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Les centrales nucléaires belges, dépendantes de l'uranium russe ?

De l'uranium russe dans nos réacteurs

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27 juin 2022 à 04:00 - mise à jour 28 juin 2022 à 05:39Temps de lecture2 min
Par Benoît Feyt avec Maurizio Sadutto

D’ici 2027, l’Union européenne devra être capable de se passer totalement du pétrole et du gaz russes dont nous sommes pour l’instant profondément dépendants. C’est en tout cas l’objectif du plan REPowerEU, présenté récemment par la Commission européenne.

Cela sera-t-il cependant suffisant pour nous libérer totalement de notre dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie ? Une autre énergie que le pétrole ou le gaz, dont nous dépendons également, provient en partie de Russie. Le Scan s'est penché sur la question en s'intéressant plus particulièrement à l'approvisionnement de nos centrales nucléaires.

État des lieux

En Belgique, nous disposons actuellement de deux centrales nucléaires, l'une à Doel et l’autre à Tihange. Ces centrales fonctionneront au moins jusqu’en 2025. Pour les faire fonctionner, il faut évidemment du combustible, et ce combustible c’est l’Uranium.

Ce métal lourd, à la toxicité élevée due à une radioactivité intense, est indispensable à l'industrie nucléaire.

Un dernier stock d’Uranium vient justement d’être livré à nos centrales de Doel et de Tihange pour leur permettre de tourner jusqu’en 2025. Mais d’où vient cet Uranium ? C’est la question que nous avons posée à notre ministre de l’Energie.

Tinne Van der Straeten, ministre fédérale Groen de l'Energie : "L’énergie aujourd’hui est utilisée comme une arme par Poutine. Il faut donc le désarmer."

"20% de la Russie, 20% du Kazakhstan. Ça veut dire au total quand même 40% de l’importation de l’Uranium qui provient des pays qui sont liés à la Russie ou la Russie elle-même. Il est clair et certain qu’il faut augmenter notre indépendance. L’énergie aujourd’hui est utilisée comme une arme par Poutine. Il faut donc le désarmer."

Car il s'agit avant tout d'une décision à caractère géostratégique et politique. L'approvisionnement en énergie est un levier puissant actionné par la Russie dans le contexte actuel de guerre, et ne plus devoir en dépendre est devenu une priorité partout en Europe.

40% de l'Uranium qui alimente nos centrales nucléaires provient actuellement de la Russie ou son partenaire commercial, le Kazakhstan.
40% de l'Uranium qui alimente nos centrales nucléaires provient actuellement de la Russie ou son partenaire commercial, le Kazakhstan. © RTBF

Actuellement la Belgique importe donc 20% d’Uranium russe et 20% d’Uranium kazakh pour alimenter ses centrales nucléaires. A propos du Kazakhstan, ce pays entretient des liens étroits avec Moscou, à tel point que son Uranium a été vendu à destination de nos centrales nucléaires par une filiale de Rosatom, l’agence atomique russe. Notre énergie atomique semble donc elle aussi en partie dépendante de la Russie.

Initialement, il était prévu de fermer nos centrales nucléaires en 2025. Mais deux réacteurs, Doel 4 et Tihange 3, pourraient continuer à fonctionner jusqu’en 2035. Et pour cela, ils auront besoin d’un nouveau stock d’Uranium.

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Une véritable dépendance ?

Mais pourra-t-on se passer d’Uranium russe ou même kazakh à ce moment-là ? C’est la question que nous avons posée à un expert en géopolitique de l’énergie, Adel El Gammal, professeur en géopolitique de l'énergie.

Adel El Gammal, professeur en géopolitique de l'énergie à l'Université Libre de Bruxelles : "Il n’y a aucune raison objective, a priori, d’avoir peur d’une dépendance russe par rapport à ces minerais."

"C’est une ressource qui est assez abondante, et qui se trouve de manière plutôt éparpillée, on en trouve un petit peu partout, y compris dans des pays stables et ‘démocratiquement amis’. Donc, il n’y a aucune raison objective, a priori, d’avoir peur d’une dépendance russe par rapport à ces minerais."

En conclusion, on dira qu’il n’y a pas de réelle dépendance à la Russie pour alimenter nos centrales nucléaires. 

Pour l’horizon 2025, nos stocks sont pleins, et pour l’horizon 2035, il sera toujours temps de trouver des approvisionnements alternatifs.

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