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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Elvis" un biopic ? Mieux, une fresque flamboyante sur l’Amérique

Austin Butler est "Elvis"
22 juin 2022 à 06:37 - mise à jour 22 juin 2022 à 06:433 min
Par Hugues Dayez

C’était un des deux évènements hollywoodiens du Festival de Cannes : après "Top Gun Maverick", " Elvis " a permis au réalisateur Baz Luhrmann, à la star confirmée Tom Hanks et à la star en puissance Austin Butler de conquérir la Croisette… Après un accueil plus qu’enthousiaste au festival, le film débarque ce mercredi dans nos salles.

Tom Hanks, Austin Butler et Baz Luhrmann à Cannes
Tom Hanks, Austin Butler et Baz Luhrmann à Cannes © Valery HACHE / AFP

Elvis

L'affiche d'"Elvis"

On avait tendance à l’oublier : Elvis Presley a toujours créé la polémique. D’abord en défrayant la chronique dans l’Amérique ségrégationniste - ce gamin élevé à Memphis, Tennessee, qui a été biberonné par le gospel et qui ose chanter avec le "groove" des Noirs alors qu’il est blanc ? Ensuite, lorsqu’il déclenche les cris d’orfraie des ligues de vertus en se déhanchant impudemment devant un public de jeunes filles hystériques… Un homme, piètre mélomane mais redoutable homme d’affaires, flaire chez Elvis la poule aux œufs d’or : c’est le Colonel Parker, gérant de cirque, joueur invétéré, menteur de génie.

Le narrateur d’"Elvis", c’est lui, Parker, incarné par un Tom Hanks méconnaissable mais très inspiré. Pour sa fresque qui couvre trois décennies de l’histoire de l’Amérique, des fifties aux seventies, Baz Luhrmann a trouvé le bon point de vue, celui de cette association passionnelle, où Parker devient presque un père de substitution pour un Elvis ambitieux mais déboussolé. Luhrmann, réalisateur du kitsch et de la démesure – "Roméo + Juliet", "Moulin Rouge", "Gatsby" – oublie ici ses coquetteries de style (cfr les anachronismes assumés de ses films précédents) pour se mettre à 100% au service de son sujet : dépeindre, à travers le mythe Elvis, les paradoxes de l’Amérique, exubérante et puritaine, forte et fragile. Mise en scène brillante, reconstitutions spectaculaires, interprétation – de Hanks et d’Austin Butler – de haut vol : réalisé en pleine crise du Covid en Australie, " Elvis " tient du miracle. Brillantissime.

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Black Phone

L'affiche de "Black Phone"

Les années 80, un patelin de l’Amérique profonde comme il en existe des centaines. The Grabber, un psychopathe déguisé en magicien pour fêtes de famille, embarque des adolescents dans sa camionnette pour les séquestrer dans sa cave. L’un d’entre eux, Finney, découvre dans sa prison souterraine un mystérieux téléphone mural. Quoique le fil est coupé, l’appareil sonne toujours et quand Finney décroche, il entend les anciennes victimes de son ravisseur lui faire des confidences…

Le principal atout de ce thriller fantastico-horrifique signé Scott Derrickson ("Dr Strange"), c’est Ethan Hawke qui endosse le rôle du méchant… On se demande néanmoins comment un acteur de cette envergure a rejoint ce projet qui, s’il n’est pas déshonorant, reste malgré tout une série B pas vraiment novatrice. Production regardable, certes, mais nullement inoubliable.

BLACK PHONE

Bande Annonce VF (2022)

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Le chemin du bonheur

"Le chemin du bonheur" - l'affiche

Bruxelles, années 80. Saül, enfant rescapé de la Shoah, a grandi sans sa famille décimée dans les camps, mais a réussi à se reconstruire grâce à sa passion pour le cinéma. D’ailleurs, dans son Delikatessen Café au centre de la ville, il n’hésite pas à jouer ses scènes préférées du 7e art devant un public d’habitués. Il ne va pas tarder à tomber amoureux d’Hannah, projectionniste aussi férue de classiques que lui. Mais pourquoi donc cette femme, si complice, se dérobe-t-elle si souvent ? Saül se replonge dans son douloureux passé pour mieux comprendre…

Le film s’inspire d’un roman du journaliste cinéphile Henri Roanne, largement autobiographique, et charrie des thèmes essentiels : le deuil et la résilience par le biais de la fiction. Mais pour porter valablement ce récit à l’écran, il faut beaucoup de moyens et de talent et, manifestement, le réalisateur Nicolas Steil souffre d’un déficit des deux. Sa reconstitution de l’Occupation est terriblement cheap et peu crédible, et sa mise en scène de la vie nocturne du restaurant de Saül suinte le décor de studio à chaque seconde. Simon Abkarian et Pascale Arbillot essayent de se dépêtrer avec des dialogues trop écrits, trop ampoulés pour leur permettre de déployer le naturel de leur jeu. En accumulant les maladresses, "Le chemin du bonheur" plonge le spectateur dans l’embarras. Dommage, parce qu’il y avait là une belle histoire…

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