Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Black Panther : Wakanda forever" : comment réussir une suite sans la star du premier film ?

Black Panther II : Wakanda forever : comment réussir une suite sans la star du premier film ?

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09 nov. 2022 à 07:02 - mise à jour 09 nov. 2022 à 08:16Temps de lecture4 min
Par Hugues Dayez

Le 28 août 2020, Chadwick Boseman meurt d’un cancer. Il était devenu une star avec le succès planétaire du film de superhéros "Black Panther". Le réalisateur Ryan Coogler s’est retrouvé face à un défi de taille : comment donner suite à ces aventures sans faire intervenir Boseman par trucage numérique ou choix d’un nouvel acteur ?

Black Panther : Wakanda forever

L'affiche de Black Panther : Wakanda forever

La décision des studios Marvel a été radicale : pas de tour de passe-passe, on entame un nouveau chapitre. Le roi T’Challa (Boseman) est mort, et c’est sa mère Ramonda (Angela Bassett, impériale comme il se doit) qui a pris sa place sur le trône. Son rôle est difficile : le royaume de Wakanda est convoité de toutes parts, car il est le seul à détenir sur son sol une matière proche de l’uranium, capable de générer des armes de destruction massive. C’est alors qu’elle découvre qu’un autre peuple, aux talents amphibies, le royaume de Talocan, veut s’imposer comme le nouveau maître de Wakanda.

Alors que le tome 1 de "Black Panther" alternait les séquences exotiques dans le royaume imaginaire de Wakanda et les séquences sur le sol américain, cette nouvelle aventure joue beaucoup plus la carte de la fantaisie pure, avec l’affrontement entre les deux peuplades, l’une africaine, l’autre de tradition latino-américaine (d’inspiration inca ?) Coogler ne se lance pas immédiatement dans des grandes séquences pyrotechniques stériles – comme dans le désastreux "Black Adam" – mais prend le temps de réinstaller les différents personnages et les nouveaux enjeux ; ce qui permet alors aux séquences d’action d’apporter une vraie intensité dramatique. Il recycle quelques inventions de la mythologie grecque, comme le chant des sirènes de l’Odyssée qui entraînent ici inexorablement les combattants vers une noyade téléguidée. La séquence de "final battle" – passage indispensable dans le cahier des charges de tout film de super-héros – est ici visuellement inventive, et remplit le contrat de ce genre de blockbuster : proposer une aventure grand spectacle tout public. A l’heure où de nombreux films du genre s’essoufflent et se répètent péniblement, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Black Panther : Wakanda Forever

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Couleurs de l’incendie

L'affiche de "Couleurs de l'incendie"

Pierre Lemaître est un des romanciers les plus en vue d’aujourd’hui, à la fois plébiscité par la critique et par le grand public. Après "Au revoir là-haut", auréolé du prix Goncourt et porté à l’écran par Albert Dupontel, voici "Couleurs de l’incendie", deuxième volet du triptyque filmé cette fois par Clovis Cornillac, et adapté par Pierre Lemaître lui-même.

Le film nous reporte en 1927. Madeleine (Léa Drucker) fille d’un riche capitaine d’industrie récemment décédé, se fait rouler dans la farine par Gustave (Benoît Poelvoorde), son homme de confiance. Ruinée, elle va méticuleusement échafauder sa vengeance… Sorte de variation moderne – et féminine – du comte de Monte-Cristo, "Couleurs de l’incendie" est un roman-feuilleton qui reconstitue à la fois une époque troublée (la France de l’entre-deux-guerres et du krach de 1929) et une galerie de personnages contrastés.

Cornillac filme tout ça avec l’application d’un bon élève, multiplie les mouvements de caméra pour montrer ses beaux décors et fait confiance à ses acteurs. Olivier Gourmet, dans le rôle d’un oncle malhonnête, surjoue atrocement, Poelvoorde reste sobre (ouf), et Léa Drucker tire son épingle du jeu. Mais, faute d’un vrai regard de cinéaste, le film manque de souffle et de style. Comme souvent dans ce genre d’entreprise, mieux vaut lire le roman.

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Les grands seigneurs

Les grands seigneurs

Roger, divorcé, vivant chez sa vieille tante dans une ferme de la région liégeoise, est dans la dèche. Jamais à court d’idées, il propose plein de projets au gérant de la banque du coin, Mr Durieu, dans l’espoir de décrocher un prêt. Après avoir essuyé le refus dédaigneux de celui-ci, Roger l’attend à la fermeture de l’agence et le kidnappe. Progressivement, une complicité va se nouer entre le kidnappeur et le kidnappé, et ils vont ourdir un projet commun : cambrioler la banque du concurrent de Mr Durieu…

Le réalisateur Sylvestre Sbille s’appuie sur un canevas qui a fait ses preuves – et qui a inspiré les plus grands succès de Francis Veber -, à savoir la réunion de deux tempéraments a priori peu compatibles. L’abattage de Renaud Rutten et l’humour pince-sans-rire de Damien Gillard se marient bien, et la qualité des dialogues aboutit à quelques scènes très drôles et très réussies. Tout ne fonctionne pas, mais le duo est attachant et l’entreprise totalement dénuée de prétention, et donc parfaitement sympathique.

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Rodeo

L'affiche de "Rodeo"

Julia, jeune banlieusarde farouche, ne nourrit qu’une passion : la moto. Sans le moindre scrupule, elle vole une bécane et parvient à s’imposer dans l’univers très masculin d’une bande de bikers. Chaque jour, elle va côtoyer les frissons, le danger, la solidarité menacée par les rivalités, et la délinquance.

La réalisatrice Lola Quivoron, dans le générique de fin, dédie son film à "tous les pirates du bitume". Tout est dit : "Rodeo" est une déclaration d’amour à cet univers clandestin, passionné et transgressif… Cette déclaration met mal à l’aise, le spectateur a le sentiment d’assister impuissant à un éloge aveugle d’un monde de malfrats.

"L’appellation de livre moral ou immoral ne répond à rien. Un livre est bien écrit ou mal écrit. C’est tout." écrivait Oscar Wilde en préface du "Portrait de Dorian Gray". Il avait raison : une œuvre ne doit pas être jugée par le critère de la moralité. Il n’empêche : "Rodeo", en tentant de romantiser un univers et des personnages brutaux et sans grâce, est une expérience pénible pour le spectateur.

 

Rodeo

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