La Passion selon Céline

Les Dames de Ferrare, chanteuses et musiciennes des "concerts secrets" de la Cour de Ferrare

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04 oct. 2022 à 16:28Temps de lecture3 min
Par Céline Scheen

Avez-vous déjà entendu parler des Dames de Ferrare et des "concerts secrets" de la Cour italienne de Ferrare ? Céline Scheen remonte le temps, dans l’une des cours les plus riches d’Europe, Ferrare.

Dans les années 1570, pour séduire sa jeune épouse Margerita Gonzaga, le Duc d’Alphonso d’Este a l’idée géniale et très avant-gardiste de créer un "concert secret". Un concert très privé, intimiste, où les invités étaient privilégiés et triés sur le volet. Ces prestigieux invités, venus de l’Europe entière, assistaient donc avec beaucoup d’excitation à ces secrètes célébrations de la musique.

Tout est pensé pour que ce public d’exception ait l’impression de vivre un moment unique. Les concerts avaient lieu une fois par semaine dans une salle minuscule.

Et comme la plupart des secrets, on ne parle bientôt plus que de ces soirées secrètes dans toute l’Italie. Les artistes, polyvalentes, musiciennes, chanteuses, et danseuses étaient exclusivement des femmes. Très vite, elles sont appelées "Les Dames de Ferrare".

Leur renommée de chanteuses et musiciennes extrêmement talentueuses, et de leur incroyable beauté, éclabousse très vite le pays et même l’Europe.

Qui sont ces Dames de Ferrare, objets de tant de désirs et de fantasmes ?

Nous savons aujourd’hui que ces célèbres artistes vivaient à la Cour. Elles répétaient jusqu’à six heures par jour et étaient rémunérées par le Duc. On dit qu’il avait un respect sans limite et une adoration pour elles, et qu’il les comblait d’un confort similaire à des Dames de la Cour. Elles étaient les "Suonatrice".

Au départ, nous retrouvons les noms Benedidio, Bradamente, Guarini (la fille du poète), et Bentivolio, apparemment des aristocrates proches du cercle de la Duchesse Marguerita. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles vont défrayer la chronique.

Anna Guarini, qui remplace sa tante Lucrezia Bendidio, mourra assassinée par son mari et son frère. Livia d’Arco est la maîtresse attitrée du Cardinal Tarquinio Molza et fait parler d’elle à cause de sa relation scandaleuse avec le compositeur Giaches de Wert. Elle sera d’ailleurs bannie de la Cour. Reste Laura Peverada.

Chacune des dames joue d’un instrument. Elles jouent pour s’accompagner : épinette, luth, viole, elles jouent en chantant et maîtrisent incroyablement l’art du contrepoint et celui de l’ornementation mélodique. Ces virtuoses excellent dans la monodie et l’improvisation et elles étaient également danseuses.

Laura Peverada joue de la harpe, un instrument apparemment offert par le Duc lui-même et qui reste d’ailleurs un excitant mystère pour les musicologues. Il est conservé à la galerie Estense de Modène. Laura est une muse. Une inspiratrice. Une icône. Une magicienne ensorceleuse.

Le fameux poète Tarquato Tasso lui dédie deux recueils. Il "joue" avec son prénom, Laura, évoquant L’or (L’Aureo), ou le vent (L’Aura). Il ose brillamment l’ambiguïté de Lauro (le laurier), plante divine et toute symbolique pour les poètes.

Les concerts secrets

Les concerts secrets, ces rassemblements remarquables, auraient perduré jusqu’à la mort du Duc en 1597, après trois mariages et sans héritiers. C’est son cousin direct qui hérite du Duché, mais la ville de Ferrare est également une ville papale. Les actions diplomatiques et les pressions de l’Église contribuent à la dissolution du groupe de musiciennes.

Certains compositeurs de l’époque avaient assisté aux concerts secrets. La règle était de ne pas publier, de ne rien dévoiler de ces moments de musique uniques et de ces partitions incroyables.

Le célèbre compositeur Luzzasco Luzzaschi, professeur de Frescobaldi, écrit spécifiquement pour Les Dames. Les performances et le style de ces musiques et compositions ont inspiré des compositeurs tels que Gesualdo, Marenzio, qui eux aussi se mirent à écrire pour ces belles artistes.

On dit que Giulio Caccini, aurait par jalousie, après avoir assisté au concert, créé un groupe "rival" avec des membres de sa famille et certaines de ses élèves. Il ne sera pas le seul. On dit d’ailleurs qu’il se serait approprié à la fois le concept et le style.

Et pour plonger de cette atmosphère, Céline Scheen vous invite à écouter l'album Laura de Marie-Domitille Murez et de vous plonger dans l'excellent livret qui l'accompagne, rédigé par Mathilde Étienne.

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