Les éclaireurs

Les gardiens de l’eau

Les gardiens de l’eau

© Douglas P Sacha

22 mai 2021 à 12:00Temps de lecture6 min
Par Fabienne Vande Meerssche

Ce samedi 22 mai 2021, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS : Jonathan Marescaux, collaborateur scientifique au Département de Biologie de l’UNamur, ChangeMaker dans le réseau The Shift et CEO de la start-up E-BIOM & Amaël Poulain, hydrogéologue, Docteur en Sciences, chercheur à l’Université de Namur et fondateur de la société TRAQUA, start-up de services d’expertises dans le domaine de l’écoulement des eaux.

DIFFUSION : samedi 22 mai 2021 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 23 mai 2021 à 23h10’

Jonathan Marescaux

Jonathan Marescaux

Jonathan Marescaux est collaborateur scientifique au Département de Biologie de l’UNamur, ChangeMaker dans le réseau The Shift et CEO de la start-up E-BIOM.

Après des études de Biologie à l’Université de Namur et un master en écologie, il obtient en 2010 le prix de Biologie "Jacques Kets" récompensant le meilleur mémoire en rapport avec la protection de la nature. Il débute ensuite une thèse de doctorat soutenue par le FNRS afin d’étudier des espèces exotiques envahissantes. Depuis le début de son parcours, Jonathan Marescaux veut combiner des approches moléculaires (génétiques) et des études d’écologie pure.

Il termine sa thèse de doctorat en 2014 et est alors engagé comme consultant en écologie pour une entreprise multinationale pendant quelques mois, expérience au cours de laquelle il coordonne les attentes et besoins du client et la réalisation d’actions concrètes. En 2015, Jonathan Marescaux soumet un projet First Spin-off auprès de la Région avec l’idée de proposer aux Services Publics, entreprises, ONG ou particuliers, d’allier outils de pointe (génétique, ADN environnemental,…), méthodes traditionnelles (observations, visites de terrain,…) et expertise scientifique de haut niveau, et ce afin de répondre aux enjeux environnementaux et à la crise de la biodiversité. En 2019, la start-up E-BIOM est ainsi créée.

 

Logo E-BIOM
Logo E-BIOM © E-BIOM

E-BIOM est née de la rencontre de scientifiques souhaitant apporter des solutions concrètes aux enjeux sociétaux majeurs : développement durable, crise climatique, extinction de la biodiversité, résilience,… Écologue, biologiste moléculaire, bio-informaticien et microbiologiste ont pour objectif commun de mettre leur expertise au service de la transition écologique et de contribuer activement à la conservation de la biodiversité et la protection de l’environnement. Dès lors, ils proposent l’utilisation de méthodes génétiques de pointe pour obtenir rapidement des données précises sur la faune et la flore, sur la présence d’espèces protégées ou encore de pathogènes, dans l’objectif de résoudre des problématiques environnementales.

ADN environnemental

L’innovation d’E-BIOM repose sur l’étude de l’ADN environnemental. Cette méthode scientifique permet de détecter la présence d’espèces animales, végétales ou de micro-organismes à partir de traces d’ADN contenues dans des échantillons environnementaux (eau, sol, fèces).

Tous les organismes vivants, de la plus petite bactérie au plus grand mammifère, laissent des traces dans leur environnement, sous forme d’ADN. Cet ADN contient l’information génétique des êtres vivants et permet l’identification des espèces (virus, bactéries, plantes, animaux,…) présentes dans un écosystème. Le travail d’E-BIOM consiste donc à récupérer ces traces d’ADN et à les identifier en les comparant à celles répertoriées dans des bases de données internationales, tout en développant aussi sa propre base de données.

Prélèvement d’eau
Prélèvement d’eau © E-BIOM

La technique de l’ADN environnemental comble toutes les difficultés rencontrées lors des inventaires biologiques traditionnels : la méthode est rapide à mettre en œuvre sur le terrain, plus avantageuse économiquement et surtout n’a aucun impact sur l’environnement. Elle permet d’éviter les effets négatifs comme le stress, la diminution de l’immunité à la suite de la capture ou encore le dérangement des espèces protégées pendant la période de reproduction !

Ces derniers mois, la jeune Spin-off de l’Université de Namur s’est engagée dans la lutte contre le coronavirus en analysant la présence du SARS-CoV-2 dans les eaux usées des stations d’épuration wallonnes. Les résultats de cette étude pilote ont conduit à la mise en place d’un suivi épidémiologique permettant de quantifier le coronavirus dans les eaux usées, dans le but de disposer d’un système d’alerte précoce sur le territoire wallon.

À l’heure actuelle, la start up vient de fêter ses deux ans et l’équipe a déjà doublé de taille !

Amaël Poulain

Amaël Poulain

 

Amaël Poulain est hydrogéologue, Docteur en Sciences, chercheur à l’Université de Namur et fondateur de la société TRAQUA, start-up de services d’expertises dans le domaine de l’écoulement des eaux.

