Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Good luck to you, Leo Grande", Emma Thompson au sommet

"Good luck to you, Leo Grande ", Emma Thompson au sommet

© Genesius Pictures

Lauréate de deux Oscars (du meilleur scénario adapté pour "Sense and sensibility" et de la meilleure actrice pour "Howards End"), Emma Thompson revient dans ce qui, de son propre aveu, a constitué la performance la plus difficile de sa carrière : elle est à l’affiche d’une comédie douce-amère intitulée "Good luck to you, Leo Grande".

Good luck to you, Leo Grande

Good luck to you, Leo Grande

Elle y incarne Nancy, une enseignante retraitée qui, devenue veuve, se retrouve dans une chambre d’hôtel à attendre un "escort boy". Car cette sexagénaire a envie de connaître enfin le plaisir sexuel, après des années de relation terne avec son mari. Arrive Leo, charmant jeune homme bien bâti, qui a tout pour plaire… Mais Nancy est-elle vraiment prête à sauter le pas de l’amour tarifé ?

Ecrit par une femme (Katy Brand), réalisé par une femme (Sophie Hyde), interprété par une des plus grandes actrices anglaises, "Good luck to you Leo Grande" aborde un sujet très rarement abordé au cinéma, le plaisir féminin. Véritable performance – le film a été tourné en 19 jours à peine, en ordre chronologique pour que les deux acteurs (Emma Thompson et Daryl McCormack, vu dans la série "Bad sisters") suivent plus aisément l’évolution de leurs personnages -, ce quasi-huis clos est une brillante réussite.

Jamais graveleux, d’une écriture subtile et spirituelle, le film charrie plein de questions : sur le mystère du désir et de l’alchimie sexuelle, sur l’acceptation de son corps, sur la dictature du regard des autres et du "qu’en-dira-t-on"… C’est drôle, c’est émouvant, c’est profond, et c’est admirablement joué. Une véritable pépite.

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Saint Omer

L'affiche de "Saint Omer"

En 2013, une jeune mère d’origine sénégalaise, Fabienne Kabou, abandonnait son bébé de quinze mois dans la marée montante sur une plage de la Manche. Trois ans plus tard, l’"Infanticide de Berck-sur-Mer" faisait l’objet d’un procès très médiatisé au tribunal de Saint Omer. Une des interrogations lancinantes de cette affaire, c’est que Kabou n’a jamais vraiment cherché à expliquer son geste, invoquant une menace d’ensorcellement pour son enfant par des mauvais esprits du Sénégal – une manière de botter en touche pour l’accusée… Parmi les spectateurs du procès, il y avait la documentariste Alice Diop.

Marquée par cette expérience, la cinéaste a choisi d’en faire le sujet de son premier long-métrage de fiction. Si les scènes de procès restent fidèles à ce qui s’est réellement dit au tribunal, Diop a imaginé le personnage de Rama, une jeune romancière elle-même enceinte, qui, au contact de cette mère meurtrière, va s’interroger sur l’indicible mystère du lien maternel et ses implications.

Réalisé avec sobriété et pudeur, dans un style proche de l’austérité, "Saint Omer" questionne. Mais le film a le défaut de ses qualités : né d’une démarche intellectuelle, il est assez dénué d’émotion, restant très à distance de son sujet. Mais il a séduit le jury de Venise, remportant le Lion d’Argent à la dernière Mostra.

 

Saint Omer

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Call Jane

L'affiche de "Call Jane"

Chicago, 1968. Joy (Elisabeth Banks), mère au foyer, attend un deuxième enfant. Mais son gynécologue la prévient que cette nouvelle grossesse pourrait mettre sa vie en danger. Désemparée, Joy se heurte au refus du corps médical d’opérer un avortement, la démarche étant alors interdite aux Etats-Unis. L’épouse-modèle va alors prendre des chemins de traverse, et tomber sur le numéro de téléphone de "Call Jane", une association féministe dirigée par Virginia (Sigourney Weaver) organisant des avortements clandestins. Loin de son milieu de bourgeois, Joy va découvrir un milieu militant qui va monopoliser son énergie.

Basé sur des faits réels, "Call Jane" est l’œuvre de Phyllis Nagy, à qui l’on devait le scénario du très beau "Carol" de Todd Haynes. La première partie du film est très prenante, car elle décrit le jeu de cache-cache que doit opérer Joy vis-à-vis de sa fille et de son mari. La seconde, au sein de l’organisation "Call Jane", manque étonnamment d’enjeu dramatique, comme si le combat mené par ces femmes courageuses était une partie de plaisir… Malgré ces faiblesses, le film n’est pas inutile – surtout dans l’Amérique d’aujourd’hui.

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Plus que jamais

L'affiche de "Plus que jamais"

Hélène (Vicky Krieps) et Mathieu (Gaspard Ulliel) forment un couple uni depuis plusieurs années. Mais Hélène, victime d’une maladie respiratoire, se sait condamnée. Mathieu, qui refuse l’inéluctable, veut la convaincre de tenter une opération de la dernière chance, une greffe des poumons. Hélène n’est guère convaincue par cet acharnement thérapeutique et, en contact sur internet avec un vieil homme lui aussi très malade, veut aller finir ses jours chez lui, le plus sereinement possible face aux fjords, en Norvège. Mais elle veut partir sans Mathieu…

"Plus que jamais", réalisé par Emily Atef, pose des questions existentielles fondamentales : la plus belle preuve d’amour, est-ce vouloir que l’autre vive à tout prix ou est-ce accepter sa décision de mourir en paix ? Le film vaut surtout pour la prestation tout en finesse de Vicky Krieps, actrice luxembourgeoise révélée par le magnifique " Phantom Thread " il y a cinq ans. Mais il est impossible de voir ce film sur la mort sans des pensées parasites : à l’écran, on suit l’agonie d’Hélène… Alors que dans la vie, c’est l’interprète de Mathieu, Gaspard Ulliel, qui est décédé d’un accident de ski peu de temps après le tournage. Troublant.

Plus Que Jamais

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Le torrent

L'affiche du film "Le Torrent"

Lison, grande adolescente qui vit avec sa mère, rejoint son père Alexandre (José Garcia) dans son grand chalet pour le week-end. Celui-ci a refait sa vie avec Juliette, qui lui a donné un petit garçon. Mais l’ambiance va vite devenir explosive : une violente dispute éclate dans le couple, lorsqu’Alexandre découvre l’infidélité de sa compagne. La dispute va se terminer tragiquement, par une chute accidentelle – et mortelle – de la jeune femme, dont le corps va être entraîné dans le courant qui a grossi à la faveur de l’orage. En état de choc, Alexandre décide de ne pas prévenir la police, persuadé que celle-ci ne croira pas à l’accident – et met sa fille Lison dans la confidence. Hélas pour elle, Lison, complice inopinée, ne va pas tarder à être prise en tenaille entre sa volonté de loyauté envers son père et les soupçons grandissants du père de Juliette, Patrick (André Dussollier).

L’actrice et réalisatrice Anne Le Ny a eu la bonne idée de confier ce rôle d’homme traqué à José Garcia, qui avait déjà montré son talent d’acteur dramatique dans "Le couperet" de Costa-Gavras. La première partie de son polar installe une vraie tension, digne des meilleurs scripts anglo-saxons… Hélas, le film ne tient pas toutes ses promesses, et offre un dénouement un peu bâclé, qui ne confirme pas les belles promesses du début. Un "script doctor" n’aurait pas été inutile pour muscler le troisième acte de ce "Torrent".

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