats généraux de la justice, on parle bien de conseils ultra-stratégiques, or les cabinets de conseil d’apparaissent nulle-part dans les rapports des ministères ".

En Belgique, on sait par exemple que les consultants (Mc Kinsey, Roland Berger, Deloitte EY…) ont été largement sollicité durant la crise sanitaire. Le Soir avait chiffré à plus de 10 Millions les contrats passés avec diverses sociétés de conseil, par les différents niveaux de pouvoir. Néanmoins, la professeure en Management Public de l’ULB Marie Gorranson tient à mettre un peu de nuance dans le procès fait à ces consultants : " on leur reproche en général de venir se substituer à l’administration publique. Or, souvent, les sociétés de consultance sont mobilisées dans des situations d’urgence ou dans des domaines d’expertise très particuliers pour lesquels l’administration n’a pas forcément de ressource.  Ils peuvent aussi apporter des connaissances internationales bien utiles du fait qu’ils interviennent dans de nombreux pays où ils ont pu accumuler des expériences dans la gestion de situations similaires, ça peut être une aide très précieuse à la décision politique ".

Il n’en reste pas moins que le recours de plus en plus régulier et coûteux à ces sociétés de conseil, y compris par les gouvernements eux-mêmes, mériterait sans doute un peu plus de transparence et de débat démocratique.

Cet article ne relate qu’une partie d’une séquence bien plus complète de l’émission Déclic, à retrouver en intégralité ci-dessus.

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