Après avoir étudié la géologie à l’UNamur et à l’ULB, il entame une thèse de doctorat à l’UNamur dans le cadre d’un projet FNRS en collaboration avec l’UMons et l’Observatoire Royal de Belgique. Sa recherche porte sur l’étude des flux et du stockage d’eaux souterraines dans les aquifères calcaires karstiques : un type particulier de réservoirs d’eaux souterraines, très abondants sur la planète et grands pourvoyeurs d’eau, mais également très vulnérables. Ces réservoirs souterrains ont en effet la particularité de présenter des vides pénétrables à l’homme, créés par la dissolution de la roche calcaire par l’eau au fil du temps. Ceci leur confère une grande perméabilité, rendant l’écoulement de l’eau souterraine très rapide et donc très vulnérable aux événements externes.

Aquifères calcaires karstiques
Aquifères calcaires karstiques © Gaëtan Rochez

L’objectif a donc été de comprendre le fonctionnement de ces réservoirs souterrains : comment l’eau de pluie s’y infiltre-t-elle ? À quelle vitesse va-t-elle rejoindre la nappe phréatique en profondeur pour la recharger ? Est-elle stockée en route et si oui, de quelle manière ? Si cette eau d’infiltration était contaminée, quel serait l’impact pour l’eau du sous-sol ? Ces recherches ont été menées dans le laboratoire souterrain de la grotte de Lorette-Rochefort, un des premiers laboratoires souterrains dans le monde dédié à ces thématiques.

L’enjeu de ces recherches est primordial étant donné que les aquifères de ce type alimentent près de 25% de la population mondiale en eau potable. L’eau y transite très rapidement et est très exposée aux sources de polluants en surface. Il convient d’être particulièrement attentif à leur gestion pour protéger ces précieuses ressources et garantir la qualité de l’eau sans menacer l’équilibre naturel.

Amaël Poulain a ainsi développé des technologies de monitoring automatiques dans le but de répondre aux questions scientifiques que posent ces milieux. Pour déployer davantage ces technologies et les proposer aux acteurs du monde de l’eau, il a lancé une Spin-off avec Sofie de Volder, TRAQUA. L’entreprise propose une gamme de services spécialisés dans la caractérisation des écoulements d’eaux, souterraines bien entendu, mais également tout au long de la chaîne d’utilisation de l’eau : captages d’eau, distribution d’eau potable, réseaux d’eaux usées, traitement de l’eau. L’équipe met notamment en place des réseaux de suivi à l’aide de sondes automatiques pour cartographier au mieux les relations hydrogéologiques à l’échelle d’un territoire ou sur une problématique particulière (contaminations, fuites, caractérisation de réseaux, conflits liés à l’eau…).

Monitoring hydrologique
Monitoring hydrologique © TRAQUA

L’eau souterraine est la plus importante réserve d’eau douce accessible sur la planète, étant donné que la majorité reste inaccessible sous forme de glace. Les nappes phréatiques, réserves d’eaux souterraines, sont ainsi intensément sollicitées à travers le monde pour répondre à la demande en eau potable. Cette eau souterraine est souvent de meilleure qualité que l’eau de surface et est facilement exploitable en grande quantité. Cependant, sa répartition dépend de la nature du sous-sol, très hétérogène car notre planète est ancienne et sa géologie est complexe. Les réserves en eaux souterraines sont en effet mal réparties à la surface du globe.

Des déséquilibres peuvent donc naître entre la sollicitation de ces ressources (pompages) et la capacité naturelle de ces réserves à se reformer chaque année. La surexploitation des nappes phréatiques peut amener à des situations de stress hydriques, de crises, voire de conflits liés à l’eau vu le besoin vital de la ressource. À cela s’ajoute une forte pression des activités humaines sur les réservoirs situés dans les sous-sols, activités qui peuvent générer des problèmes de qualité par le biais de contaminations par diverses substances impropres à la consommation. La qualité de l’eau est un facteur crucial pour son utilisation et les risques de dégradations sont nombreux.

La solution pour mieux gérer ces eaux souterraines consiste d’abord à mieux comprendre leur fonctionnement. Il s’agit de mettre ces eaux souterraines sous monitoring afin d’observer, d’analyser, de prévoir et ainsi guider des décisions stratégiques pour éviter deux situations : surexploiter et dégrader la ressource.

Monitoring hydrologique
Monitoring hydrologique © TRAQUA

Pour consulter l’article publié dans OMALIUS (mars 2021) sur le sujet, cliquez ici (page 6).

L’ACTU DE NOS ÉCLAIREURS

Marie Pok, qui fut notre invitée dans LES ÉCLAIREURS le 16 mai 2020 (pour consulter sa notice, cliquez ici), dirige le Centre d’Innovation et de Design du Grand-Hornu. Le CID Grand-Hornu présente actuellement l’exposition Après la Sécheresse. Cette thématique sera au centre d’une table ronde (par Zoom), organisée ce dimanche 30 mai 2021.

Expo "Après la sécheresse"
Expo "Après la sécheresse" © Grand-Hornu

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