Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Holy Spider", glaçant polar iranien

Holy spider

© DR

"Holy spider" fut un des films marquants de la compétition du dernier festival de Cannes, récompensé par le prix d’interprétation féminine pour son actrice Zar Amir Ebrahimi.

Holy spider

L'affiche de "Holy spider"

L’action du film, librement inspiré de faits réels, se déroule en Iran en 2001. Rahimi, journaliste de Téhéran, débarque dans la ville sainte de Mashhad pour enquêter sur une série de féminicides. Dans ses démarches et ses interviews, elle se heurte très rapidement aux réticences et à la mauvaise volonté des autorités officielles. Parce que le serial killer – dénommé "Holy Spider" – s’en prend aux prostituées de la ville, certaines instances veulent étouffer l’affaire car lui faire de la publicité, c’est mettre au jour cette réalité, la prostitution, qu’elles veulent nier. Qui plus est, Rahimi est une femme moderne, non croyante, et dérange le pouvoir religieux de Mashhad.

Ali Abbasi, cinéaste danois né à Téhéran, se souvient de l’affaire "Holy Spider" qui a défrayé la chronique dans son pays d’origine à l’orée des années 2000. Dans son film, il a choisi de montrer d’emblée l’identité du tueur, qui se croit investi d’une mission de purification en éliminant ces femmes de "mauvaise vie". Le personnage de Rahimi est une création du réalisateur, qui lui permet de montrer le statut peu enviable de la femme dans la société iranienne, les hypocrisies qui gangrènent Mashhad, "ville sainte" d’une part, carrefour de nombreuses activités illicites d’autre part.

Bien plus qu’un polar haletant, "Holy spider" est une étude au scalpel des contradictions d’un pays, et c’est à ce titre qu’il est passionnant. (Evidemment, le tournage ne s’est pas déroulé en Iran mais en Jordanie, la production est européenne, et l’actrice principale comme le réalisateur vivent aujourd’hui en exil.)

Holy Spider

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Boiling point

L'affiche de "Boiling point"

Londres, le "magic Friday", le vendredi avant Noël, soirée d’affluence… Andy, chef coq, rejoint les cuisines de son restaurant, un des plus branchés de la capitale. Il est au téléphone, on le devine englué dans des problèmes personnels intenses. Nerveux, fébrile, il retrouve sa brigade, qui attend ses ordres. Mais ce soir-là, rien ne va se passer comme prévu : l’inspection d’hygiène met l’équipe sur les dents, un ancien associé d’Andy débarque avec une critique gastronomique, la chef de salle multiplie les gaffes… Comment survivre sereinement à une soirée pareille ?

"Boiling point" repose sur une prouesse technique, puisque le réalisateur Philip Barantini (comme Alejandro Inarritu dans "Birdman") filme toute l’action en un seul plan-séquence, histoire de ne pas quitter les protagonistes du restaurant d’une semelle ; la caméra slalome entre les cuisines, les tables du restaurant, les frigos… L’effet dramatique recherché est atteint : le spectateur ressent presque physiquement la tension monter dans l’établissement et le stress grandissant d’Andy (incarné par un excellent Stephen Graham). Evidemment, ce procédé stylistique peut apparaître un tantinet artificiel, puisqu’il s’agit de condenser une multitude de problèmes en une heure et demie, mais le résultat est là : on ne s’ennuie pas une seconde dans "Boiling point".

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Enzo le croco (Lyle Lyle Crocodile)

L'affiche d' "Enzo le Croco"

Hector P. Valenti, magicien de music-hall, tombe dans une animalerie new-yorkaise sur un véritable phénomène : un jeune crocodile capable de pousser la chansonnette ! Il le baptise Lyle (Enzo dans la version française) et l’emmène vivre dans le grenier d’une maison de Manhattan. Hélas, Hector doit vite déchanter : si Enzo chante magnifiquement, il ne le fait qu’en privé ; timide, il reste muet sur scène… Hector part pour un temps en voyage, et c’est la famille Primm qui découvre l’étonnant crocodile, et entre le petit garçon Josh et le sympathique animal, c’est le coup de foudre immédiat. Mais comment vivre avec un crocodile chantant à Manhattan ?

"Enzo le croco" est adapté d’un classique de la littérature américaine pour la jeunesse de Bernard Waber (1921-2013). Les réalisateurs Will Speck et Josh Gordon ont opté pour la technique mixte qui a fait la réussite de "Paddington" : Enzo est animé en images de synthèse mais évolue face à des acteurs en chair et en os et dans des décors réels. Speck et Gordon ont aussi choisi de tirer le film vers l’ambiance d’une comédie musicale ; dans la version originale, c’est le chanteur vedette des ados Shawn Mendes qui prête sa voix au crocodile.

Pour le personnage excentrique d’Hector, l’excellent Javier Bardem a relevé le défi de chanter et de danser, pratiques jusqu’ici très loin de lui… A l’arrivée, si le film est parfois un peu trop sucré comme certains shows de Broadway, il n’en reste pas moins un divertissement familial très sympathique, avec un crocodile magnifiquement animé et un truculent Javier Bardem.

Enzo Le Croco

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