Jupiler Pro League

Les entraîneurs en Pro-League : le carrousel s'affole, les contrats à durée indéterminée se généralisent

Felice Mazzù en mauve...

© RSCA

02 juin 2022 à 13:32 - mise à jour 02 juin 2022 à 13:42Temps de lecture3 min
Par Erik Libois

C’est une (triste) habitude en Belgique : nos clubs n’ont jamais gardé leur entraîneur très longtemps. Mais cette entre-saison, on bat tous les records. Fini aussi les contrats à durée déterminée : place aux CDI.

La " limogite ", vous connaissez ? Variante : la bougeotte. Attraction préférée : le carrousel – au besoin, le jeu de dominos. Accessoire privilégié : le bouton-poussoir. Car on a beau dire, on a beau faire, les dirigeants belges restent de grands émotionnels, frappés d’une vilaine manie : celle de changer d’entraineur (presque) comme de chemise.

Après les signatures, cette semaine, de Felice Mazzù à Anderlecht, de Wouter Vrancken à Genk, de Bernd Storck à Eupen, de Mbaye Leye à Zulte Waregem et de Danny Buijs (ex-Groningue) à Malines, onze (!) des 18 clubs de D1A ont déjà changé de coach pour cette intersaison. Si on note que le Cercle Bruges, Courtrai et Ostende ne font que poursuivre avec leurs T1… arrivés en cours de saison écoulée, seuls… 4 clubs de D1 vont reprendre (si rien ne change d’ici juillet) la prochaine saison avec le même technicien qu’il y a un an : Gand, Charleroi, Saint-Trond et Louvain !

Marc Brys, le dernier rescapé de 2020...
Marc Brys, le dernier rescapé de 2020... © BELGA

Remontons encore douze mois plus tôt, à l’été 2020. Le 16 juin de cet été-là, Marc Brys signe son contrat (de 4 ans) à OH Louvain : l’Anversois est deux ans plus tard… le seul coach de D1A encore en place ! Depuis sa signature, 59 changements de coaches ont eu lieu ! Des rotations concernant… 48 coaches différents seulement, puisque le jeu de dominos (AKA carrousel) est une spécialité noire-jaune-rouge.

Depuis deux saisons, les clubs de l’élite les plus consommateurs d’entraîneurs sont Genk et le Beerschot (5 coaches chacun), suivis de l’Antwerp, de Gand, d’Eupen et du Standard (4). Même des clubs traditionnellement stables comme Zulte Waregem (Francky Dury en T1 de… 1994 à 2021 avec une seule année d’interruption en 2010), le Club Bruges et Anderlecht en sont à 3 coaches consommés depuis 24 mois. Quel sera le sombre tableau dans douze mois ?...

La nouvelle mode du CDI

Autre tendance, très actuelle : les coaches contractés… à durée indéterminée (CDI). De Felice Mazzù (déjà lors de sa fin de période au Pays Noir) à Carl Hoefkens (Club Bruges… et, avant lui, déjà Philippe Clément et Alfred Schreuder), en passant par Mbaye Leye, Edward Still (Charleroi), Wouter Vrancken ou encore Karim Belhocine (Courtrai), la plupart des coaches de D1A sont aujourd’hui liés par CDI à leur employeur. Alors que, jusqu’il y a peu, le CDD (contrat à durée déterminée, de 1 à 5 ans maximum) était la norme.

La différence réside dans le montant de l’indemnité de rupture " explique Sébastien Ledure, avocat de sport spécialisé auprès du cabinet CRESTA. " En gros, l’indemnité de rupture est doublée pour un CDD par rapport à un CDI. Mais les montants restent limités car il se calculent en semaines de salaires à payer, par l’employeur quand c’est le club qui limoge le coach, ou par ce dernier quand c’est celui-ci qui s’en va (NDLA : comme dans le cas de Mazzù). Je ne m’explique donc pas vraiment cette mode actuelle des CDI dans un milieu qui a toujours pratiqué le CDD : selon moi, il s’agit surtout d’un engagement symbolique qui équivaut à dire ‘nous nous engageons ensemble pour une durée plus longue que pour un terme défini.’ (NDLA: même si on voit bien qu'en pratique, le carrousel n'a jamais tourné aussi fou...) Mais à nouveau, ceci est le régime général de n’importe quel employé : cela n’a rien de spécifique au sport, ni au football dans le cas qui nous occupe. "

Sébastien Ledure, avocat de sport spécialisé auprès du cabinet CRESTA
Sébastien Ledure, avocat de sport spécialisé auprès du cabinet CRESTA © BELGA

En pratique, le lien club-entraîneur semble donc plus fragile avec un CDI qu’avec un CDD, puisque l’indemnité de libération est moindre. C’est là qu’interviennent les clauses : selon son poids dans la négociation initiale, l’entraîneur (via son agent) va imposer ou non d’importantes modalités en cas de licenciement. Des coaches comme José Mourinho ou, rayon belge, Georges Leekens sont passés maîtres dans l’art de se faire limoger… pour toucher les grosses indemnités prévues dans leur contrat.

Inversement, la généralisation des CDI amène davantage d’entraîneurs à anticiper leur départ à moindre frais : outre le cas de Felice Mazzù (même si dans le cas du Carolo, les raisons de la rupture avec l’Union sont sans doute aussi liées au manque de perspectives sportives), Philippe Clément a activé le levier monégasque quand il a senti que l’alchimie avec Bruges déclinait.

© RSCA

Je n’ai pas connaissance d’un coach démissionnaire que son ex-employeur aurait obligé à prester son préavis… et ce serait d’ailleurs totalement contre-productif " reprend Sébastien Ledure. " Mais en théorie, c’est tout à fait possible : pour contrer les entraîneurs à bougeotte, la loi interdit d’ailleurs à un coach ayant brisé son contrat de signer dans un club de la même division au cours de la même saison. Et selon les termes, une saison court jusqu’au 30 juin… "

La date des entraînements à Anderlecht étant prévue pour le 20 juin, l’Union pourrait dès lors empêcher Felice Mazzù de prester en mauve… du 20 au 30 de ce même mois. Mais on n’en arrivera évidemment pas là. Moyennement quelques pépettes...

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous