Politique

Les Flamands ne devront plus voter pour les élections locales en 2024, le saviez-vous?

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03 juin 2022 à 14:38 - mise à jour 03 juin 2022 à 20:30Temps de lecture4 min
Par Aubry Touriel

Peu de Belges francophones le savent, mais les citoyens flamands ne seront plus obligés d’aller voter pour les élections communales et provinciales de 2024. Comment ça se fait et quelles seront les implications de ce changement fondamental dans la démocratie en Belgique ?

"Le vote est obligatoire et secret." Voilà ce qu’on peut lire dans l’article 62 de la Constitution belge. A priori, on pourrait donc croire que toutes les élections du pays sont soumises aux mêmes règles, mais ce serait évidemment trop simple dans le pays du surréalisme… Cette phrase inscrite dans la Constitution ne concerne en effet que les élections pour la Chambre des Représentants.

Avant 2001, l’État fédéral était responsable de l’organisation et de l’élection des pouvoirs locaux. Mais la loi spéciale du 13 juillet 2001 vient changer la donne : les régions sont alors compétentes en matière d’organisation et d’élection des pouvoirs locaux.

Cinq ans plus tard, la Wallonie en profite pour modifier la manière de désigner le bourgmestre : depuis le scrutin de 2006, c’est le candidat qui récolte le plus de voix de préférence sur la liste qui a obtenu le plus de voix de la future coalition qui deviendra automatiquement bourgmestre.

La Flandre a adopté un règlement similaire sur la désignation automatique des bourgmestres… quinze ans après la Wallonie. Ce changement acté en été 2021 entrera en vigueur à la suite des élections communales de 2024.

Volonté des libéraux

La désignation automatique des bourgmestres n’est pas la seule mesure à réformer les règles du jeu électoral dans le nord du pays. On en retrouve une qui vient bouleverser les valeurs fondamentales de la démocratie en Belgique : les citoyens flamands ne seront plus obligés de se rendre aux urnes pour les élections communales et provinciales. Une première dans un pays où " le vote est obligatoire ".

Cette suppression de l’obligation de vote était attendue puisqu’elle était inscrite dans l’accord du gouvernement de Jan Jambon : " La politique doit elle aussi évoluer avec son temps. Les citoyens auront davantage leur mot à dire dans les élections locales. Nous abolirons le vote obligatoire, tout comme tout comme le vote en case de tête. Et nous donnerons aux citoyens plus influence sur l’élection du bourgmestre. "

Herwig Reynaert, politicologue à l’université de Gand, explique que cette volonté émane des libéraux, dont Bart Somers (Open Vld) est l’actuel ministre flamand en charge des pouvoirs locaux : " Selon eux, tout le monde doit avoir l’occasion de voter, mais ce n’est pas au politique de décider si tu dois ou pas te rendre aux urnes. "

Cela fait d’ailleurs des années que Bart Somers, bourgmestre de Malines, plaide pour la suppression de l’obligation de vote : alors qu’il était président de l’Open Vld, il en avait déjà fait la demande lors des négociations de gouvernement fédéral en 2007.

Inciter les citoyens à voter

Selon le professeur Reynaert, il est difficile de prévoir l’impact de la suppression de l’obligation de vote en Flandre, étant donné que cela ne s’est jamais produit auparavant.

Il est néanmoins convaincu que la campagne va être différente : " Les candidats doivent convaincre leur propre électorat à aller voter. Dans les communes où il y a une majorité absolue, les électeurs risquent de rester à la maison plutôt que d’aller voter, car ils ne verraient pas ce que leur vote changerait. Face à ce risque, les partis ne pourront donc pas se reposer sur leurs lauriers. "

Avant de nuancer : " Beaucoup de pays n’obligent pas leurs citoyens à se rendre aux urnes, ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de républiques bananières. "

Herwig Reynaert rappelle que de nombreuses études à l’étranger montrent l’un des effets inévitables de la suppression de l’obligation de vote. " Certains groupes de la population vont moins aller voter, par exemple : les personnes d’origine étrangère, les femmes, les personnes peu qualifiées. On constate également une grande différence entre la ville et la campagne : les citadins ont tendance à moins voter, la distance citoyen-politique semblant plus grande en ville. "

Abstention à la hausse

En jetant un coup d’œil sur les taux d’abstentions lors des élections communales de 2018, on se rend compte que, même si le vote était obligatoire cette année-là, 14% des électeurs inscrits ont voté blanc/nul ou ne se sont pas présentés dans l’isoloir.

Et les différences entre les régions sont marquantes : plus de 20% des Bruxellois n’ont pas voté ou voté blanc/nul. En Wallonie, ce pourcentage oscille dépasse les 18% alors qu’il s’élève en moyenne à 11% en Flandre. Les Flamands semblaient donc plus enclins à remplir leur devoir de citoyen.

Toutes les communes dont la valeur est supérieure à 20% sont situées dans les cantons de l’Est, dans le sillon Sambre et Meuse, dans et autour de Bruxelles ou à l’extrême sud du pays.

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Par ailleurs, le phénomène d’abstention ne se manifeste pas seulement à l’échelon local. Lors des élections fédérales de 2019, plus de 1,3 million de Belges ayant le droit de vote n’ont pas voté ou ont déposé un bulletin de vote blanc/nul. Ensemble, ils représentent 17% des électeurs, soit le premier "parti" de Belgique, devant la N-VA.

Une chose est sûre, conclut Herwig Reynaert : " On ne doit pas se faire d’illusion : la suppression de l’obligation de vote va réduire le taux de participation de la population aux élections locales en Flandre. "

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