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Les coulisses du pouvoir : 2029, l’année du curling dans le désert ?

Les coulisses du pouvoir

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05 oct. 2022 à 06:39Temps de lecture3 min
Par Nicolas Vandenschrick

Les Jeux d’hiver 2029 ont été attribués… À l’Arabie saoudite. Cette annonce faite hier n’a pas tardé à faire le tour des réseaux sociaux et des sites d’info.

D’abord, précisions utiles, les Jeux Asiatiques d’Hiver ne sont pas les Jeux Olympiques d’hiver. La première édition s’est tenue au Japon (Sapporo, 1986) puis au Japon (Sapporo, 1990) puis en Chine, en Corée du Sud, puis au Japon, puis en Chine et au Kazakhstan, puis au Japon, encore une fois (Sapporo III, 2017) Pourquoi cette énumération ? Car c’est là un des nœuds de cette décision. Aucun pays d’Asie ne se précipite pour organiser cette compétition qui n’a plus eu lieu depuis 12 ans.

L’Arabie saoudite a donc vu sa candidature accueillie avec le sourire. À elle d’organiser du ski au hockey, en passant par le patinage, une cinquantaine d’épreuves. 19 sur glace. 28 dans la neige.

Tout schuss dans le désert ?

Le lieu choisi ne manque pas d’étonner. Trojena, en Arabie saoudite, se situe en face du golfe d’Aqaba. En plein désert montagneux, dans un site pas encore construit. L’hiver y est plutôt doux, mais sur les sommets il n’est pas exclu d’y croiser quelques flocons. Et c’est bien là tout la nature du débat qui agite la toile, faut-il organiser ce genre de compétition dans un pays qui ne jouit pas d’un véritable climat de sport d’hiver ? Le tout, alors que la planète s’apprête à regarder (ou pas) une coupe du monde, en hiver au Qatar.

Il convient d’admettre qu’en ce qui concerne la logique écologique d’implantation des infrastructures sportive, nos pays comptent leurs lots de piscine tropicale, de patinoire, de pistes de ski indoor… Bref, personne n’a attendu d’avoir un terrain plat pour construire un stade de foot. Mais ce sont des infrastructures collectives, issue – pour la plupart – d’une époque où la performance énergétique était loin d’être une préoccupation.

Et puis, rétorqueront d’autre voix, The Line, le bâtiment que l’Arabie saoudite envisage de construire tient plus de la mégapole que du village olympique traditionnel. Façades en miroir, lac d’eau douce, neige toute l’année…

Le projet pharaonique ne manque pas de détracteurs, architecte et ingénieur y compris. Et l’on peut déjà craindre, qu’à l’exemple du Qatar, la construction de la ville futuriste – Neom c’est son nom – et de son Line consomme autant de mètres cubes de béton que de vies sacrifiées d’ouvrier-esclaves.

Dans un passé pas si lointain, des Jeux Olympiques d’hiver se sont tenus à Sotchi (Russie, 2014). Dans un climat subtropical, plus propice aux agrumes qu’au remonte-pente. En Corée du Sud, autre édition des JO d’hiver, 90% de la neige était artificielle. Les remous que provoque cette annonce tiennent donc à autre chose qu’à la seule annonce de ce qui est perçu comme une aberration écologique.

Arabie saoudite, climat politique glacial.

Au pouvoir, le célèbre MBS, Mohammed Ben Salman, le prince héritier a qui est attribué l’assassinat du journaliste, Jamal Kashogi. MBS qui a ordonné l’intervention dans la guerre au Yémen. (377.000 morts dans ce conflit, selon l’Onu.) MBS, encore, qui a purgé tout ce que son pays comptait d’opposant. MBS, toujours, qui vient de décrocher le poste de Premier ministre de son royaume et l’immunité qui accompagne la fonction.

En bon joueur d’échecs, cette annonce des Jeux d’Hiver tombe alors que l’Opep + décidera probablement ce mercredi de réduire un peu la production de pétrole, histoire de faire un peu monter les prix.

Comme le Qatar avec le sport, comme Abu Dhabi et la culture, comme Dubaï et le tourisme de luxe, l’Arabie saoudite sait aussi qu’un jour ou l’autre, il lui faudra d’autres sources de revenu que le pétrole. Rien de tel qu’un complexe sportif et touristique de luxe en face de l’Egypte et d’Israel pour remplacer les pétrodollars.

How dare you ? La honte (exprimée par certains) se transformera-t-elle en décision révolutionnaire concrète en termes d’attribution des grands évènements sportifs ?

Chacun s’insurge pour ce qu’il veut.

Rappelons ici, que les Jeux asiatiques d’hiver s’adressent – et ne sont ouverts – sauf erreur – qu’au pays asiatique… Crier "haro sur le curling" ne portera pas très loin, si l’on ne tire pas les conséquences de cette indignation : le Sport professionnel est d’abord et avant tout devenu un spectacle destiné à générer de l’argent… En dépit des acteurs, la plupart sont des athlètes de bonne foi,
Si le public n’aime pas le spectacle, l’endroit où se déroule l’action, s’il n’aime pas ce qu’il y voit, ou ce qui s’y fait, il n’a qu’à pas se rendre au spectacle, ou refuser d’y assister.

Un moment où l’autre, l’organisateur comprendra.

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