Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Triangle of sadness", une éblouissante Palme d’Or

© BAC Films

Et de deux ! Cinq ans après sa première Palme d’Or pour "The Square", Ruben Ostlund a remporté en mai dernier une deuxième Palme à Cannes grâce à sa comédie satirique "Triangle of sadness".

Triangle of sadness

L'affiche de "Triangle of sadness"

"Triangle of sadness" ("Sans filtre", titre exploité en France) est construit comme une tragicomédie en trois actes. Acte 1 : Carl et Yaya forment un couple de top models. Lui est moins célèbre qu’elle, gagne moins d’argent, et cela pose parfois des problèmes… Acte 2 : Comme elle est influenceuse, Yaya emmène son petit ami dans une croisière de luxe où elle a été invitée. Sur le yacht, ils croisent une faune richissime, un oligarque russe, des vieux millionnaires esseulés qui attendent un des moments forts de la croisière, le dîner de gala. Mais lorsque la fameuse soirée arrive, une houle tenace va transformer le grand moment en désastre. Acte 3 : certains passagers du yacht se retrouvent sur une île déserte, où les serviteurs risquent bien de devenir les maîtres…

La force du cinéma d’Ostlund, c’est qu’il arrive à faire de chaque séquence de son film un morceau de bravoure. Il n’y a jamais de scènes de transition chez lui, chaque minute est inventive et savoureuse. L’autre formidable atout du cinéaste suédois, c’est sa capacité à surprendre. Alors que la majorité des scénarios de comédie sont prévisibles de A à Z, celui de "Triangle of sadness" regorge de trouvailles inattendues, de gags imprévisibles. Enfin, à une époque où le "politiquement correct" règne hélas en maître, le lauréat de deux Palmes d’Or ose des scènes délicieusement outrancières et décapantes. Ostlund, c’est le chaînon manquant entre Luis Bunuel et Michael Haneke : du premier, il prolonge l’humour anarchiste et surréaliste, du second, il a hérité d’une capacité d’observation du genre humain pleine d’acuité et de pertinence. Un très grand film d’un très grand cinéaste, et un infini plaisir pour tous les amoureux du vrai cinéma.

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Ticket to paradise

Affiche de "Ticket to paradise"

David et Georgia sont divorcés depuis belle lurette, et leurs rares échanges tournent au pugilat. Mais cette fois, ils vont devoir provisoirement enterrer la hache de guerre, car ils poursuivent un objectif commun : empêcher à tout prix que leur fille unique se marie à Bali avec un modeste pêcheur du coin…

George Clooney et Julia Roberts, très complices à la ville, se retrouvent pour la cinquième fois à l’écran dans cette comédie "old fashioned" réalisée par Ol Parker, déjà coupable d’une pénible suite de "Mamma Mia !". Tout est téléphoné dans cet énième "film de mariage", les ficelles scénaristiques ressemblent à des câbles, et le duo Clooney/Roberts semble faire un concours de cabotinage. "Ticket to paradise" ressemble à ces comédies insipides diffusées dans les vols long courrier, pour faire passer le temps…

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Maria rêve

L'affiche de "Maria rêve"

Maria, femme de ménage, mariée depuis des lustres à un ouvrier d’origine portugaise, trouve inopinément un emploi à l’Ecole des Beaux-Arts. Elle va y découvrir un univers de culture et d’esthétique qui lui était jusqu’ici totalement étranger. Elle va surtout y faire la rencontre d’Hubert, gardien de l’école, avec qui elle va nouer une complicité de plus en plus tendre

Lauriane Escaffre et Yvo Muller, détenteurs d’un César du meilleur court-métrage, signent ici le portrait d’une femme qui se révèle à elle-même au contact du monde artistique. Le film est plutôt charmant, mais si Grégory Gadebois est – une fois de plus – magnifique dans le rôle d’Hubert, Karin Viard est hélas peu crédible en femme de ménage modeste et introvertie – on aurait plutôt vu Laure Calamy ou Blanche Gardin dans le rôle. Ce casting inadéquat est le talon d’Achille du film.

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Les secrets de mon père

L'affiche de "Les secrets de mon père"

Seraing, à l’aube des années 60. Michel et Charly grandissent sous l’œil d’Henri Kichka, juif rescapé d’Auschwitz. Pudique, le paternel refuse catégoriquement d’évoquer ses souvenirs de guerre devant ses enfants. Mais lorsque le procès d’Adolf Eichmann est retransmis à la télévision, un déclic se fait chez Henri, qui décide alors de multiplier les apparitions publiques pour témoigner de l’horreur de la Shoah. Seulement voilà : absorbé par cette nouvelle mission, le père en vient à négliger ses fils, qui souffrent de plus en plus de son absence…

Comment grandit-on avec un père comme celui-là ? Son fils Michel a en fait l’objet d’une bande dessinée, dont la productrice et réalisatrice Véra Belmont s’est emparée pour en tirer un film d’animation. Le biais du dessin animé a été bien sûr choisi pour attirer un jeune public potentiel vers un thème douloureux et difficile. Le résultat à l’écran, s’il est parfois un peu appliqué, reste sincère et à ce titre, très estimable. A 89 ans, Véra Belmont signe là un émouvant salut au cinéma qui a été la passion de sa vie.

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