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Regions Bruxelles

Les Crayons se dévoilent

Portrait d'un artiste de street art

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06 mai 2021 à 06:59 - mise à jour 06 mai 2021 à 06:59Temps de lecture3 min
Par Geoffroy Fabré

Les Crayons sont partout sur les murs de Bruxelles. Ils sont devenus incontournables dans le monde du graffiti bruxellois. Difficile de sortir de chez soi sans en apercevoir un au bout de quelques minutes. " A un moment j’ai arrêté de compter les crayons que je peignais en rue, explique Créons l’artiste qui réalise ces personnages. J’ai arrêté quand ça dépassait les 100 et ça a vite été le cas ! Dans le graffiti, cette notion de quantité est très présente, mais à un moment ça ne m’a plus vraiment parlé donc je ne me concentrais pas vraiment sur la répétition, je voulais surtout apporter à chaque fois quelque chose de neuf à mes créations. Donc là je ne saurais pas vraiment donner de chiffre… ça a largement dépassé 1000 ou 2000. "

Quand il a commencé à les peindre il y a une dizaine d’années, les Crayons n’étaient que des objets assez simples, progressivement ils ont pris la forme de personnages de plus en plus complexes, détaillés, jusqu’à en devenir ces personnages sympathiques, attachants. " On accorde un capital sympathie à mes personnages parce qu’ils représentent quelque chose de lisible pour le commun des mortels, j’en ai bien conscience, mais j’ai surtout conscience de la méconnaissance que les gens ont du graffiti, la plupart des gens ignorent tout de la qualité du travail de certains graffeurs et pourtant il y en a beaucoup !

" Peindre en rue … un besoin ! "

Un crayon en rue

Créons est un artiste issu du graffiti, il revendique ses interventions en rue, sans autorisation, cela fait partie de sa démarche : " Le graffiti était déjà présent dans ma vie bien avant les crayons, peindre en rue, c’était déjà pour moi un besoin. Comme on a des besoins assez primaires, on ne sait pas vraiment d’où ça vient mais on sait qu’il y a quelque chose qu’il faut qu’on assouvisse et quand on l’a fait, on a envie de le refaire encore et encore et on comprend à ce moment là que c’était vraiment un besoin. L’ego a sans doute quelque chose à voir avec tout ça, mais je crois que c’est éminemment plus complexe que ça. C’est une manière de me rassurer, de me repérer, de trouver une place, de me faire plaisir, je crois qu’il y a énormément de notions et qu’on ne peut pas réduire le fait de peindre dans la rue à une question d’ego. "

Quant à l’aspect illégal de la chose, Créons ne voit pas son travail comme un acte de vandalisme "Dire que j’embellis la ville, ce serait prétentieux, mais dire que je la dégrade ce ne serait pas juste non plus. Je ne crois pas que mettre de la peinture sur un mur abime quelque chose et annihile son fonctionnement. Le mot vandale c’est un mot assez dur pour parler de la peinture. C’est vrai je transgresse une règle, mais ce n’est pas le fait d’être un vandale qui me motive, non. "

Une expo et un livre dans l’anonymat

Expo "L'Autre Part"
Expo "L'Autre Part" © Tous droits réservés

En novembre dernier sortait " L’autre part ", le premier roman graphique de Créons. Une épaisse bande dessinée sans texte qui vous plonge dans le monde imagé des Crayons. Une aventure pleine d’interprétations possibles que le Crayon partage avec de nouveaux personnages. Le résultat donne quelque chose de très coloré, très poétique, le fruit d’un nombre impressionnant d’heures de travail. " Tout ça n’était pas prévu dès le départ, explique Créons. Je ne savais pas en commençant à peindre des crayons dans la rue, que ce crayon allait se transformer en personnage et qu’il allait s’inscrire dans une histoire. J’ai remarqué que les gens étaient fort attachés à ce personnage, c’est la partie de mon travail qu’ils connaissent, mais le livre offre beaucoup plus, le Crayon est le protagoniste qui permet une immersion dans un univers beaucoup plus riche que je ne peux développer en rue. "

L’exposition qui se tient en ce moment à See-U à Ixelles est une plongée dans l’univers du livre, elle retrace toute la création du livre avec pas mal de planches originales mais aussi des installations et des fresques qui vous plongent littéralement dans l’univers des Crayons. Malgré cette publicité, Créons tient à garder son anonymat " Je garde évidemment mon anonymat, mon livre est signé sous mon pseudonyme et on a signé un contrat de confidentialité avec mon éditeur. Parce que ce passage en livre et en expo n’est certainement pas une reconversion à sens unique ! J’ai déjà fait plusieurs expositions et à chaque fois c’est pareil, je la prépare pendant un temps et puis une fois que l’expo est terminée ou même pendant qu’elle bat son plein, le Crayon retourne dans la rue. Ce n’est jamais à sens unique, il y a toujours des allers-retours entre la rue et les expositions ! "

Plus d'informations sur le livre "L'autre part" et l'exposition qui se tient jusque fin juin à Ixelles : www.les-crayons.com

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