Les frais scolaires encore trop élevés, dénonce la Ligue des Familles, qui veut une vraie gratuité à l'école

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25 août 2021 à 04:00 - mise à jour 25 août 2021 à 18:06Temps de lecture5 min
Par Lisa Beken

Payer pour un enfant qui est à l’école maternelle, c’est désormais totalement fini. Mais pour le moment, rien n’est encore prévu pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ce que dénonce la Ligue des familles dans une étude sur les coûts scolaires qui vient d’être publiée. L’organisation a choisi de donner la parole à sept familles, aux profils variés, mais qui connaissent toutes des difficultés à faire face aux frais importants liés à la scolarité.

1200€ en primaire, 1500€ en secondaire

Aller à l’école, cela implique une série de coûts pour les parents. 1200 euros pour une année en primaire et 1500 euros en secondaire selon une étude réalisée en 2017 par la Ligue des familles. Pour les secondaires techniques, ce montant peut même dépasser 2000 euros.

Pour la Ligue des familles, c’est trop, et cela a des répercussions sur de nombreuses familles. "Nous voyons que les difficultés sont énormes pour certains parents. Les politiques doivent agir pour réduire la facture de ces derniers. Toutes les familles que nous avons interrogées connaissent des difficultés. Qu’elles travaillent, ou pas. Famille nombreuse ou monoparentale. Il y a vraiment une diversité de profil. Pour moi, c’est ce qui est probablement le plus interpellant. Cette difficulté à payer les frais de scolarité concerne beaucoup plus de gens que ce que l’on s’imagine", explique Maxime Michiels, auteur de l’étude de la Ligue des familles sur les coûts scolaires.


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Il ajoute : "La gratuité des fournitures scolaires a été instaurée progressivement dans l’enseignement maternel : d’abord en 1re maternelle en 2019, puis en 2e en 2020 et enfin en 3e lors de cette rentrée 2021. Et la suite alors ? A ce jour, rien n’est prévu, et encore moins voté pour l’enseignement primaire et secondaire."

L’accord du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles entendait pourtant "poursuivre et renforcer les mesures adoptées en matière de gratuité scolaire et fixer un échéancier progressif de mise en œuvre de la gratuité". C’est aussi ce qui était prévu dans le Pacte pour un enseignement d’excellence : "Le renforcement de la gratuité doit s’envisager de manière séquentielle en priorité dans l’enseignement maternel, puis dans l’enseignement primaire, puis dans l’enseignement secondaire". Mais actuellement, rien n’est encore prévu pour la rentrée 2022, ce qui inquiète la Ligue des familles.

Des frais lourds et parfois illégaux

Tableau récapitulatif des coûts scolaires
Tableau récapitulatif des coûts scolaires © Jérémy DEHERTOGH

Faire payer un minerval, obliger les parents à acheter certaines marques ou encore demander de payer les photocopies, c’est interdit par la loi… Et pourtant, dans cette étude, certaines familles interrogées font état de frais illégaux demandés par les écoles.


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Le problème est que d’une part, beaucoup de parents ne connaissent pas la législation et ne sont pas au courant de ce qui interdit et de ce qui est autorisé. D’autre part, même si les parents étaient au courant, beaucoup n’oseraient pas s’opposer à l’école par crainte d’observer des répercussions sur leurs enfants par la suite.

C’est pourquoi la Ligue des familles a demandé qu’une inspection de la gratuité scolaire soit réalisée. Et ils ont été entendus : "Elle sera mise en œuvre dès septembre et viendra contrôler les écoles aléatoirement sur ce sujet. L' objectif est de contrôler la manière dont les écoles respectent ou non la loi, et de prendre les sanctions qui sont prévues dans le décret en conséquence", indique Maxime Michiels.

Une préoccupation constante

Pour faire face aux frais important comme la rentrée scolaire, ou un voyage scolaire, les parents ayant participé à l’étude expliquent qu’ils diluent ces frais dans le temps. Ils doivent sans cesse anticiper ces coûts. Une charge mentale constante. L’une des familles interrogées dans l’étude en témoigne : "Parfois, l’école nous oblige à acheter certaines marques, plus chères que les marques blanches. Alors, j’imprime la liste en juin, et je la mets dans mon portefeuille. Quand je fais les courses et que je vois une promo, je ramène une boîte. Comme ça, petit à petit, j’y arrive. J’ai toujours ça en tête. Même quand l’école est fermée, en juillet ou en août, je continue d’y penser ! "

Les frais scolaires avant la nourriture

"J’ai un carnet où je note les choses que je dois payer. Je mets les factures prioritaires comme mon loyer, puis les frais liés à l’école, et ensuite, après ça, c’est là que je sais avec combien je vais manger ce mois-là", explique une maman interrogée dans cette enquête.

Cet ordre de priorité, toutes les familles interrogées semblent le partager. Les frais liés à la scolarité des enfants sont une véritable variable du budget. Une autre maman expliquait par exemple postposer l’achat de nouvelles lunettes pour pouvoir continuer à payer les frais de l’école.

Pourtant, malgré ces difficultés, la plupart des familles paient, ce qui rend ces difficultés difficilement perceptibles. "Grâce aux solidarités mécaniques, comme le CPAS, ou organiques comme le recours aux proches, des parents arrivent à supporter ces charges. Néanmoins, demander ces aides n’est pas une chose aisée. Les parents concernés souffrent de leur incapacité à payer et vivent cette dépendance à l’aide comme une humiliation. Puis, pour ceux qui n’y arrivent pas, on rencontre parfois des situations humiliantes pour les enfants lorsque les enseignants ne permettent pas à l’enfant de participer à un cours de natation par exemple, tout en lui demandant d’être présent pour regarder ces camarades de classe. Ou pire, lorsque les impayés mènent à l’exclusion de l’école", Maxime Michiels.

Une relation parent-école compliquée

"Dans une logique de coéducation, la relation entre parent et école est un enjeu important. Pourtant, les témoignages des parents en difficultés montrent à quel point une relation de qualité est rendue difficile par l’existence des frais scolaires", peut-on lire dans l’étude. L’une des familles interrogées explique : "L’argent, c’est un polluant des relations avec l’école. Nous sommes obligés d’étaler notre vie privée et de dire aux uns et aux autres qu’on est… Qu’on a cette vie-là quoi. Pourtant, on ne veut pas spécialement le dire. On veut le cacher pour garder une certaine dignité. C’est sûr que s’il n’y avait plus cette pression financière, ça serait un large poids psychologique en moins, la communication avec l’école serait totalement différente."

Dans certains cas, l’étude montre également que la relation entre le parent et l’enfant est aussi mise à mal à cause des coûts scolaires. Notamment lorsque ce sont les enfants qui ramènent les factures de l’école à la maison. Des enfants qui sont eux-mêmes exposés à des préoccupations d’adultes. "J’espère que ça va changer. Le coût de l’école. Déjà pour moi c’est dur, mais je vois certains parents pour lesquels c’est très dur. Et on ne veut pas le montrer devant nos enfants, mais ils sentent ça. Par exemple, ma fille, une fois, pour un voyage, elle n’a pas osé me donner le papier. Une preuve qu’ils le ressentent", explique une maman interrogée dans le cadre de l’étude de la Ligue des familles.

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