Initiatives locales

Les épiceries sociales, une aide alimentaire de plus en plus nécessaire pour les personnes précarisées

© Capture BX1

14 nov. 2022 à 14:03 - mise à jour 15 nov. 2022 à 10:39Temps de lecture5 min
Par Arno Goies avec BX1 et TéléMB

Ouvertes aux personnes en situation de précarité, les épiceries sociales leur permettent d’accéder temporairement à des produits alimentaires et sanitaires à des prix inférieurs à ceux du marché. Mais les demandes de clients sont de plus en plus nombreuses suite à l’inflation des prix et les crises qui se succèdent. À Bruxelles comme en Wallonie, le constat est implacable…

Fruits, légumes, pâtes, conserves, céréales… Tout le décor de ce magasin fait penser à une épicerie classique, à un détail près : les prix. Ces épiceries sociales proposent des produits alimentaires à moindre coût pour les personnes en situation de précarité.

Mais avec les différentes crises qui se succèdent, les demandes affluent et les produits viennent à manquer, comme le remarquait déjà cette employée de l’épicerie sociale du CPAS d’Anderlecht. " Surtout au début de la crise ukrainienne, on a remarqué qu’il y avait un manque au niveau des produits frais, des fruits et légumes. On reçoit moins qu’avant ", explique Fatiha Hamouch au micro de BX1.

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Les produits achetables dans les épiceries sociales proviennent majoritairement de dons des magasins ou de l’horeca, souvent des invendus. Problème : si des produits viennent à manquer, les épiceries sociales sont contraintes d’acheter ce qu’ils ne peuvent recevoir. Situation que l’on remarque actuellement : "Les entreprises du secteur alimentaire deviennent plus strictes avec leurs surplus à cause de l’augmentation des coûts de production", remarque Piet Vanthemsche, président de la fédération belge des banques alimentaires (FBBA). "Nous essayons de compenser cela en achetant nous-mêmes des vivres, ce qui pèse sur le budget, mais la situation reste compliquée".

Une situation d’autant plus complexe que le nombre de bénéficiaires est en nette augmentation. " L’épicerie soutient, pour le moment, 500 familles, ce qui correspond à plus ou moins 1400 personnes ", précise Thérèse Dumst, directrice de l’Action Sociale d’Anderlecht. " Nous sommes en juillet 2022 et nous avons déjà atteint le quota de personnes que nous touchions en décembre 2021. "

>> Epiceries sociales, frigos, colis alimentaires… Retrouvez l’aide alimentaire en région bruxelloise sur la carte* ci-dessous !

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*Source : Fédération des Services Sociaux (FdSS)

Une situation similaire en Wallonie

Si la situation se présente à Bruxelles, elle est semblable du côté de la Wallonie. Active depuis 2019, l’Epicerie du Coeur de Mons s’est réorganisée et propose ces colis alimentaires depuis octobre 2021. L’ASBL montoise fonctionne grâce aux dons des grandes enseignes, des particuliers ainsi qu’aux livraisons des Restos du Coeur, une fois par semaine. Une association au rôle important et qui, malheureusement, doit aider de plus en plus de personnes.

La sortie covid est très compliquée ! " précisait déjà l’assistante sociale de l’Epicerie du Coeur de Mons, Géraldine Godart, à TéléMB en mai. " Les demandes continuent d’augmenter et nous avons dû augmenter nos créneaux de distribution. Désormais, nous sommes ouverts toute la semaine alors qu’on ne distribuait pas de colis le lundi à la base. On aide 300 familles par semaine ce qui représente près de 1000 colis par mois. Cela reste une période compliquée pour nos familles avec l’augmentation de l’énergie et du coût de la vie. "

>> " Parfois, il y a beaucoup de choses et parfois un peu moins. Mais il ne faut pas être mécontent de ce qu’on nous propose et on prend ce qu’il y a ", indique Grégory, un bénéficiaire, à TéléMB

Même son de cloche du côté de Charleroi. Il y a deux ans, en pleine période Covid, la Croix-Rouge ouvrait un centre logistique alimentaire à Marcinelle, appelé le Hub. Ici, les produits frais invendus de 9 magasins et grandes surfaces partenaires, mais également du Marché Vespéral tout proche, sont récolés 6 jours sur 7 pour aider les plus démunis.

Pierre Santacatterina, directeur du réseau Croix-Rouge le confirme, Charleroi est particulièrement touchée par la demande croissante : " En effet les besoins augmentent partout", explique-t-il au micro de Télésambre. " Les tendances qui nous sont rapportées font état de 10 à 50% d’augmentation mais parfois c’est bien supérieur, comme à Charleroi où les chiffres ont été multipliés par deux ces derniers mois ".

En 2022, au 31 octobre, ce centre a collecté près de 272 tonnes de produits frais, soit une valeur marchande de 1,470 million €. En moyenne, chaque mois 5000 personnes (entre 1600 et 1800 familles) sont aidées par le Hub.

Dans les coulisses du centre logistique d’aide alimentaire de la Croix-Rouge

Et ce sont parfois ces épiceries qui vont vers les personnes qui en ont le plus besoin. Il y a un peu plus d’un an, fin mars 2021, la Croix-Rouge lançait en Gaume, la première épicerie sociale itinérante du réseau. Le concept est simple, une camionnette aménagée va à la rencontre des habitants des villages et propose des produits de qualité et de première nécessité à la moitié du prix pratiqué en grande surface.

Un service qui répond à un réel besoin dans une région où beaucoup de personnes connaissent des problèmes de mobilité. Lors des premières semaines, en moyenne 25 familles ont été aidées. Aujourd’hui, le nombre a quadruplé ! Près de 100 familles sont aidées sur quatre communes : Musson, Rouvroy, Meix-devant-Virton et depuis ce 11 novembre, Virton. La nouvelle tournée de Virton se déroulera tous les vendredis.

>> Epiceries sociales, frigos, colis alimentaires… Retrouvez l’aide alimentaire en région wallonne sur la carte ci-dessous !

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*Source : Fédération des Services Sociaux (FdSS)

Mais comment ça fonctionne ?

En Belgique, l’aide alimentaire se manifeste via des épiceries sociales mais aussi via la distribution de colis alimentaires et les restaurants sociaux. Les produits sont bien souvent issus de dons de supermarchés, d’associations qui récupèrent les invendus ou encore de banques alimentaires. Ils sont ensuite revendus moitié prix, voir gratuitement dans certains cas, dans ces épiceries sociales tenues par des CPAS, des associations locales ou encore la Croix-Rouge. Mais si certains produits viennent à manquer, certaines épiceries se voient obliger d’acheter certains produits.

Mais attention, contrairement aux " vestiboutiques " qui sont maintenant ouvertes à tous, les épiceries sociales sont destinées aux personnes en situation de précarité. Parce qu’il s’agit d’un coup de pouce pour surmonter des difficultés momentanées, l’accès y est limité dans le temps, et pour un montant limité par mois, en fonction du nombre d’adultes et d’enfants dans le ménage. Bien souvent, c’est le CPAS, en concertation avec la Croix-Rouge ou l’association, qui décidera de la nécessité de l’aide.

Une personne en détresse peut également recevoir un colis alimentaire d’urgence si elle est dans une situation précaire qui peut menacer ses conditions d’existence.

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