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Les chiens du Covid: "Un problème d'autonomie et de sociabilité"

Yuki, chien anxieux d'une famille
26 avr. 2021 à 07:43Temps de lecture3 min
Par Jérôme Koninckx (St.)

Le confinement a apporté son lot de problèmes aux humains, mais également aux animaux dont ceux de notre foyer. De nombreux chiens adoptés en confinement développent des troubles de l’attachement et de sociabilité s’exprimant sous de multiples formes : aboiements, pleurs, agressivité… Des comportements qui résultent d’une anxiété problématique.

Comme les humains, les animaux aussi peuvent développer des troubles psychologiques liés à des états émotionnels : anxiété, stress, phobie et même dépression. À côté de ça, il existe également des troubles psychiatriques, plus graves et, heureusement, plus rares, qui résultent parfois de pathologies. Le chien peut notamment développer une sorte de schizophrénie pouvant le rendre dangereux.

Joëlle Hofmans est vétérinaire comportementaliste, une sorte de psychologue pour animaux; elle explique la manière dont ces troubles peuvent s’illustrer: “Il y a des symptômes physiques extérieurs: le chien se met à saliver, trembler, bailler, se lécher le nez… Dans sa posture aussi : il présente des attitudes de retrait en détournant la tête, il se cache, met la queue entre les jambes. Ensuite, il existe des modifications comportementales; par exemple, le chien qui a peur peut user de trois stratégies : la fuite, l’agressivité, ou l’immobilisation. Tous les chiens peuvent utiliser les trois stratégies mais ils ne vont pas systématiquement le faire, ça dépend des individus. C’est pour cela qu’il faut venir en consultation pour déterminer le problème et trouver des méthodes adaptées pour le résoudre.”

Les origines de ces problèmes sont multiples : traumatisme, trouble du développement, pathologie… Pour ne citer qu’un exemple, un chien qui aura grandi dans un hangar isolé, sans contact avec le monde extérieur, risque très certainement de développer des troubles psychologiques d’anxiété et de stress. La vue de voitures ou de nouvelles personnes lui sera tout bonnement insupportable selon Joëlle Hofmans.

 

Tout se joue dans les premiers mois de vie du chien, avant sa puberté

Bien que des traumatismes peuvent surgir tout au long de la vie du chien, ce sont les premiers mois de vie qui sont les plus décisifs dans son développement psychologique. Plus précisément, c’est juste avant qu’il atteigne sa puberté, qui se situe généralement entre 6 mois et 1 an en fonction de sa taille. Par conséquent, les chiots qui ont grandi durant le confinement, et n’ont connu que cette situation, développent des troubles émotionnels très spécifiques : “Deux problèmes majeurs : manque de socialisation et d’autonomie. Dans le premier cas, puisque nous sommes confinés, le chien voit peu de personnes différentes dans des contextes agréables. En matière de socialisation donc, ces chiots-là développent un symptôme de privation. C’est-à-dire qu’à la vue de nouvelles personnes, ils ont peur et peuvent réagir mal en fuyant ou en agressant. Ensuite, au niveau de l’autonomie, ils développent un trouble de l’hyper-attachement puisqu’ils ont presque toujours été avec leur maître, confinés à la maison. C’est problématique car ces chiens ne peuvent pas vivre sans leur maître. S’ils se retrouvent seuls à la maison ou dans une pièce, ils vont gémir, aboyer, détruire, ce qui peut engendrer des problèmes avec les voisins. C’est pour ça que l’autonomisation doit être réalisée.”

Pour résoudre ces troubles psychologiques, il existe des astuces. Pour l’hyper-attachement, Joëlle Hofmans préconise une méthode assez triviale, mais pourtant essentielle: laisser son chien dans une pièce seul, et tous les jours : Généralement, ça se fait naturellement lorsque l’on possède un chien; mais avec le confinement, c’est un réel effort qui doit être réalisé. Si le chien se met à gémir, aboyer et fondre en larmes, il ne faut pas s’en inquiéter. Il est chez vous, dans un lieu sécurisé: il ne risque rien. Si vous réagissez à chacune de ses attitudes, ça le confortera dans son état de détresse et il associera le fait de pleurer avec vos câlins, ce qui est contre-productif dans la résolution du problème d’autonomisation. Et enfin, avec le temps, le maître doit quitter la maison pour que le chien puisse s’habituer à cette absence. Pour éviter la panique, laisser de l’eau, le panier de chien et des jouets dans la pièce où il restera seul, de sorte qu’il puisse passer le temps gentiment et calmement.”

Joëlle Hofmans se veut rassurante vis-à-vis de ces états émotionnels d’anxiété, stress et peur. Ils sont assez fréquents et se règlent généralement facilement. De plus, il ne faut pas paniquer si votre animal de compagnie présente un de ces symptômes puisque certains comportements sont normaux et peuvent simplement résulter d’un manque de dressage.

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