Guerre en Ukraine

Les fuites de méthane des gazoducs Nord Stream, une catastrophe climatique ?

© GettyImages

30 sept. 2022 à 05:01 - mise à jour 30 sept. 2022 à 09:25Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck avec Corentin Laurent et Agences

Vous avez sûrement vu ces images de bouillonnements marins provoqués par les fuites de Nord Stream 1 et 2 en pleine mer Baltique. Au cœur de cette marée spectaculaire : principalement du méthane, un puissant gaz aux conséquences néfastes pour l’environnement. Pour autant, les effets de ces explosions devraient rester limités à l’échelle mondiale. Explications.

Bien qu'ils étaient hors service, les gazoducs Nord Stream 1 et 2 contenaient toujours d’importantes quantités de gaz naturel. Si les experts débattent encore des volumes relâchés, ceux-ci sont manifestement sans précédent. Et différentes agences de protection de l’environnement n’ont pas manqué de manifester leurs inquiétudes.

Loading...

Il faut dire que le gaz naturel est principalement composé de méthane (CH4), un puissant gaz à effet de serre responsable de près du tiers du réchauffement climatique. Son effet de réchauffement est d’ailleurs 28 fois plus important que celui du CO2 sur un horizon de cent ans. "Un kilo de méthane est 80 fois plus efficace que le CO2 pour absorber la même quantité d’énergie", note Cathy Clerbaux, professeure de sciences de l’environnement à l’ULB.

Sa durée de vie dans l’atmosphère est toutefois relativement courte : une dizaine d’années, contre des décennies, voire des centaines d’années pour le CO2.

Des conséquences à la surface

Si les explosions ont eu lieu sous la mer Baltique, le milieu marin n’est pourtant pas le premier concerné. En effet, le CH4 ne se dissout pas, ou très peu dans l’eau. "Le méthane, une fois émis au niveau des tuyaux, sort directement dans l’atmosphère, il passe par l’eau. Mais a priori il ne va pas tellement impacter la flore locale", explique Cathy Clerbaux.

En revanche, une fois à la surface, le gaz vient se loger dans l’atmosphère et y reste donc – comme indiqué plus haut – pour une durée d’environ dix ans. Certaines stations locales ont d’ailleurs déjà enregistré des pics de méthane, à proximité des zones de fuite.

Loading...

La grande inconnue reste donc la quantité de méthane qui risque de s’échapper des gazoducs pour rejoindre l’atmosphère. Selon l’Agence allemande de protection de l’environnement (UBA), les trois premières fuites devraient libérer jusqu’à 300.000 tonnes de méthane si la totalité de leur contenu venait à fuir. En d’autres termes, cela représenterait 7,5 millions de tonnes d’équivalents de CO2 – soit environ 1% des émissions annuelles de l’Allemagne. Ou, comme le souligne Greenpeace, l’équivalent des émissions annuelles de 20 millions de voitures en Europe.

Une bombe climatique ?

Ces chiffres ainsi que les effets sur l'environnement sont donc colossaux. Pour autant, ils sont à relativiser. En effet, chaque année, des quantités importantes de méthane s’échappent des installations de production d’énergies fossiles à travers le monde. "Il faut savoir qu’il y a des fuites en permanence sur les gazoducs. Ces nouvelles fuites contribuent donc à augmenter le méthane, mais cela ne va pas révolutionner les bilans de méthane que l’on observe déjà aujourd’hui", estime Cathy Clerbaux.

En 2021, les fuites mondiales équivalaient à la totalité de la consommation de gaz du secteur énergétique en Europe, selon l’Agence internationale de l’énergie. Quant aux infrastructures gazières mondiales, souvent mal entretenues, elles perdraient environ 10% des quantités transportées à cause de fuites.

Par ailleurs, d’un point de vue purement quantitatif, les conséquences climatiques de ces explosions restent mineures par rapport à l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre annuelles. Car, comme le rappelle Philippe Marbaix, climatologue chargé de recherche à la faculté des sciences de l’UCLouvain, ces gaz sont à évaluer au niveau mondial.

Cela pose toutefois des questions symboliques : "c’est un rappel que chaque citoyen doit économiser m3 par m3, pour ses factures et peut-être pour l’habitabilité de la planète, alors que quelqu’un d’autre – puisque cela a toutes les apparences d’un sabotage – a décidé de polluer à la grosse louche", estime Philippe Marbaix.

Loading...

"J’y vois paradoxalement une bonne nouvelle", note toutefois le climatologue. "Avec une quasi-élimination de l’usage de combustibles fossiles, on aurait beaucoup moins d’émissions de méthane. Or en avoir beaucoup moins peut suffire, du point de vue du climat."

Peut-être est-ce en effet une nouvelle occasion, comme le souligne Greenpeace sur Twitter, de réfléchir à notre consommation d’énergie fossile. "Ce qui est certain, c’est que c’est une terrible nouvelle pour le climat et que la dépendance de l’Europe au gaz doit cesser", estime l’ONG. "Plus de gaz = plus de fuite."

Sur le même sujet :

Sur le même sujet

Augmentation record de la concentration de méthane dans l'atmosphère en 2021, selon l'ONU

Monde

Un nouvel instrument de la Nasa aide à détecter les "super-émetteurs" de méthane depuis l’espace

Climat

Articles recommandés pour vous