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Monde

Les dégâts collatéraux de la guerre en Ukraine dans l'espace

Le conflit en Ukraine a des répercussions jusque dans l’espace. A bord de la Station Spatiale Internationale ISS tout va bien officiellement. Il n’empêche, la Russie menace, à terme, d’y arrêter sa coopération. Quant à la sonde spatiale européenne Exomars , son départ en septembre est tout simplement annulé et reporté sine die.

La Station Spatiale Internationale (ISS) en orbite autour de la Terre
La Station Spatiale Internationale (ISS) en orbite autour de la Terre 2011 NASA

Une vidéo qui met les pieds dans le plat

La vidéo a fait le tour de la toile. Elle montre des cosmonautes russes qui font leurs adieux à leurs collègues et quittent la station spatiale internationale à bord de leur module. En fait, il s’agit d’un fake réalisé par la propagande russe. Rien de tout ça ne s’est passé, en réalité. Pour une bonne et simple raison, tous les modules de la station ISS sont interdépendants et ne peuvent pas s’utiliser de manière autonome si facilement que ça. Christian Barbier est chef de Projet au Centre spatial de Liège. Il a suivi les derniers événements survenus à bord de la station ISS :

"Ce scénario est complètement irréaliste pour plusieurs raisons. Vous avez, tout d’abord, un équipage international qui travaille dans des conditions confortables mais dangereuses et le moindre esclandre risque de compromettre la sécurité de tous. Les segments russes et occidentaux sont bien sûrs interconnectés. Le segment russe booste la station et l’empêche de descendre à la limite de l’atmosphère terrestre mais, en contrepartie, le segment russe a besoin du segment occidental pour son alimentation électrique. Un désarrimage du module russe ne se limiterait pas à un désaccouplement mécanique. Des tas de câbles assurant l’électricité et les communications connectent les modules les uns aux autres. Ces câbles devraient être sectionnés, ce qui implique une sortie dans l’espace. Rien de très simple donc."

La Russie veut abandonner à terme la station spatiale internationale

La station spatiale ISS est toujours complète avec tous ses modules interconnectés jusqu’à présent. Mieux encore, de nouveaux cosmonautes russes y sont arrivés récemment, accueillis à bras ouverts par leurs homologues occidentaux. Ils étaient même habillés d’une curieuse combinaison bleue et jaune aux couleurs de l’Ukraine. Une fois encore, plus d’un observateur s’en sont étonnés, mais pas Christian Barbier: "Je suis convaincu que ça n’a rien à voir avec l’Ukraine. Les trois nouveaux cosmonautes viennent de l’Institut Baumann. C’est un des grands instituts aéronautiques et spatiaux en Russie et ce sont justement les couleurs de cet institut."

L’ambiance est donc bonne à bord de la Station Spatiale Internationale ISS, mais son avenir n'en reste pas moins incertain, selon Emmanuel Jehin, Astrophysicien et maître de conférence FNRS à l’U-Liège : "Les Russes avaient développé des liens étroits avec les Européens depuis 25 ans et ça leur rapportait pas mal d’argent, notamment, la location de leurs vaisseaux Soyouz pour transporter les astronautes américains jusqu’à la station ISS (80 millions par astronaute transporté). Les Américains ont décidé de prolonger la station spatiale jusqu’en 2030, mais les Russes n’ont pas encore donné leur accord. Poutine a indiqué qu’il voulait développer sa propre station spatiale dans l’espace et qu’il voulait plus collaborer avec les Chinois, pour un retour sur la lune. On pourrait retourner à une conquête de l’espace dans un scénario un peu semblable à ce qui s’est passé durant la période de la guerre froide."

Le report de la mission Exomars

Autre problème, le report de la mission européenne Exomars. Elle devait décoller cet automne depuis la base russe de Baïkonour à destination de Mars. A son bord, un petit rover devait étudier le sol martien. Impossible dans les circonstances actuelles, comme l’explique le directeur général de l’Esa, l’Agence Spatiale européenne : "Les sanctions que nos pays membres imposent à la Russie rendent impossible ce départ, dans les faits impossible, opérationnellement impossible et moralement impossible. A cet égard, la décision est absolument la bonne."

Mais pour Emmanuel Jehin, le report de ce départ pose question:  "La mission ne peut pas se passer puisqu’on a besoin des Russes pour envoyer et poser le rover européen sur Mars. Cette mission est en cours et est retardée depuis de nombreuses années. Nos chercheurs belges y ont notamment une expérience à bord. L’autre problème c’est qu’il faudra attendre la prochaine bonne fenêtre de tir, c’est-à-dire lorsque la Terre et Mars seront parfaitement alignées."

Les Européens trop dépendants de leurs partenaires russes et américains ?

Le prochain créneau est pour 2024, mais pas sûr que les relations entre l'Europe et la Russie se rétablissent entretemps. Pierre Coquay, le directeur du service spatial de Belspo évoque les conséquences de ce report : "Peut-on encore imaginer une collaboration avec la Russie à l’avenir ? Peut-être devrons-nous développer nos propres lanceurs ou nouer de nouvelles collaborations ? Une chose est sûre, cette situation retarde le programme Exomars et entraîne des coûts plus importants pour chacun des participants à ce projet, dont la Belgique."

Des coûts plus importants, sans doute de nouveaux partenaires, une chose est sûre, l'Europe n'installera pas de sitôt son premier rover sur Mars.

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