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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : "Boy from Heaven", passionnante immersion au Caire, et "Frère et sœur", caricature du cinéma d’auteur made in France

Le réalisateur Tarik Saleh (au centre) avec l’acteur Ramzi Choukair, le producteur Fredrik Zander, l’acteur Tawfeek Barhom, la productrice Kristina Aberg, et le réalisateur Mohammad Bakri

Une fois de plus, grand écart entre les deux films en compétition présentés ce vendredi soir : d’un côté, "Boy from Heaven", film à la fois politique et film d’espionnage, et "Frère et sœur", chronique familiale française.

Boy from Heaven

L'affiche de "Boy from Heaven"

Le film est signé Tarik Saleh, un cinéaste suédois d’origine égyptienne qui s’était déjà fait remarquer avec un excellent polar qui s’intitulait "Le Caire confidentiel". Dans son nouveau film, on retourne au Caire et on découvre les coulisses d’une institution séculaire, l’école Al-Azhar, véritable QG de l’Islam sunnite. Adam, un jeune étudiant boursier, fils de pêcheur, va intégrer l’école alors même que le Grand Imam vient de décéder. Commence alors une âpre guerre de succession, et Adam va être contacté par un agent du gouvernement pour devenir une taupe au sein de l’école.

"Boy from Heaven" dépeint une situation politique complexe, la tentative d’ingérence du gouvernement égyptien dans la forteresse islamique d’Al-Azhar, mais le réalisateur Tarik Saleh a l’intelligence et le talent de le faire sous la forme, quasi d’un film d’espionnage. Donc, c’est complexe, certes, mais c’est passionnant.

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Frère et Sœur

L'affiche de "Frère et Soeur"

Dire qu’Arnaud Desplechin est un chouchou du Festival de Cannes, c’est peu dire. Le cinéaste roubaisien est à peu près certain de décrocher une place en sélection officielle à chaque nouveau film. Dans "Frère et Sœur", il raconte – une fois encore – une histoire de famille. Alice, célèbre actrice de théâtre, est brouillée avec Louis, son frère cadet, devenu écrivain réputé, qui n’hésite pas à cracher tout son venin sur elle dans ses livres. L’accident qui précipite leurs deux parents à l’hôpital va les obliger à se croiser et, qui sait, à entamer un dialogue de réconciliation.

Tout est horripilant dans "Frère et Sœur". L’affèterie des dialogues, dans lesquels Desplechin veut faire passer pour de la profondeur existentielle un maniérisme constant. L’enchaînement des séquences, sorte de successions de "moments suspendus" plus artificiels les uns que les autres. La direction d’acteurs, enfin : Marion Cotillard est insupportable en "mater dolorosa" souffreteuse et Melvil Poupaud qui, s’il peut se révéler sobre et juste chez Ozon (dans "Grâce à Dieu"), cabotine et surjoue ici une scène sur deux… "Frère et Sœur", c’est une caricature de cinéma d’auteur, un ectoplasme creux de la Nouvelle Vague. Mais il y a un vrai mystère Desplechin, adulé comme le nouveau Truffaut par la critique parisienne, régulièrement célébré par les César… Allez comprendre !

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Hors compétition : La Nuit du 12

Bouli Lanners sur le tapis rouge à Cannes pour "La Nuit du 12"
Dominik Moll, Bouli Lanners et Theo Cholbi à Cannes pour "La Nuit du 12"

Quel dommage que, hier soir, "La nuit du 12", le nouveau film de Dominik Moll (révélé par "Harry, un ami qui vous veut du bien" en 2000) ne fasse pas partie de la compétition car Bouli Lanners y trouve un de ses meilleurs rôles, et y est inoubliable. Il incarne Marceau, un flic de la PJ de Grenoble qui enquête sur un crime atroce, le meurtre d’une jeune fille brûlée vive…

L'affiche de "La Nuit du 12"

L’originalité de "La nuit du 12", film inspiré de faits réels, c’est qu’il annonce tout de go qu’il s’agit d’une enquête sans résolution, le crime ne sera pas élucidé, comme cela arrive, hélas, souvent dans la vraie vie. Le réalisateur Dominik Moll évacue donc d’emblée tout suspense pour se concentrer sur la description du quotidien difficile de ces policiers dévoués mais impuissants.

Les situations et les dialogues sont d’une rare justesse, et cette façon de s’emparer d’un genre pour mieux le détourner et signer un drame psychologique profond rappelle la démarche des meilleurs romans de Simenon. Dommage que Moll ne jouisse pas des mêmes entrées que Desplechin au Festival…

 

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