Coronavirus

Les Convois dits "de la liberté" moins liés aux revendications sanitaires qu'"aux conditions d’existence des personnes"

L'invité dans l'actu

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14 févr. 2022 à 11:18Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck d'après l'invité dans l'actu d'Aline Goncalves

Après le Canada, Paris ou encore La Haye, le mouvement dit des "Convois de la liberté" a choisi Bruxelles pour manifester ce lundi. Malgré l’interdiction des autorités belges, ce mouvement devrait arriver dans la capitale aux alentours de 14 heures. Alors, qui participe à ce convoi ? Comment expliquer cet effet tache d’huile depuis le Canada ?

D’après Bruno Frère, sociologue à l’ULiège, spécialiste du militantisme et des mouvements sociaux, il n’est pas aisé d’esquisser un portrait type des participants des Convois dits de la liberté. Néanmoins, deux profils semblent se dégager.

Deux profils

Tout d’abord un profil de personnes qui ressemble à celui présent dans les premiers convois canadiens. "A savoir des personnes qui sont généralement des petits indépendants, des entrepreneurs, des camionneurs principalement. Qui sont en voie de précarisation, qui voient leurs conditions de vie se dégrader, qui estimaient appartenir aux classes moyennes et qui comprennent que c’est aujourd’hui de moins en moins souvent le cas", analyse le sociologue.

Ensuite, on retrouve probablement les manifestants des autres marches contre les mesures sanitaires qui ont eu lieu en Belgique. D’après Bruno Frère, il s’agit alors de profils beaucoup plus variés mais "qui sont là pour militer pour leurs libertés individuelles, pour leurs droits à la mobilité et potentiellement contre les vaccins".

La précarité en toile de fond

Cependant, une différence demeurerait entre les Convois dits "de la liberté" et les précédentes manifestations contre les mesures sanitaires : le coronavirus n’est désormais plus au cœur de l’action.

"Je pense que dans les convois pour la liberté, vous avez peut-être des revendications qui se rapprochent de celles des gilets jaunes à l’époque et qui sont moins des revendications directement sanitaires – qu’on pourrait également rapprocher d’un certain complotisme ou d’un certain 'trumpisme' -, que des manifestations qui, réellement, concernent les conditions d’existence des personnes."

Comme l’explique Bruno Frère, la crise sanitaire a contribué à précariser certains emplois, à plonger certaines personnes dans la pauvreté. "Quand vous êtes camionneur, par exemple, et que vous travaillez de vos déplacements et que ces déplacements sont empêchés par toute une série de mesures, la vie se complexifie."

D’après le sociologue, ce genre de mobilisations pourraient bien se redéployer à l’avenir, même si les restrictions sanitaires venaient à disparaître. "Même quand le CST aura disparu et que ces questions d’obligation vaccinale seront loin derrière, ce genre de mobilisations perdurera dans le temps, tout simplement parce qu’on constate qu’une partie de ce qu’on appelle les classes moyennes se précarise."

La tache d’huile

Enfin, comment expliquer la mondialisation du mouvement ? Pour rappel, la mobilisation est née au Canada suite aux protestations de camionneurs contre l’obligation d’être vaccinés pour passer la frontière entre le Canada et les États-Unis. De fil en aiguille, le mouvement a évolué vers des revendications plus étendues, du refus des mesures sanitaires jusqu’au rejet du gouvernement de Justin Trudeau.

Aujourd’hui, le mouvement fait tache d’huile à l’international et les Convois dits "de la liberté" se font entendre de Paris jusqu’en Nouvelle-Zélande.

Ce genre de phénomène s’explique tout d’abord parce que mouvements sociaux se mondialisent relativement vite. Mais surtout, les Convois dits "de la liberté" jouissent des réseaux sociaux pour se dupliquer.

Les réseaux sociaux sont vraiment le vecteur de mobilisation important et j’aurais tendance à dire pour le meilleur et pour le pire

"Les personnes connectées peuvent évidemment très facilement s’organiser et improviser l’imitation d’un mouvement né au Canada, en Belgique ou en Nouvelle-Zélande. Et c’est un phénomène qui est notable depuis les printemps arabes, et même déjà avant."

"Ici, les réseaux sociaux sont vraiment le vecteur de mobilisation important et j’aurais tendance à dire pour le meilleur et pour le pire. Dans le cas des printemps arabes, vous aviez des mouvements profondément démocratiques. Dans le cas de l’invasion du Capitole, vous êtes sur quelque chose de beaucoup plus réactionnaire. Mais tout ça passe évidemment par les réseaux sociaux", conclut le sociologue.

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