Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : place aux réalisatrices cette semaine !

Virginie Efira avec Rebecca Zlotowski (Marco BERTORELLO / AFP) – Olivia Wilde (AFP Dia Dipasupil) – Céline Deveaux (Unifrance) – Léa Mysius (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

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21 sept. 2022 à 07:15 - mise à jour 21 sept. 2022 à 07:22Temps de lecture3 min
Par Hugues Dayez

Heureuse coïncidence dans l’actualité cinéma, quatre films signés par des femmes cinéastes mettant des héroïnes en vedette sortent ce mercredi en salles… Passons-les en revue.

Les enfants des autres

"Les enfants des autres"

Rachel (Virginie Efira) , enseignante quadragénaire, séparée et sans enfant, tombe amoureuse d’Ali (Roschdy Zem), séparé de fraîche date et père d’une fillette, Leila. Alors que leur relation prend de l’ampleur, Rachel s’attache à Leila, tout en rêvant encore en secret de pouvoir elle-même enfanter, même si son horloge biologique fait ressembler ce désir à une course contre la montre… Rachel vit cette situation comme de plus en plus écartelante.

Rebecca Zlotowski signe une chronique réaliste d’un essai de "famille recomposée" avec beaucoup de justesse et de sensibilité. Avec le personnage de Rachel, Virginie Efira donne le meilleur d’elle-même, et trouve peut-être ici son meilleur rôle. Dommage que la réalisatrice, focalisée sur cette figure féminine à la croisée des chemins, ait un peu négligé le personnage d’Ali, un peu fade et superficiel, et défendu mollement par Roschdy Zem… Reste malgré tout un film assez émouvant et très sincère.

LES ENFANTS DES AUTRES

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Tout le monde aime Jeanne

"Tout le monde aime Jeanne"

Jeanne, à la tête d’une start-up écolo qui propose un procédé révolutionnaire pour nettoyer les océans, a le vent en poupe… Jusqu’au jour où ce procédé est victime d’une avarie technique. Les sponsors la lâchent, Jeanne est criblée de dettes. Seule échappatoire : partir se faire oublier à Lisbonne, et essayer d’y vendre rapidement l’appartement de sa mère récemment décédée. Mais Jeanne, au bord de la dépression, n’a pas beaucoup de courage pour trier ce qui s’y trouve et faire des caisses… Seule éclaircie dans ce marasme : la rencontre avec Jean, ancien camarade de lycée particulièrement loufoque.

Premier long-métrage de Céline Deveaux, "Tout le monde aime Jeanne" évoque un peu, par son écriture, les premières comédies de Bruno Podalydès ("Versailles rive gauche", "Dieu seul me voit"), où l’effet comique ne naît pas des péripéties du scénario – par ailleurs assez mince – mais de petits détails dérisoires. Pour exprimer les états d’âme de son héroïne, Deveaux a recours à des brèves séquences animées assez spirituelles. Et elle peut surtout compter sur l’alchimie du duo Blanche Gardin/ Laurent Laffitte pour apporter la fantaisie et l’humour nécessaire à ses deux protagonistes. A l’arrivée, "Tout le monde aime Jeanne" a l’évanescence d’une bulle de savon, mais ne manque pas de charme.

Tout Le Monde Aime Jeanne

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Les cinq diables

"Les Cinq Diables"

Dans une petite ville de montagne, Joanne vit une existence un peu grise avec Jimmy, son mari pompier, et Vicky, sa petite fille qui a développé un don singulier, un odorat surdéveloppé et une capacité à reproduire certaines senteurs dans ses potions enfantines. Un jour, la sœur de Jimmy revient au pays, ce qui provoque beaucoup de remous, car elle est responsable d’un drame qui a secoué toute la communauté… Comment Joanne va-t-elle gérer le retour de sa belle-sœur et les dons étranges de Vicky ?

Adèle Exarchopoulos, révélée à Cannes avec "La vie d’Adèle" (et récemment revenue sur le devant de la scène avec un rôle d’hôtesse de l’air dans " Rien à foutre ") fait preuve une nouvelle fois d’une belle présence dans le rôle de Joanne, et la réalisatrice Léa Mysius parvient à créer une atmosphère à la fois oppressante et intrigante dans la première partie de son film. La seconde est nettement moins convaincante, car elle a choisi de flirter avec le fantastique, et son scénario s’embarque dans des tours de passe-passe un tantinet fumeux. Mais il y a néanmoins dans "Les cinq diables" une tonalité très différente de la production française courante… A suivre, donc.

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Don’t worry darling

"Don't Worry Darling"

La Californie, les années 50. Alice (Florence Pugh) a suivi son mari Jack (Harry Styles) dans une vie de rêve : au pied d’un site montagneux, ils investissent une belle villa dans un somptueux quartier résidentiel. Tandis que les épouses soignent le foyer, leurs époux partent chaque matin dans leur belle décapotable rejoindre le QG du projet "Victory" mené par un mystérieux gourou chef d’entreprise, Frank (Chris Pine). Mais petit à petit, Alice s’interroge : que cache donc cet univers idyllique ? Quel est le véritable prix à payer ?

Pour sa deuxième réalisation, l’actrice Olivia Wilde s’est engagée dans cette production ambitieuse, moitié thriller psychologique, moitié fable allégorique sur la face cachée du rêve américain. Le problème, c’est que l’intrigue de "Don’t worry darling" traîne en longueur vers un dénouement voulu surprenant – on appelle ça un "film à twist" – qui, hélas, ne surprend guère et fleure (pas) bon le "déjà-vu". Le long-métrage lorgne, en vrac, vers "The Truman show", le feuilleton culte "Le prisonnier", ou encore "The Stepford wives" d’Ira Levin (l’auteur de "Rosemary’s baby")… Lorgne, mais sans jamais atteindre leur efficace originalité.

Don't Worry Darling

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