Economie

Les compagnies aériennes low cost n’ont pas "tué" la Sabena, mais elles ont un peu aidé

C'était il y a 20 ans. Le 7 novembre 2001, le tribunal de commerce de Bruxelles prononçait la faillite de la Sabena. Quelques semaines après les attentats contre les tours jumelles à New York. Depuis, le monde du transport aérien a évolué en profondeur. Ce qu'il faut sans doute retenir de ces deux décennies, c'est l'essor du low cost.

Dans notre imaginaire collectif, il porte un nom : Ryanair. La compagnie aérienne irlandaise a été fondée au milieu des années 80 mais, en réalité, le modèle du transport aérien à bas coûts est né bien plus tôt, en l'occurrence, dans les années 1970 aux États-Unis. 

Elle a déstabilisé une grande partie du transport aérien

"On peut considérer que le déclic, explique Jean Collard, spécialiste du transport aérien, c'est la crise pétrolière à partir de 1973. Elle a déstabilisé une grande partie du transport aérien avec l'explosion des prix du pétrole. Quelques années plus tard, aux Etats-Unis, la présidence de Ronald Reagan a dérégulé tout le secteur et a permis aux compagnies non traditionnelles de démarrer sur des structures beaucoup plus légères que des compagnies célèbres comme Panam ou TWA. Et cela a permis la naissance d'une grande société comme Southwest."

Le rôle de Michael O'Leary

Et c'est là, chez Southwest, qu'un certain Michael O'Leary, l'emblématique patron de Ryanair, va faire un stage. Il va revenir en Irlande avec la conviction que le modèle low cost peut être importé en Europe. Déficitaire au début des années 90, Ryanair va adopter ce modèle.

Mais les débuts sont modestes. "Au début des années 90, raconte Jean Collard, Michael O'Leary a mis en place la structure Ryanair. Il a commencé à développer la compagnie avec quelques milliers de passagers par an en partant avec un 737 200 sur lequel il faisait de la publicité pour réduire encore ses coûts. Et au fur et à mesure, évidemment, que les coûts baissaient, et donc les prix des billets d'avion, il y eut de plus en plus de passagers."

Pendant ce temps-là, Ryanair grappillait des parts de marché

"Les compagnies traditionnelles ont toujours fait la sourde oreille à ce genre de modèle économique. Pendant ce temps-là, Ryanair grappillait des parts de marché dans des régions où les sociétés traditionnelles n'étaient pas présentes, c'est-à-dire dans des petites régions où les politiques locales étaient particulièrement sensibles au développement économique de leur zone. L'aéroport de Charleroi est un bon exemple, il y en a plein d'autres, Carcassonne en France, Eindhoven aux Pays-Bas, etc.

L'essor du low cost a-t-il tué la Sabena?

Pas directement. Il y a en réalité pas mal d'autres raisons, parfois un peu compliquées aussi, qui expliquent la déconfiture de la Sabena. Mais ce qui est certain, c'est que la concurrence des compagnies aériennes à bas coûts a affaibli toutes les compagnies aériennes traditionnelles, donc aussi la Sabena.

Et puis, il y a eu, le 11 septembre 2001, l'attentat contre les tours jumelles à New York. "La Sabena était une sorte de flagship, d'étendard de la Belgique à travers le monde, souligne Jean Collard, et, pendant des années, les autorités belges ont accepté de combler les pertes permanentes de la société, qui volait sur les États-Unis en ayant des pertes, qui volait sur l'Europe en ayant des pertes. Seul le réseau africain de la Sabena était vraiment rentable. Il était inévitable que, dans une situation financière aussi précaire, la Sabena disparaisse des radars après les attentats du septembre 2001."

Le triomphe des transporteurs low cost

Sur les cinq premières compagnies européennes en 2021, trois sont des low cost (Ryanair, Easyjet et Turkisch Airlines que Jean Collard place aussi dans cette catégorie). Leur succès est tel, et pas seulement en Europe d'ailleurs, que les compagnies aériennes traditionnelles - c'est le cas, par exemple, de Lufthansa (avec Eurowings) ou encore d'Air France (avec Transavia) développent leur propre réseau à bas coûts.

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