Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Rien à foutre", l’envers du décor des vols low cost

Adèle Exarchopoulos en hôtesse de l’air dans "Rien à foutre"

© DR

Production franco-belge, "Rien à foutre" d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre a été fort remarqué à la Semaine de la Critique, section "off" du Festival de Cannes. Le film offre un rôle marquant à Adèle Exarchopoulos.

Rien à foutre

L'affiche de "Rien à foutre"

La jeune actrice révélée il y a neuf ans par "La vie d’Adèle", Palme d’Or à Cannes, incarne ici Cassandre, une hôtesse de l’air qui travaille dans une compagnie low cost. La jeune fille enchaîne les vols et le soir, fait la fête pendant ses courtes escales : "Carpe Diem", c’est la devise de Cassandre, qui vit au jour le jour sans trop se poser de questions. Mais les cadences et les diktats imposés par sa compagnie vont bientôt avoir raison de son insouciance…

"Rien à foutre" poursuit un objectif double. D’abord dresser le portrait d’une jeune fille d’aujourd’hui, qui mène une vie hédoniste sans véritable projet, pour fuir la grisaille du quotidien et pour se fuir elle-même. Ensuite montrer en toile de fond les pratiques mercantiles et déshumanisantes de ces compagnies "low cost" qui ont imposé un tourisme de masse déséquilibré et absurde.

Adèle Exarchopoulos qui (à part une apparition détonante dans "Mandibules" de Quentin Dupieux) n’avait plus trouvé de rôle très intéressant depuis "La vie d’Adèle", est parfaite de naturel dans le rôle de Cassandre, et apporte beaucoup au film. Dommage que le duo de réalisateurs ait choisi de tourner un épilogue où leur héroïne retourne dans sa famille – séquence un peu hors sujet, qui rallonge inutilement le film. Néanmoins, "Rien à foutre" reste une bonne surprise.

 

Rien à foutre, d'Emmanuel Marre et Julie Lecoustre

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The innocents

L'affiche de "The Innocents"

Début de l’été, dans une petite ville scandinave. Un couple emménage dans un appartement d’un grand immeuble dans une banlieue verte, avec ses deux filles. L’aînée, Anna, adolescente, est autiste profonde (elle ne parle pas), et sa sœur cadette Ida souffre évidemment de ne pas faire l’objet de toutes les attentions de ses parents. C’est la période des vacances scolaires, et Ida va sympathiser avec deux petits voisins, Ben et Aisha. Ben semble avoir des dons de télékinésie, il parvient à déplacer des petits objets sans les toucher, tandis qu’Aisha est télépathe, et entre en communion avec Anna, réussissant même à lui faire prononcer quelques mots… Mais ces dons paranormaux vont avoir des conséquences de plus en plus funestes.

Avec "The innocents", le scénariste et réalisateur norvégien Eskil Vogt fait preuve d’une véritable maestria de mise en scène, parvenant à créer un climat d’étrangeté dans des décors on ne peut plus anodins, avec une économie d’effets saisissante. Chez lui, pas de scènes de nuit, pas de grand manoir gothique, pas le moindre cliché : dans une lumière estivale et un univers totalement banal – qui n’inspirerait a priori aucun chef décorateur -, il fait naître un véritable suspense… Bien sûr, associer l’enfance et le fantastique n’est pas nouveau – le titre peut d’ailleurs être vu comme une référence directe au chef-d’œuvre "Les innocents" de Jack Clayton d’après "Le tour d’écrou" d’Henry James, avec deux enfants envoûtés en vedette – mais le film de Vogt apporte une pierre originale au genre.

 

THE INNOCENTS de de Eskil Vogt

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Notre-Dame brûle

L'affiche de "Notre-Dame Brûle"

On imagine difficilement un titre plus explicite : pour son retour au cinéma, Jean-Jacques Annaud retrace, heure par heure, l’incendie de Notre-Dame de Paris le lundi 15 avril 2019. S’il se repose bien sûr sur les nombreuses images d’archives pour les plans extérieurs de la destruction par le feu du toit de la célèbre cathédrale, il a par contre effectué un travail de titan pour reconstituer minutieusement le travail des pompiers pour éteindre l’incendie dans la charpente et filmer au plus près les dégâts infligés à l’édifice…

Si, sur le plan technique, le résultat constitue une vraie prouesse, on reste dubitatif sur l’intérêt cinématographique de l’entreprise. Car Annaud, tout affairé à filmer le feu, le bois et les pierres, oublie de créer des vrais personnages : les pompiers échangent des dialogues qui semblent artificiels tellement ils sont convenus, et les autres protagonistes n’ont que quelques scènes – trop peu – pour exister et émouvoir le spectateur.

Contrairement au drame des Twin Towers, qui avait inspiré en son temps Oliver Stone, l’incendie de Notre-Dame n’a pas fait de victime, ce qui laisse peu d’espace pour réaliser un film de fiction palpitant : il n’y a pas de paroissien coincé par les flammes, il n’y a pas d’âme humaine à sauver… A la base, le projet du film était bancal. A moins d’avoir une passion pour le patrimoine digne de celle de Stéphane Bern, difficile de se passionner pour cette superproduction, au final, très académique et sans surprise.

Notre-Dame Brûle - Bande-annonce officielle HD

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